Oussama Rahbani lors de la conférence de presse de présentation de l’oratorio « Ousafer wahdi malikan », à la Bibliothèque nationale de Beyrouth. Photo fournie par le ministère de la Culture
C’est à la Bibliothèque nationale qu’a été dévoilée, au cours d’un point de presse, une nouvelle étape du centenaire de Mansour Rahbani : l’annonce de la création d’un oratorio inspiré d’un recueil composé d’un seul poème en 34 parties. Loin d’être un hommage figé ou purement commémoratif, le projet se présente comme un passage de relais, une œuvre appelée à prolonger la voix du poète bien au-delà de son temps.
Sous le patronage du président de la République Joseph Aoun, et en présence du ministre de la Culture Ghassan Salamé, Oussama Rahbani, fils de Mansour Rahbani, a levé le voile sur les contours de l’oratorio symphonique épique Ousafer wahdi malikan (Je voyage seul en roi). Une création qui s’inscrit dans une relation de filiation autant que de transmission artistique. Portée par la voix de Hiba Tawaji, elle-même accompagnée de l’Orchestre national symphonique d’Ukraine et du chœur de Notre-Dame de Louaïzé, l’œuvre s’annonce d’emblée comme l’un des temps forts artistiques de ce centenaire.
Le projet bénéficie du soutien du Groupe Abou Dhabi pour la culture et les arts présidé par Huda Ibrahim al-Khamis Kanoo, ainsi que du programme international du Festival d’Abou Dhabi, placé sous l’égide du cheikh Abdallah ben Zayed al-Nahyane, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis. La conférence de presse en a esquissé les lignes de force : une traversée musicale ambitieuse, où la poésie devient matière symphonique et où l’héritage de Mansour Rahbani continue de se réinventer, non dans la nostalgie mais dans le mouvement.
Ouvrant la rencontre, le ministre de la Culture Ghassan Salamé a salué l’ensemble des partenaires de cette création avant de céder la parole à Huda Ibrahim al-Khamis Kanoo, dont il a rappelé l’engagement en faveur de la culture. Ravie de revenir au Liban, celle-ci a souligné l’empreinte profonde laissée par Mansour Rahbani sur l’imaginaire collectif, et le réconfort que son œuvre a apporté à des générations de spectateurs. « Appartenance, élévation et valeurs ont accompagné le parcours de Mansour Rahbani », a-t-elle déclaré, insistant sur l’importance d’un héritage qu’elle s’est engagée à faire vivre et que le Festival d’Abou Dhabi entend honorer. Plus qu’un simple partage d’œuvre, a-t-elle ajouté, il s’agit d’un état d’esprit à célébrer, de ponts qu’il a bâtis et qui ne connaissent pas de frontières. « Mansour Rahbani restera le roi de la création, il ne voyagera jamais seul. »

Prenant à son tour la parole, Oussama Rahbani a confié le privilège d’avoir appris et travaillé auprès de Mansour Rahbani. « Mansour et Assi ont tissé nos idées, nos rêves du Liban, à partir d’une réalité de terrain qui s’est ensuite étendue à l’ensemble du monde arabe », a-t-il rappelé, soulignant que l’inspiration est partout, souvent juste sous nos yeux, comme l’écrit Paulo Coelho dans L’Alchimiste. Il a également salué le talent et la présence de Hiba Tawaji, qu’il a décrite comme un miroir du Liban, évoquant la période délicate qu’elle traverse. Cet oratorio, a-t-il insisté, s’inscrit parmi les œuvres fondatrices des arts et de la culture. À L’Orient-Le Jour, il a expliqué avoir dû apprivoiser le recueil de Mansour Rahbani, l’intégrer, le déconstruire puis le recomposer pour en faire un oratorio. « L’analyse du texte m’a permis d’y déceler une dramaturgie extraordinaire. La musique lui confère une dimension à la fois dramatique et lyrique. L’essentiel, c’est que l’approche repose sur la mélodie : le poème possède déjà sa propre rythmique, et une orchestration exceptionnelle lui donne tout son souffle. »
Oussama Rahbani a enfin précisé que le Festival de Baalbeck lui avait proposé d’accueillir le spectacle, mais qu’il avait estimé le projet encore prématuré, le texte évoquant avant tout Beyrouth. D’où le choix de l’église du Sacré-Cœur, à Gemmayzé, à la fois pour la charge symbolique du lieu et pour la beauté de son architecture. Il a également exprimé le souhait de présenter un jour cet oratorio à l’église de la Madeleine, à Paris, un vœu que l’on ne peut que lui souhaiter de concrétiser prochainement.
« Ousafer wahdi malikan », à l’église du Sacré-Cœur de Gemmayzé, mardi 13 et mercredi 14 janvier, à 20h.



