De la fumée s’élève du site d’une frappe aérienne israélienne à Tayr Debba le 6 novembre 2025. AFP / MAHMOUD ZAYYAT
Pour la première fois depuis septembre, l’armée israélienne a adressé jeudi des avertissements aux habitants du Liban-Sud avant de lancer une série de frappes aériennes visant « des infrastructures terroristes et plusieurs dépôts d’armes appartenant à l’unité de la Force Radwan » à Taybé, Tayr Debba, Aïta el-Jabal, Zaoutar el-Charkiyé et Kfar Dounine. Ces attaques, qui interviennent près d’un an après le cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hezbollah le 27 novembre 2024, ont eu lieu alors que le gouvernement libanais était réuni à Baabda pour discuter, entre autres, de l’avancée du processus de désarmement du Hezbollah conduit par l’armée libanaise. Selon le ministère de la Santé, les frappes ont fait un blessé dans l’après-midi, tandis que des raids menés plus tôt dans la matinée à l’est de Tyr ont fait un mort et huit blessés.
Le président de la République, Joseph Aoun, a qualifié jeudi les frappes israéliennes au Liban-Sud de « crime complet », rappelant qu’elles constituent non seulement une violation du droit international humanitaire – en ciblant et intimidant les civils et en les contraignant à quitter leurs foyers – mais aussi un « crime politique odieux ». Selon lui, « chaque fois que le Liban a manifesté son ouverture à une approche de négociation pacifique pour résoudre les questions en suspens avec Israël, ce pays a intensifié son agression contre la souveraineté libanaise, affichant son mépris de la résolution 1701 du Conseil de sécurité et multipliant les violations de ses engagements en vertu de l’accord de cessation des hostilités ». « Près d’un an s’est écoulé depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu et, durant cette période, Israël n’a ménagé aucun effort pour montrer son refus de toute solution négociée entre les deux pays… Votre message est reçu », a-t-il ajouté. La semaine dernière, le chef de l'État libanais avait affirmé que le Liban est « prêt à négocier » avec Israël. « Le Liban est prêt à négocier pour mettre fin à l’occupation israélienne, mais toute négociation ne peut se faire à sens unique ; elle nécessite une volonté réciproque, qui n’existe pas encore », avait-il dit.
C'est vers 15h que le porte-parole arabophone de l’armée israélienne a annoncé sur X qu’un avertissement serait adressé aux habitants du Liban-Sud. Dans les 2h30 qui ont suivi, cinq avertissements ont été diffusés, contre des bâtiments à Taybé (caza de Marjeyoun), Tayr Debba (Tyr), Aïta el-Jabal (Bint Jbeil), Zaoutar el-Charkiyé (Nabatiyé) et Kfar Dounine (Bint Jbeil). Chaque avertissement était accompagné d’une carte où les bâtiments étaient surlignés en rouge et qualifiés d’« infrastructures militaires du Hezbollah », avec pour objectif de « contrecarrer les tentatives interdites du Hezbollah de reconstruire ses activités dans la région ».
Enième message à l'armée libanaise
Les frappes ont débuté environ une heure après le premier avertissement, touchant d’abord Aïta el-Jabal et Tayr Debba, puis Taybé. L’aviation israélienne a ensuite frappé un immeuble résidentiel à Zaoutar el-Charkiyé, avant de lancer deux missiles sur un bâtiment à Kfar Dounine, situé à seulement deux cents mètres d’une caserne de l’armée libanaise, récemment inaugurée et portant le nom du commandant Mohammad Farhat, tué par Israël le 23 octobre 2024 lors d’une opération d’évacuation de blessés à Yater. Une source de l’armée libanaise a indiqué à L’Orient-Le Jour que les soldats stationnés dans la caserne ont refusé d’évacuer les lieux et que le bâtiment n’a subi aucun dégât.
Déjà, fin octobre, l’armée israélienne avait mené deux attaques près de la frontière sud, dans ce qui semble être un message à l'armée libanaise, alors que le même jour, l'émissaire américaine Morgan Ortagus a exhorté l'institution militaire à appliquer «pleinement» son plan de désarmement du Hezbollah.
L’armée libanaise a dénoncé jeudi les frappes israéliennes dans le Sud, affirmant qu’elles « s’inscrivent dans la continuité de la politique destructrice de l’ennemi, qui cherche à déstabiliser le Liban, à étendre la destruction dans le Sud, à maintenir la guerre et la menace contre les Libanais, tout en empêchant le déploiement complet de l’armée conformément à l’accord de cessation des hostilités ». L’institution militaire a également assuré « poursuivre une coordination étroite avec la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), précisant que le partenariat entre les deux parties demeure fondé sur un haut niveau de confiance et de coopération ».
