Il est fort utile de fêter notre indépendance même si elle a été négociée géographiquement selon les intérêts communautaires, avec une fidélité plus ou moins préservée à la relation avec la France.
Nation mandatée pour protéger les maronites, peut-être pour les remercier d’avoir à l’époque sauvé saint Louis, roi de France, de la captivité et quelque part confortée par les intérêts nationaux de se partager avec la Grande-Bretagne une zone d’influence après quatre siècles d’occupation ottomane.
Force est de constater que ce projet de pays, qui fut doté de sa Constitution en 1926, était inadapté ou du moins n’était pas synchrone avec une mentalité locale assez singulière.
Une population qui a hérité de ses aïeux le sens de l’opportunisme individuel obligé, du fait de toutes les occupations successives qui ont, elles, développé en nous à travers les siècles et les millénaires un sens de survie et non pas d’appartenance à un projet de construction d’une nation.
Donner en plus un pays qui chemina vers une République basée sur un pacte national oral en 1943, sur une base de communautarisme à outrance, était le ferment d’un jeu de marionnettistes pérenne et rentable.
Non habitués à penser collectif (les exceptions confirmant la règle), nous nous sommes satisfaits à clamer une appartenance étatique et arabe à condition de préserver en théorie l’autonomie et les caractéristiques du nouveau Liban, toujours selon ce pacte.
La réalité prouva et continue de le faire que c’était un « noble » mensonge.
Le nom est pris à la montagne Liban déjà citée dans l’épopée de Gilgamech et qui s’érigeait au cœur de la terre de Canaan, connue en arabe sous le nom de Bilad el-Sham en référence non pas à la ville mais à Sham (Sem, fils de Noé).
Chasser le naturel, il revient au galop. Chaque communauté se retrouva du jour au lendemain aux rênes d’un concept qui s’appelle pays sans sentiment d’appartenance nationale. Et le pays s’éclata au quotidien en plusieurs micro-pays, chacun à la taille d’une communauté, d’une ville, d’un quartier, d’une personne des fois. Avec pour liants une cuisine, des projets économiques et une mer que tous regardent mais séparément.
Nous devons donc aujourd’hui, à mon avis, non pas fêter l’indépendance d’un territoire créé par le rattachement au Liban montagne, de la plaine de la Békaa, du Sud et du Nord avec la côte mais plutôt œuvrer pour le passage du peuple d’une indépendance personnelle vis-à-vis du pays à une dépendance nationale engagée et engageante pour les générations.
Cela implique la fin du communautarisme, la décentralisation administrative et une laïcité à toutes les échelles.
Ou alors le retour au mode de gestion des Cananéens baptisés Phéniciens par les Grecs : des
Cités-États autogérées et entretenant des relations commerciales, sociales et environnementales avec toutes les autres.
Pour cela, afin de choisir, il faut un symposium national dont la condition de participation est de vouloir sortir immédiatement de la dépendance de l’étranger.
Face à ce défi, se dresse une mafia organisée qui s’enorgueillit de slogans à la fête de l’Indépendance, qui étouffe immédiatement les mouvements révolutionnaires en reprenant pour elle leurs slogans et qui maintient ce système dans un seul but : son indépendance financière en marchant sur les rêves d’édification d’un Liban phare culturel et cœur battant d’une renaissance permanente à tous les niveaux. Mafia facilitant à outrance l’ingérence des « grands ».
Quelque part un géant repose dans la montagne de Bécharré et qui a dit à juste titre : « Vous avez votre Liban et j’ai le mien. »
Et comme le dit le slogan de l’association Passeurs d’espérance : « L’impossible est le seul défi digne de l’homme. »
Osons le changement pour ne pas clore notre histoire.
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