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Nos lecteurs ont la parole

Bienvenue dans notre « maison aux nombreuses demeures »

Bienvenue au Liban, mille fois bienvenue à Sa Sainteté l’Évêque de Rome. Exultez montagnes des cèdres, terre des saints, des ermites, de l’encens et du benjoin, car Léon XIV sera parmi nous, dans notre maison aux nombreuses demeures.

Saint-Père, le Liban tout entier – ses dirigeants, ses hommes de religion, ses communautés, ses confessions, ses rites, ses partis, ses princes de guerre, ses milices, ses hommes en armes, ses voleurs, ses assassins et… ses braves gens, ses enfants, ses rêves, ses morts, ses martyrs, ses vaincus, ses opprimés – sera à votre accueil, officiellement et populairement, où que vous alliez. Je ne crois pas qu’aucun d’entre eux vous refusera les plus éclatantes manifestations d’hommages et de révérence, au point qu’à un moment de votre séjour parmi nous, vous pourriez croire que le Liban est le paradis de Dieu sur terre, le pays de l’harmonie, de l’amour, de la concorde, de la convivialité et du vivre-ensemble, et qu’il n’est pas, comme on vous l’a décrit, un pays de conflits, de querelles, de guerres civiles, de racismes, d’obscurantismes et d’ignorances. Qu’il est véritablement, réellement, « plus qu’un pays, …un message », selon l’expression de votre prédécesseur, le regretté Jean-Paul II.

Ils vous couvriront de paroles mielleuses. Ils déverseront devant vous affabulations et promesses. Ils vous diront que le Liban est un pays souverain, libre et indépendant. Ils vous peindront les relations entre ses communautés comme un paradis sur terre et affirmeront que nous sommes un modèle de convivialité entre personnes de croyances, d’horizons, d’inclinations et de convictions diverses.

Ne les croyez pas. Je vous en prie, ne les croyez pas.

Le Liban ne va pas bien. Le Liban n’est ni souverain, ni libre, ni indépendant. Nous sommes hypocrites. Menteurs. Tartuffes. Charlatans. Marchands de vent. Courtiers. Contrebandiers. Blanchisseurs d’argent. Brutaux. Gens de compromissions faciles et d’arrangements « à la petite semaine ».

Ne les croyez pas, Très Saint-Père. Gardez-vous bien de les croire. Nous n’allons pas bien. Car nous sommes dans une impasse existentielle et ontologique profonde et grave. Nos frontières sont violées. Notre souveraineté est violée. Notre État est violé. Notre dignité est violée. Et notre vie commune n’a plus rien d’un « vivre-ensemble ». Chacun vit dans sa coquille et son cercle fermé. Chacun veut un Liban à son image et à sa mesure. Chacun déprécie l’autre. Chacun veut abolir l’autre.

Comment, alors, serions-nous « plus qu’un pays, … un message » ?

Je vous ai écrit, au cours des deux dernières semaines, trois lettres ouvertes. On m’a dit qu’elles étaient arrivées aux instances idoines du Saint-Siège, ainsi qu’à la nonciature apostolique à Beyrouth. J’y ai exposé ce que je peux résumer ainsi : le Liban ne connaîtra ni paix ni repos, et son peuple ne connaîtra ni apaisement ni vie digne, si la situation de notre pays et de notre État demeure en l’état.

Les solutions « classiques », habituelles et convenues ne serviront à rien. Tant que la main de la communauté internationale ne se posera pas sur le Liban, par la voie de la « neutralisation », il est vain d’espérer le moindre bien.

La neutralisation, encore et toujours la neutralisation. Ce que j’entends par « mise sous main internationale » n’est ni un mandat, ni une occupation, ni une tutelle. Il s’agit d’une neutralisation par une mise sous garantie, fruit d’un accord global, onusien et régional, pour ce pays-ci, cet État singulier, qui ne ressemble ni aux pays, ni aux entités, ni aux États environnants.

Je pars de l’idée du « message », concept spécifiquement vatican et ecclésial. Or une telle vocation ne peut s’incarner et se réaliser que par une « voie juridique » nouvelle, singulière et inédite, celle-là que je vous ai soumise. Elle doit être reconnue par l’ensemble des Nations unies, par un vote unanime du Conseil de sécurité, avec l’accord des puissances internationales et régionales, sans réserve, ni veto, ni objection.

Ce dessein ne peut se concrétiser que si le Saint-Siège en porte la volonté ultime, irrévocable. Car lui seul – lui seul – en a la capacité.

Tout le reste n’est que perte de temps, poudre aux yeux, illusions, politesses creuses qui ne peuvent redonner vie à un champ de ruines.

Mon ami Léon XIV, à quelques jours de votre visite, le Liban a « célébré » son indépendance. Mais le Liban n’est pas un État, son indépendance n’est pas une indépendance, et son peuple n’est pas un peuple. Le « pays-message » est une maison aux nombreuses demeures, mais elle ne va pas bien, Léon, telle est la vérité. Paix à vous.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Bienvenue au Liban, mille fois bienvenue à Sa Sainteté l’Évêque de Rome. Exultez montagnes des cèdres, terre des saints, des ermites, de l’encens et du benjoin, car Léon XIV sera parmi nous, dans notre maison aux nombreuses demeures.Saint-Père, le Liban tout entier – ses dirigeants, ses hommes de religion, ses communautés, ses confessions, ses rites, ses partis, ses princes de guerre, ses milices, ses hommes en armes, ses voleurs, ses assassins et… ses braves gens, ses enfants, ses rêves, ses morts, ses martyrs, ses vaincus, ses opprimés – sera à votre accueil, officiellement et populairement, où que vous alliez. Je ne crois pas qu’aucun d’entre eux vous refusera les plus éclatantes manifestations d’hommages et de révérence, au point qu’à un moment de votre séjour parmi nous, vous pourriez croire que le...
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