La municipalité de Houla (caza de Marjeyoun) a exprimé sa solidarité avec l’armée libanaise, saluant « la position courageuse des soldats de la caserne de Kfar Dounine, qui ont refusé de se plier aux instructions israéliennes ». Les municipalités de Aïtaroun (Bint Jbeil), Arzoun (Tyr) et Blida (Marjeyoun) ont publié des communiqués dans le même sens.
Alors que l’armée israélienne annonçait, cinq heures après son premier avertissement, la fin de ses frappes, un drone a bombardé la localité de Aïtaroun, touchant une excavatrice, tandis qu’un autre engin a largué une bombe sonore près d’un pêcheur au large de Ras Naqoura.
« Eviter toute riposte susceptible d’envenimer la situation »
Les frappes israéliennes ont uniquement fait un blessé à Tayr Debba, selon le ministère libanais de la Santé. L’Agence nationale d’information (Ani, officielle) a précisé que l’armée libanaise avait établi un périmètre de sécurité autour du site et éloigné les civils de la zone.
De son côté, le président de la municipalité de Tayr Debba, Farid Naanouh, a déclaré que « l’occupation (israélienne) a visé une maison en prétendant qu’il s’agissait d’un site militaire de la résistance (Hezbollah), ce qui est totalement faux ». « Nous restons résistants dans nos villages et sur notre terre, malgré toutes les agressions israéliennes, a-t-il ajouté. Aucun déplacement de population n’a eu lieu, ni dans la localité ni dans les environs, contrairement à ce qu’affirment certains médias locaux et étrangers. » Il a également souligné que « l’ennemi n’a toujours pas compris que ses raids n’effraieront pas notre population ; nous resterons sur notre terre ». M. Naanouh a enfin précisé que « les travaux de déblayage des décombres ont commencé et d’ici peu les services d’électricité et de télécommunications seront rétablis ».
Pour sa part, alors que les frappes israéliennes commençaient, la Finul a rappelé sur X que « la résolution 1701 demeure le cadre de référence pour le rétablissement de la stabilité », « Les Casques bleus surveillent et signalent les violations, qu’elles soient aériennes ou terrestres, notamment la présence d’hommes armés au sud du fleuve Litani, a-t-elle poursuivi. Chacune de ces violations fragilise le calme précaire et retarde le retour des familles venues reconstruire le long de la Ligne bleue ». Après les frappes, la Finul a publié un autre communiqué appelant Israël à « cesser immédiatement ces attaques et toute violation de la résolution 1701 » et exhortant « les acteurs libanais à éviter toute riposte susceptible d’envenimer la situation ». Ces frappes « constituent de claires violations de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU », souligne la Finul, rappelant qu’elles interviennent alors que « l’armée libanaise mène des opérations visant à contrôler les armes et infrastructures non autorisées au sud du Litani ». « Toute action militaire, surtout d’une telle ampleur, met en danger la vie des civils et compromet les avancées réalisées vers une solution politique et diplomatique », a-t-elle ajouté.
Tracts
Vers midi, l’aviation israélienne avait mené trois frappes sur une vallée entre Toura, Abbassiyé et Maaraké, à l’est de Tyr, provoquant la panique dans les écoles et poussant les parents à aller récupérer leurs enfants. Ces frappes ont fait un mort et huit blessés, selon le ministère de la Santé, et endommagé une usine de béton et une menuiserie. Dans la matinée, un drone israélien avait largué trois bombes sur le littoral de Ras Naqoura.
En début d’après-midi, l’armée israélienne a largué des tracts au-dessus de la localité de Aïta el-Chaab (Bint Jbeil), justifiant l’assassinat de Youssef Srour, un ancien combattant du Hezbollah tué lundi par un tir de drone dans le village. Les tracts indiquaient notamment que « Youssef Nehmé Srour a pris des photos et recueilli des informations de renseignement au profit du Hezbollah près de la frontière, perturbant ainsi la stabilité de la région. Ne permettez pas aux membres du parti d’opérer autour de vos maisons ni de vous exposer, vous et vos familles, au danger ! », peut-on lire sur ces tracts.
Du côté de la Békaa, l’aviation israélienne a survolé les régions de la Békaa-Nord et du Hermel, tandis qu'à Beyrouth les drones israéliens étaient entendus à longueur de journée.





Les sionistes— et les américains — font le jeu des sionistes, quoique font les libanais, avec ou sans hizbollah . « Si ce n’était pas toi, c’était donc ton frère… »
14 h 41, le 07 novembre 2025