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Nos lecteurs ont la parole

« I did it my way »

Le président Trump satisfait de son action à Gaza va répéter la chanson de Frank Sinatra : « I did it my way. » Le président arrive à imposer un cessez-le-feu à Gaza par un forcing inhabituel dans la diplomatie classique. C’est une trêve pour libérer les otages qui est loin d’une paix réelle entre belligérants. Une politique spectacle de téléréalité où le seul acteur est le président Trump. Le Liban n’a pas obtenu un billet pour participer ou bien pour assister à ce spectacle. Par contre, il est invité ou poussé à négocier avec Israël de façon directe et pas sous la table ou en cachette.

Quant au président Trump, ses comportements se rapprochent de la personnalité mythomane qui agit partiellement ou complètement en fonction de sa production imaginaire. Il croit en son imaginaire qui peut le plonger dans l’invention d’histoires ou dans les mensonges. Des milliers de mensonges, dit-on. Aidés par les réseaux sociaux, les récits du président sont rapidement et largement propagés. À son crédit, il parle, il bouge et il agit le moment venu. On a du mal à construire notre modèle politique libéral. Mais au fait, ce modèle peut-il exister au Liban avec nos responsables actuels ? L’ordre mondial est perturbé et nos cerveaux sont saturés. Nous subissons un harcèlement cognitif où l’ensemble des processus mentaux qui se rapportent à la fonction de connaissance (mémoire, langage, raisonnement, attention et la perception) sont presque surchargés. Notre rapport au monde et à nous-mêmes est déréglé. Le Liban est épuisé par tant de guerres, de faillites et de discordes. Un Liban où fleurit le « chacun pour soi » et jamais le « tous ensemble » pour un élan national. Nous vivons un divorce national par un manque de personnes responsables et un manque d’hommes et de femmes d’État. C’est le tragique de l’histoire. Nos politiques affectionnent l’art de la simulation et de la dissimulation. Ils brillent dans le double langage. Ce flou ambiant ne peut favoriser un bon développement de la personnalité du Libanais. Vivant dans un semblant d’État, il se voit dans un désert sans État, sans contours et sans vision commune. Nous sommes noyés dans notre fragilité humaine, tant physique, psychologique et spirituelle. Notre cerveau semble programmé pour protéger nos convictions et non pour chercher la vérité. Nos politiques jouent les influenceurs, les chamanes ou les gourous. Mais pour aller où ? D’un côté, le sentiment d’être résistant est un sentiment stimulant. Pour beaucoup, c’est une réaction sur soi, sortir de sa routine, presque une transgression jouissive. Mais cela nous fait perdre le lien à l’autre et nous éloigne du consensus social pour nous plonger dans un état d’ivresse sans limite. En fait, pour se rassembler, il faut travailler à lier notre destin spirituel au destin national. D’autre part, en considérant le rapport de force en présence, il faut redéfinir notre logiciel national. On doit éviter l’escroquerie de nos sentiments sur fond de faux lien émotionnel. Beaucoup de nos politiques perpétuent des pensées discordantes, trompeuses et narcissiques. Notre cerveau peut nous faire miroiter l’impossible. On arrive à nous complaire dans l’ignorance et l’aveuglement. C’est du bovarysme (de Flaubert) avec une disproportion entre l’idée qu’on se fait de la vie et la vie elle-même, troublée par notre imaginaire. Ici le rêve prend le dessus sur la réalité. À écouter la réaction du commun des mortels au Liban, on est étonné, et faute d’argument il répond « tu sais qui je suis » ou bien « tu sais à qui tu parles ». Cela explique notre fragilité. En fait, pour échapper à un réel qui dérange, le Libanais s’abrite dans une fiction qui arrange. On forge comme on le désire des récits de substituion nous permettant de démontrer ce que l’on souhaite. Une politique clairvoyante nous manque. Les personnes existent et doivent réagir avec audace et détermination pour redresser le pays. Il faut rapatrier nos cerveaux créatifs et innovants, des Libanais qui ont déserté durant les guerres. Cela répond à un désir profond de ces Libanais de l’extérieur, désir de se retrouver dans la chaleur de leurs souvenirs qui ont bercé leur enfance. Un sentiment de rembourser la dette qu’ils doivent au pays. Ils peuvent dynamiser le secteur privé et remplacer le secteur public en majorité corrompu et insuffisant. Dans la sphère politique, ils peuvent réinventer un souffle nouveau de vivre-ensemble. Contre l’individualisme, il faut faire l’éloge du bien commun, du collectif. Actuellement et dans une ambiance chaotique, les réseaux de communication ne font que creuser le fossé de séparation et enfoncer chacun dans ses croyances, ses certitudes et notre ignorance déviante. Matthieu Ricard (un PhD de génétique converti au bouddhisme, il devient moine bouddhiste) nous rappelle les paroles de Bouddha : « Si la haine répond à la haine, la haine ne cessera pas. » Il faut savoir que la paix extérieure ne peut commencer avant la paix intérieure. Un projet de relève attend le pays. Un discours réel et rationnel est indispensable pour dessiner notre plan de demain. Il faut des personnes pour la période de la relève et de la paix et non les personnes de la période de la guerre. Il faut avoir une vision, faire des prévisions et s’attendre même à des inconnues. Mais il faut agir, avoir une politique rationnelle et un plan d’application rationnel pour sauver le pays et rattraper le temps perdu.

Psychiatre, psychanalyste

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Le président Trump satisfait de son action à Gaza va répéter la chanson de Frank Sinatra : « I did it my way. » Le président arrive à imposer un cessez-le-feu à Gaza par un forcing inhabituel dans la diplomatie classique. C’est une trêve pour libérer les otages qui est loin d’une paix réelle entre belligérants. Une politique spectacle de téléréalité où le seul acteur est le président Trump. Le Liban n’a pas obtenu un billet pour participer ou bien pour assister à ce spectacle. Par contre, il est invité ou poussé à négocier avec Israël de façon directe et pas sous la table ou en cachette.Quant au président Trump, ses comportements se rapprochent de la personnalité mythomane qui agit partiellement ou complètement en fonction de sa production imaginaire. Il croit en son imaginaire qui peut...
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