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Nos lecteurs ont la parole

Saint Charbel est international

Suite à la visite du pape Léon XIV, certaines voix se sont élevées pour se demander pourquoi le Saint-Siège n’a pas proclamé, lors de ce moment historique, le sanctuaire de Annaya, ainsi que la tombe du saint du Liban, comme sanctuaire international.

Mais saint Charbel est déjà international ; pourquoi attendre une proclamation officielle ? Puisqu’il est international, il est naturel que le sanctuaire et ses lieux de culte reflètent cette dimension.

Oui, saint Charbel n’appartient pas seulement au Liban. Il n’est pas le saint d’un village, d’un pays ou d’une seule communauté. Il est devenu une présence internationale, un visage de lumière et d’espérance qui traverse les continents, franchit les frontières et rejoint silencieusement les demeures, les hôpitaux, les lieux de travail, les quartiers les plus pauvres comme les villes les plus modernes.

Chacun connaît quelqu’un qui affirme : « Il m’a visité » ; « Il est venu dans ma chambre » ; « J’ai senti sa paix », etc. Son passage est comme une brise discrète : on ne la voit pas, mais on reconnaît les traces de guérison qu’elle laisse derrière elle.

Cette internationalité n’est pas une idée abstraite : elle se mesure par les milliers de témoignages qui racontent sa présence réelle, sa puissance d’intercession, les guérisons de l’âme et du corps, les réconciliations intérieures, la paix qu’il dépose même là où la souffrance semblait irréversible.

Saint Charbel franchit les frontières culturelles, religieuses et linguistiques du Liban parce que la souffrance humaine n’a pas de frontières. Et c’est précisément là qu’il se rend : là où l’homme souffre, cherche, espère, mendie du sens et implore un peu de lumière. Il se glisse dans les nuits humaines comme une lampe discrète, il dépose une goutte de paix sur les blessures que personne ne voyait, il redresse des vies avec la douceur d’un père et la précision d’un médecin des âmes.

Pourquoi saint Charbel est-il international ? Ce n’est pas seulement parce que le monde entier vient à Annaya. C’est parce que lui-même va vers le monde entier. Il visite les gens, comme un père visite ses enfants. Il apporte le Christ là où le cœur est brisé, là où l’espoir s’étouffe, là où le sens se perd. Il entre dans les maisons comme la lumière entre par les fissures, sans bruit, sans forcer, mais en illuminant tout.

Saint Charbel atteint ce que la psychanalyse appelle l’inconscient universel de l’être humain, ce lieu où tous les hommes – qu’ils soient libanais,

latino-américains, asiatiques, africains ou européens – partagent les mêmes blessures fondamentales : le vide intérieur, le besoin d’amour, la quête de paix, la recherche d’un père qui ne déçoit pas, le désir d’être vus, reconnus, guéris, etc.

Saint Charbel parle à cet endroit que les mots n’atteignent pas. Il parle par le silence, un silence qui n’est pas absence, mais présence dense, présence qui enveloppe, apaise et guérit. Il touche là où la psychanalyse dit que « le symbolique rejoint le réel » : dans ce point de souffrance où naît la guérison, dans cette fissure intérieure où passe la grâce, dans cet instant fragile où le cœur consent enfin à vivre.

La visite du pape au Liban – rempli d’affection pour ce pays blessé mais debout – s’inscrit dans la même dynamique spirituelle. Car lorsque le pape vient au Liban et visite la tombe du saint du Liban, il vient aussi saluer ce peuple façonné par la fidélité de ses saints, et saint Charbel se dresse comme l’un des signes les plus éloquents de la foi libanaise offerte au monde.

Le pape ne vient pas seulement rencontrer un pays : il vient respirer un souffle, toucher une mémoire vivante, embrasser une spiritualité qui unit l’Orient et l’Occident dans un même élan d’espérance. Et au cœur de ce souffle, il y a Charbel : le moine de l’ordre libanais maronite silencieux qui fait parler Dieu, le pauvre de cloître qui fait vivre la multitude, le Libanais qui réjouit les nations et devient l’ami intérieur de ceux qui ne l’ont jamais vu, mais qui se sentent pourtant connus de lui. Sa sainteté n’est pas un monument du passé, elle est une rivière vivante qui arrose les continents.

Saint Charbel est international, non pas par sa réputation, mais par sa présence missionnaire silencieuse, qui traverse les frontières du monde et du cœur humain. Il est international parce qu’il rejoint l’homme au plus profond, là où chacun porte son manque et son désir d’être sauvé.

Né au Liban, il appartient désormais au monde : tel est saint Charbel, le saint qui aime d’un amour gratuit, un amour qui touche les cœurs des hommes à travers le monde, un amour qui le rend véritablement international.

Père Élie RAHMÉ, capucin

Professeur de psychologie à l’USEK

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Suite à la visite du pape Léon XIV, certaines voix se sont élevées pour se demander pourquoi le Saint-Siège n’a pas proclamé, lors de ce moment historique, le sanctuaire de Annaya, ainsi que la tombe du saint du Liban, comme sanctuaire international.Mais saint Charbel est déjà international ; pourquoi attendre une proclamation officielle ? Puisqu’il est international, il est naturel que le sanctuaire et ses lieux de culte reflètent cette dimension. Oui, saint Charbel n’appartient pas seulement au Liban. Il n’est pas le saint d’un village, d’un pays ou d’une seule communauté. Il est devenu une présence internationale, un visage de lumière et d’espérance qui traverse les continents, franchit les frontières et rejoint silencieusement les demeures, les hôpitaux, les lieux de travail, les quartiers les plus...
commentaires (1)

Entièrement d'accord ! Contrairement aux esprits des eaux ou aux esprits de la forêt qui sont forcément locaux, les esprits internationaux sont ceux qui, profitant des courants aériens et certainement de la lumière elle-même, peuvent se transporter où ils le souhaitent dans l'arène universelle des fois concurrentes et, dans le cas de St Charbel, gagner, pour le bien de l'humanité et la gloire de notre pays.

M.E.

11 h 32, le 16 décembre 2025

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Commentaires (1)

  • Entièrement d'accord ! Contrairement aux esprits des eaux ou aux esprits de la forêt qui sont forcément locaux, les esprits internationaux sont ceux qui, profitant des courants aériens et certainement de la lumière elle-même, peuvent se transporter où ils le souhaitent dans l'arène universelle des fois concurrentes et, dans le cas de St Charbel, gagner, pour le bien de l'humanité et la gloire de notre pays.

    M.E.

    11 h 32, le 16 décembre 2025

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