« Ma fi dawlé. » Au Liban, cette phrase ne reflète plus la réalité : elle clôt le débat. Elle détaille tout, défend tout, et par-dessus tout, elle apaise. Affirmer qu’il n’existe pas d’État, c’est ne plus avoir d’attentes. Initialement, c’était un cri.
À présent, c’est devenu un réflexe. Pourquoi cela ne fonctionne-t-il pas ? Pourquoi personne n’assume des responsabilités ? Cette fameuse phrase est devenue un prétexte collectif face à l’échec constant.
Ce qui est le plus préoccupant, ce n’est pas l’absence de l’État, mais la manière dont nous nous adaptons parfaitement à cette absence. On ne demande plus des droits, on discute de compromis. On a perdu foi en les institutions, préférant accorder notre confiance aux relations personnelles. L’illégalité n’est plus un acte de transgression : c’est désormais une compétence.
On a arrêté de s’indigner parce que j’explique tout par « ma fi dawlé ». L’effondrement n’est plus une surprise, mais un paysage familier. La colère épuise. L’espoir semble naïf.
Un pays ne s’éteint pas avec la disparition de l’État, mais plutôt lorsque son absence est tolérée – quand on nous enseigne à vivre comme s’il n’avait jamais été présent.
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