À la saison de Noël, voici le bonhomme rouge, avec tous ses accessoires, qui refait surface.
Depuis nombre d’années déjà, sa présence me provoque, voire me dégoûte et me révolte : sa récurrence, qui n’a de cesse de s’imposer d’année en année, avec la fluidité et la séduction effrontée d’une tentation, semble hypnotiser petits et grands en caressant leur orgueil ; elle lâche, en revanche, la bride à l’avidité des commerçants…
Mais ce n’est pourtant pas là où le bât blesse ! L’orgueil et l’avidité, cela se comprend, sans se justifier, bien entendu... Le péché étant humain, trop humain, et juger l’autre n’est pas le moins du monde un droit.
Le bonhomme rouge est lui-même le mal ! Et l’histoire, qui rappelle sa sainteté, n’est que très loin d’être innocente. Même tous les saints réunis ne sauraient, par ailleurs, rivaliser avec la majesté du Seigneur Jésus.
Et cependant, au nez et à la barbe de la sainte Église, le voici : suspendu aux plafonds, glissant dans les cheminées, figé sur les murs des salles de classe et sur les panneaux publicitaires ! Il semble escorter Jésus… ou n’est-ce pas plutôt le contraire ? Et que dire de cette curieuse juxtaposition, que l’on pourrait presque qualifier de subordination ? Le bonhomme rouge, le sapin, les présents… et Jésus. N’est-ce pas là un cortège suffisant pour le camoufler et l’étouffer ? Aurait-on choisi exprès un bonhomme avec un gros ventre, vêtu de fourrure, pour étouffer le minuscule Très Saint Nouveau-Né ?
La légende du bonhomme rouge est ainsi devenue une tradition profondément enracinée parmi nous, car nous avons laissé ce séducteur exploiter nos faiblesses : il connaît notre avidité et nous inonde de présents, nous comparant, comme jadis dans la Genèse, à des dieux. Tout comme l’Enfant Jésus reçut les dons des trois mages, chaque enfant se voit promis une avalanche de cadeaux. Quelle tentation que de recevoir des présents à l’image de son Dieu ! Ainsi, nous tombons volontiers dans la machination du malin, qui jubile de notre orgueil naïf. Il exploite nos faiblesses pour s’imposer, transformant chacun de nous en un Jésus digne de louange et de gloire. Qui, parmi nous, ne se laisserait pas séduire par l’idée de devenir un dieu ? En définitive, Satan a réussi à reproduire le péché originel sous une autre forme portée aux nues !
Mais qu’est-ce qu’un Noël sans cadeaux ? Eh bien, ce serait un Noël authentique ! Il faudra en effet offrir le vrai cadeau à la bonne personne :
c’est l’anniversaire de Jésus et les cadeaux sont à Lui ! Mieux encore, sa naissance est le cadeau du Ciel offert à chacun et chacune d’entre nous.
Et si Dieu se donne Lui-même à nous, alors il nous revient de nous offrir à Lui en retour – non par devoir, mais comme un juste retour d’amour.
Le monde est assoiffé de vérité et d’authenticité. Et pourtant, il peine à quitter sa zone de confort.
Vivre un Noël véritable dérange : cela nous met face à nous-même. C’est l’épreuve, souvent insupportable, de la conversion – le reniement de soi. Un chemin d’abord âpre, presque impossible, où il faut apprendre à éteindre les fausses lumières et s’acclimater à un froid apparent…
Je l’avoue : mon père m’y a conduit sans peut-être le vouloir. Ma famille traversait alors de lourdes difficultés financières, qu’il tentait de me dissimuler. Ce Noël-là, il m’expliqua qu’à quatorze ans, un jouet ne ferait plus rêver. Puis, de sa poche, il sortit une simple carte de vœux – que je conserve encore aujourd’hui – avec des mots qu’il a sortis de son tréfonds.
Enfin, le vrai souci ne réside pas tant dans le bonhomme rouge que dans le poids de son sac. Un jouet peut nous soutenir pour survivre, mais jamais nous apprendre à vivre.
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