«La diplomatie, avec Donald Trump ? C’est un T-Rex, vous vous accouplez avec lui ou il vous dévore », a déclaré à Davos le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom. « Si nous ne sommes pas à la table, nous serons au menu », a averti pour sa part le Premier ministre canadien, Mark Carney.
Ainsi, tout le beau monde, non moins de 60 États réunis au forum économique de la petite ville de montagne suisse anticipait l’arrivée de l’ogre en la personne de Donald Trump, chacun craignant simplement de se faire manger. Nous ne sommes plus dans une époque de transition, a rappelé en substance Carney, nous sommes littéralement dans la rupture, du fait d’un seul homme. Trump est ce chien fou qui a le monde à ses pieds simplement parce que nul n’a le pouvoir ou l’intention de déclarer la guerre aux États-Unis. Son ombre fait frémir dans le monde édulcoré qui tente de régler ses problèmes à coup de bonnes paroles ou de délais. Trump se fiche des paroles, il se fiche des gens et même de ses propres électeurs, et il est pressé. Il se moque d’Emmanuel Macron de la façon la plus infantile, en le mimant dans une posture de supplication et de soumission. Tout est embarrassant dans cette édition de Davos. L’Europe qui avance vers le « T-Rex » sans arguments à sa hauteur, qui répond à son hubris avec le langage de la raison, médisant en vain dans son dos pour ensuite proposer des négociations sur le Groenland.
Trump ne négocie pas, il menace et met ses menaces à exécution. Il peut, d’une pichenette, en agitant l’épouvantail d’une sanction, obtenir ce qu’il n’a même pas besoin de demander. La guerre qu’il mène est avant tout psychologique. Il joue sur la distance culturelle qui le sépare des représentants de pays qui veulent avant tout éloigner de leurs territoires le spectre de la guerre, ayant suffisamment souffert des deux guerres mondiales du XXe siècle. À leur « plus jamais ça », il oppose un mépris total des pertes humaines et des souffrances économiques. Sans compter la dépendance militaire de l’Europe vis-à-vis des États-Unis.
Trump menace le monde avec un protectionnisme à la limite de la décence, lance sur les produits importés des droits de douane décourageants pour le commerce extérieur et cela lui suffit. Il est condescendant, donneur de leçons, incohérent, impossible à suivre et ne suivant lui-même que son bon vouloir. Il humilie parce qu’il en a les moyens, mais surtout parce que rien ne l’en empêche. Il n’a rien à faire des opinions contradictoires. Si Macron est sa cible préférée, c’est parce qu’il représente cette France des bonnes manières et des droits de l’homme, de la courtoisie et des relations cordiales entre les peuples, mais surtout un membre du club nucléaire mondial. La France représente aussi tout ce que le président américain considère obsolète, lui qui instaure désormais de nouvelles règles où le respect n’est que perte de temps. « Ce que nous vivons est une bascule de méthode, de grammaire, de système. Et cette bascule, si nous la subissons, nous coûtera la substance même de ce qui fait l’Europe : un rapport civilisé au pouvoir, une primauté de la règle, une force tenue par le droit », a souligné Dominique de Villepin.
Ironiquement, Davos est le lieu où se déroule l’intrigue de la Montagne magique du Prix Nobel Thomas Mann. Dans cette allégorie de l’Europe à la veille de la Première Guerre mondiale, un jeune ingénieur de Hambourg rend visite à son cousin, tuberculeux et pensionnaire d’un sanatorium de cette bourgade où l’air est réputé sain. Son séjour, prévu pour trois semaines, durera sept ans. Dans cette existence suspendue, toute de rituels hors du temps qui règlent la vie des malades, les conversations sont brillantes mais la guerre gronde au pied de la montagne. « On vivait là-haut dans une atmosphère d’irresponsabilité raffinée », écrit Thomas Mann. Tout comme les adeptes de la diplomatie qui tentent de contenir l’ogre avec des mots, les personnages du roman étaient incapables de pressentir la tempête qui grondait au pied de la montagne. Bientôt la magie s’achèverait dans la boue et le sang. Le temps est venu pour l’Europe de s’unir pour faire face à ce danger qui dépasse le stade de la menace. Quant au Liban… Petit pays, petit poisson ? On nous l’a beaucoup répété, et pourtant.


Le plus effarant dans ce spectacle nauséabond auquel se livre systématiquement Trump, est de voir les spectateurs qu’ils insultent généreusement tant lui tantôt son « vice », les applaudir à leur entrée en scène et à la fin du spectacle comme pour les encourager à aller encore plus loin dans la déchéance diplomatique. Ils se permettent de donner des leçons de démocratie et de liberté d’expression alors qu’ils licencient leurs citoyens pour un mot posté sur leur réseau social qui ne leur convient pas. Si c’est ça la démocratie pour eux alors pourquoi faire la guerre aux autres dictateurs?
14 h 46, le 22 janvier 2026