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Nos lecteurs ont la parole

Le pays qui ne veut pas mourir...

Le Liban d’hier – celui que beaucoup portent encore dans leur cœur – ressemble, à mon sens, à un être cher disparu. Mort, ou au mieux plongé dans un état de mort cérébrale. Pourtant, une large partie de la population refuse encore d’en faire le deuil.

La psychiatre Élisabeth Kübler-Ross décrit sept étapes dans le processus de deuil : le choc, le déni, la colère, le marchandage, la dépression, la reconstruction et enfin l’acceptation.

Sans entrer dans les détails de chacune, force est de constater que chaque Libanais a déjà traversé – ou traverse encore – l’essentiel de ces phases.

Le choc, c’était 2019. Le 17 octobre au matin, tout un peuple découvre brutalement qu’il a été dépossédé : les économies d’une vie envolées, un pays au bord de la faillite, un système qui s’effondre sous ses yeux.

Vint ensuite le déni. Une stupéfaction mêlée d’incrédulité. Comment le Liban, celui de l’or, des banques florissantes, de la diaspora prospère aux quatre coins du monde – de l’Australie aux Amériques, en passant par l’Afrique et l’Europe – aurait-il pu faire défaut ? Comment le « miracle libanais », ce mythe devenu réalité pour tant de familles, aurait-il pu basculer dans l’abîme ? Impossible, pensait-on. Et pourtant.

Et s’ensuivit la colère. Une colère sourde d’abord, puis déferlante : elle envahit les rues, submerge le centre-ville, contamine les foules. Elle se transforme en rage pure, poussant certains désespérés à attaquer leur propre banque, d’autres à s’en prendre à leurs semblables. Une colère tellurique dont les secousses n’ont pas fini de fissurer le tissu social, familial et économique. Sans parler des traumatismes psychiques laissés par la perte brutale de biens, de repères et d’avenir.

Après des mois d’accusations croisées – chacun désignant l’autre comme responsable du naufrage, du petit commerçant au magnat influent – est venue l’heure du marchandage. Nombreux sont ceux qui, floués, auraient accepté de laisser s’évaporer une grande part de leurs économies si seulement on leur en rendait une fraction. Ne serait-ce que quelques miettes.

Aujourd’hui, j’ai le sentiment – renforcé notamment après la visite du pape Léon XIV – que la phase de reconstruction a timidement commencé. Mais une question cruciale demeure : combien de temps faudra-t-il ? Quelle résilience, quels efforts, quels sacrifices ? Et surtout, quels hommes et quelles femmes seront capables de porter ce chantier titanesque ? La reconstruction sera lente, elle sera douloureuse, mais elle semble inéluctable. Le Liban n’a-t-il pas toujours été ce phénix obstiné, renaissant inlassablement de ses cendres ?

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Car l’acceptation, ultime étape du deuil, commence à poindre. L’acceptation d’une tragédie nationale, d’un effondrement qui a broyé un peuple entier. Et c’est seulement en traversant cette étape que pourra se reconstruire, un jour, l’idée même du Liban.

Le Liban d’hier – celui que beaucoup portent encore dans leur cœur – ressemble, à mon sens, à un être cher disparu. Mort, ou au mieux plongé dans un état de mort cérébrale. Pourtant, une large partie de la population refuse encore d’en faire le deuil.La psychiatre Élisabeth Kübler-Ross décrit sept étapes dans le processus de deuil : le choc, le déni, la colère, le marchandage, la dépression, la reconstruction et enfin l’acceptation.Sans entrer dans les détails de chacune, force est de constater que chaque Libanais a déjà traversé – ou traverse encore – l’essentiel de ces phases.Le choc, c’était 2019. Le 17 octobre au matin, tout un peuple découvre brutalement qu’il a été dépossédé : les économies d’une vie envolées, un pays au bord de la faillite, un système qui s’effondre...
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