Le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, assiste à la séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale à Paris, en France, le 21 juillet 2026. Photo d'archives REUTERS/Abdul Saboor
Dossiers « fantômes », enquêtes à l'abandon ou perdues, manque d'effectifs... Le ministre de la Justice français a transmis à son homologue de l'Intérieur un courrier, révélé samedi par le journal Le Monde, qui détaille les défaillances dans la prise en compte des violences sexuelles faites aux enfants dans le pays.
Ces violences sont devenues la priorité du gouvernement depuis la vague d'indignation provoquée par l'affaire Lyhanna, collégienne de 11 ans retrouvée morte début juin dans le sud-ouest de la France après avoir été violée. La mère d'une autre enfant avait déposé plainte pour viols contre son meurtrier présumé en août 2025, sans que celui-ci ne soit inquiété.
De ce document, adressé le 29 juillet par Gérald Darmanin à Laurent Nuñez, ressort une litanie de dysfonctionnements, à commencer par l'existence d'un gigantesque « stock fantôme », des dossiers non répertoriés par la justice faute de lui avoir été transmis, souligne le journal Le Monde, qui cite ce courrier que l'AFP n'a pas pu consulter mais dont l'existence a été attestée par le ministère de l'Intérieur.
Ce stock révèle l'écart entre le nombre de procédures dont les parquets - qui dépendent du ministère de la Justice - ont connaissance, et celles détenues par les services de police et de gendarmerie - qui dépendent du ministère de l'Intérieur.
Sollicité par l'AFP, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a fait savoir par son entourage qu'il « regrette la fuite prématurée de ce document qui est un document de travail en cours d'expertise par ses services, qui s'appliquent à élaborer des solutions avec rigueur et pragmatisme ».
A Nîmes (sud-est), par exemple, les procureurs ont découverts 1.275 procédures « fantômes », 905 à Caen (nord-ouest), tandis qu'à Agen (sud-ouest), « un nombre important de procédures en cours » n'a « donné lieu à aucune information du parquet », selon le courrier cité par le journal. Ailleurs, certaines procédures ont été « purement et simplement perdues », souligne encore le document.
Dans son courrier, Gérald Darmanin, qui était ministre de l'Intérieur avant de passer à la Justice, note également un investissement professionnel parfois insuffisant, « y compris dans les unités spécialisées ». Questionné par l'AFP, Ludovic Friat, président du principal syndicat de magistrats (USM), voit dans le courrier révélé samedi la confirmation « des constats » mis en lumière par l'USM, en particulier « sur les moyens, notamment des services d'enquête ».
Toutefois, « il paraît inutile de se renvoyer les difficultés, somme toute assez semblables entre les ministères de la Justice et de l'Intérieur, qui souffrent de sous-dimensionnement pour traiter ce contentieux devenu de masse », a-t-il ajouté. Après l'onde de choc suscitée par cette affaire, Gérald Darmanin avait révélé l'existence de 85.047 plaintes en cours de traitement pour violences sexuelles sur mineurs.

