Il y a des hommes d’État qui gouvernent avec des moyens illimités et des contextes faciles. Et puis il y a ceux qui n’ont rien – ou presque – à part la patience, la méthode, le sens de l’État et la conscience aiguë de représenter un peuple entier dans un monde qui semble vouloir l’effacer. Joseph Aoun, président de la République, appartient à cette seconde catégorie. Il est l’unique président arabe chrétien encore en fonction dans tout le Moyen-Orient. Rien que cela, dans la région actuelle, est un symbole. Une anomalie historique. Un miracle politique. Une responsabilité colossale. Depuis son arrivée à Baabda, Joseph Aoun n’a hérité ni d’un État solide, ni d’institutions synchronisées, ni d’une souveraineté totalement maîtrisée. Il n’a pas hérité non plus d’un moment de calme, mais d’un pays fracturé, surarmé, menacé par les pires équilibres régionaux. Il a hérité d’un Liban au bord du gouffre, où la moindre étincelle peut rallumer les feux d’une guerre civile qui n’attend que le prétexte pour renaître. Et pourtant, malgré cela, il avance. Son rôle est bien plus que celui d’un président. Il est celui d’un chirurgien. Joseph Aoun contient ce qui doit être contenu. Il évite ce qui doit être évité. Il maintient ce qui doit être maintenu. Il mène tous les jours une bataille silencieuse, mais indispensable, pour maintenir l’armée à distance de la guerre interne, pour éviter le clash que tout le monde redoute, pour garantir que le Liban ne devienne pas une nouvelle Gaza. Et lorsque le pape est venu au Liban, le président a tenu à montrer, pour un instant, le meilleur visage du Liban, le Liban le plus beau, et l’accueil fut royal, irréprochable. Il n’y a pas eu de débordements, pas de chaos. Le monde entier a vu un Liban debout, ordonné, uni autour d’un instant historique. C’est cela, le message à retenir. Il a fait en sorte que tout se déroule bien, que l’État paraisse stable, que l’image du Liban soit sauve. Mais le débat politique libanais, fidèle à sa passion pour les querelles secondaires, a choisi de se focaliser sur un non-événement : l’absence de Samir Geagea à la cérémonie officielle. Faut-il vraiment affaiblir un président chrétien, déjà confronté à mille tempêtes, pour une question d’invitation ? La réalité institutionnelle est pourtant simple, Samir Geagea n’est pas député, n’est pas ministre, n’occupe aucune fonction officielle dans la République. Il est le chef d’un parti qui possède des députés – oui – mais lui-même n’a aucune position d’État. Dans n’importe quel pays, un chef de parti non élu assiste à la visite du pape comme tout citoyen : en fidèle, en croyant – mais pas en invité protocolaire d’État, et c’est ce que Samir Geagea aurait dû faire. Assister à la messe, s’asseoir parmi les fidèles, recevoir la bénédiction et montrer qu’il est, d’abord et avant tout, un chrétien libanais. C’eût été une attitude noble, grande, apaisée. C’eût été un message d’unité. C’eût été l’occasion de se montrer au-dessus des détails. Au lieu de cela, certains partisans ont choisi l’indignation, la critique, l’attaque personnelle contre le président – alors que ce dernier porte sur ses épaules la survie d’un pays entier. Joseph Aoun, malgré les circonstances les plus improbables, incarne cette promesse d’ordre et de raison. Il est un président chrétien dans un monde où les présidents chrétiens disparaissent. Il est un président de dialogue dans une région de confrontations. Le critiquer pour un détail protocolaire, c’est se tromper de combat. Le déstabiliser pour une invitation, c’est faire passer l’ego avant la nation. L’attaquer au moment où il tente de maintenir un équilibre impossible, c’est oublier que sans équilibre, il n’y aura plus d’État, plus de République, plus de Liban. Joseph Aoun vient d’un pays connu pour ses saints, mais n’est pas lui-même un saint, mais il est peut-être – justement – la dernière chance d’éviter le pire. Et cela mérite, au minimum, une chance… Et certainement pas des querelles inutiles.
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Merci Eddy TOHMÉ pour ce joli portrait du Président Joseph AOUN. Il a toute ma confiance et mon soutien.
15 h 08, le 04 décembre 2025