De la végétation détruite par un incendie dans une vallée de Bkassine, dans le caza de Jezzine, au Liban-Sud, le 11 novembre 2025. Photo Emmanuel Haddad / L'Orient-Le Jour
Pour la troisième journée consécutive, des incendies ravagent les forêts de plusieurs régions dans le nord et le sud du Liban, malgré la mobilisation des équipes de pompiers, de la Défense civile et de l'armée libanaise. Des feux qui ont provoqué la colère de nombreux environnementalistes et activistes, qui dénoncent le manque de réactivité des autorités.
Déjà touchée en début de semaine dernière, la région montagneuse de Chadra, dans le nord-est du Akkar, est en proie depuis dimanche soir à des flammes dont la propagation est accentuée par le vent qui souffle dans la zone. En dépit de l'intervention durant 14 heures lundi d'un hélicoptère de l'armée pour tenter d'éteindre l'incendie, qui a déjà décimé environ six hectares de pins et de chênes, le feu, celui-ci est reparti durant la nuit de lundi à mardi. Les équipes de la Défense civile ainsi que les associations Tadbeer et Les sentiers du Akkar (Darb Akkar, en arabe), accompagné de dizaines de volontaires venus des environs poursuivent leurs efforts pour lutter contre les flammes, selon les informations de notre correspondant au Liban-Nord, Michel Hallak.
« Génocide environnemental »
Si aucune information n'était jusqu'à présent disponible sur les raisons du départ de feu dans le Akkar, ce sont en revanche des frappes israéliennes qui ont provoqué le déclenchement lundi d'autres incendies au Liban-Sud. Au moins deux foyers ont été recensés dans le caza de Jezzine, sur les collines du mont Rihane et les hauteurs de Jarmaq. Le relief et la nature accidentée du terrain ne facilitent pas l'intervention des équipes de la Défense civile, également déployées sur place. Un feu s'est également déclenché dans la vallée de Bkassine, a priori sans lien avec les bombardements, mais est majoritairement sous contrôle ce matin.

Selon un communiqué publié dans la soirée de lundi par la Défense civile, des feux ont également été éteints dans de nombreuses régions, notamment dans le caza de Denniyé, dans le Kesrouan, dans la région de Baabda et près de Jbeil. En début d'après-midi, les pompiers, épaulés par les villageois et des hélicoptères de l'armée, sont parvenus à maîtriser l'incendie débuté à Bkassine, qui s'est propagé jusque dans les localités de Ghbatiyé et Aaraya. Selon l'Agence nationale d'informations (Ani, officielle), les flammes ont ravagé de nombreux pins, oliviers et vignes. Des hélicoptères de l'armée restent déployés sur les lieux pour refroidir les zones restantes et prévenir toute reprise de feu.
Le président libanais, Joseph Aoun, a suivi depuis Sofia, où il effectue une visite officielle depuis lundi, la situation concernant l'incendie dans la région de Jezzine et notamment à Bkassine et sur les hauteurs de Rihane, selon l'Ani. Il a donné ses instructions à la Défense civile et demandé à l'armée de mobiliser des hélicoptères pour empêcher la propagation des flammes. De son côté, le président du Parlement, Nabih Berry, a demandé à l'association des Scouts de la mission islamique, la Défense civile liée au mouvement Amal, de « mobiliser toutes ses unités d’intervention, ses moyens matériels et humains, et de les mettre à la disposition des conseils municipaux des régions concernées » dans le Sud pour éteindre les feux.
Malgré ces prises de position, les incendies en cascade ont suscité nombre de réactions indignées ce mardi devant l'ampleur du phénomène, déjà récurrent pendant la période estivale. La ministre de l’Environnement, Tamara Elzein, a elle inspecté les sites des incendies dans plusieurs localités du caza du Chouf. Elle a exprimé son regret face à l’ampleur des dommages causés par les flammes, souhaitant que « de tels incidents ne se reproduisent pas, surtout que le Liban traverse des conditions difficiles », a rapporté l'ANI. Sur son compte X, Mme Elzein a insisté sur le fait qu'« aucun incendie ne se déclare sans intervention humaine, qu’elle soit intentionnelle ou non ». Après avoir annoncé l'ouverture d'une enquête sur le déclenchement de l'incendie du Akkar, elle a dénoncé le « génocide environnemental » perpétré par l'armée israélienne au Liban, rappelant que « 8 700 hectares de terres agricoles et forestières » sont partis en fumée au total en raison des bombes larguées, parfois avec des munitions incendiaires, par l'aviation israélienne depuis le début de la guerre il y a plus de deux ans.

Mme Elzein a également salué l'engagement des équipes de la Défense civile et plaidé pour le renforcement de ses moyens « en ressources humaines et en équipements », tout en mettant l'accent sur la nécessité de « développer des systèmes de stockage d’eau dans les zones à risque » et sur la « prévention des risques et la mise en place de systèmes d'alerte précoces ». « En l’absence de sanctions judiciaires sévères contre les auteurs d’incendies, quels qu’en soient les motifs, aucun délinquant ne sera dissuadé de recommencer », a-t-elle ajouté.
« Où est le gouvernement ? »
Ce communiqué a toutefois été fustigé par des activistes environnementaux. « Non, madame la ministre, ce pays brûle, et les gens en ont assez des slogans. Votre ministère gère actuellement un projet d’une valeur de 3,4 millions de dollars pour la lutte contre les incendies de forêt. Où est donc ce projet ? Où en voit-on les effets sur le terrain ? », a demandé Anthony Maaiky, membre de l'association Darb Akkar. « Hier, lors de l'incendie de Chadra, de jeunes hommes ont affronté la mort avec un équipement quasi inutilisable, en grande partie hors d'usage. Que Dieu leur donne la force, mais où est le gouvernement ? », a critiqué un autre internaute.
Une subvention de 3 458 000 dollars avait été versée en 2025 au gouvernement libanais dans le cadre du projet « Gestion des risques d’incendies de forêt » financé par la Banque mondiale.
Le prédécesseur de Tamara Elzein, Nasser Yassine, a pour sa part déploré le fait que « la patrie brûle, au sud à cause d'attaques et au nord à cause de négligence ou d'actes délibérés ». L'ancien ministre a également émis des doutes sur les choix stratégiques de l'actuel gouvernement et sur l'utilisation de cette manne financière. « Les priorités semblent avoir changé, et les ressources se sont éloignées de leur objectif principal. La réduction des incendies ne peut réussir qu’en soutenant les communautés locales les plus exposées aux risques, et en équipant et développant les équipes locales qui y travaillent », a-t-il déclaré.
L'activiste Paola Rebeiz, a également pointé du doigt des débuts de feu « provoqués par l'homme pour provoquer des dissensions » et appelé à la mobilisation d' « avions et de bénévoles. »
Dans la région de Jezzine également, plusieurs personnalités locales ont réagi. L'ex-président de la municipalité de Jezzine, Khalil Harfouche, a dénoncé la main de « l'homme, ce criminel égoïste et destructeur » dans le déclenchement des feux de forêt. L'ex-député Amal Abou Zeid, originaire de la région, a de son côté estimé que « notre nature magnifique ne doit pas payer le prix de la guerre. »
En 2019, quelques jours avant le soulèvement populaire du 17 octobre, des incendies de grande ampleur avaient déjà provoqué la colère de la population, notamment après qu'il avait été révélé que des Canadair détenus par l'armée libanaise étaient inutilisables, faute d'entretien.



D’un côté Israël et de l’autre les libanais quel honte
17 h 06, le 11 novembre 2025