Des membres du Hezbollah pleurent sur les cercueils de leurs camarades tués lors de récentes attaques israéliennes, lors de leurs funérailles à Nabatiyeh au Liban-Sud, le 2 novembre 2025. Photo MAHMOUD ZAYYAT/AFP
En amont d'une nouvelle réunion du Conseil des ministres à Baabda, en partie consacrée au rétablissement du monopole de l’État sur les armes et au désarmement des milices, notamment le Hezbollah, ce dernier a, de manière inhabituelle, adressé jeudi matin une lettre ouverte au président de la République, Joseph Aoun, au Premier ministre, Nawaf Salam, mais également à son allié chiite, le président du Parlement, Nabih Berry.
Dans cette missive, la formation du cheikh Naïm Kassem a réitéré son opposition à son désarmement, et a exprimé son refus de « négociations politiques » avec Israël. Un refus qui intervient alors que le président Aoun répète ces derniers jours que le Liban « n'a d'autres choix que de négocier avec Israël », pendant que les pressions américaines et israéliennes pour des pourparlers directs se font de plus en plus insistantes. De son côté, le président Berry a estimé mardi que ces négociations pouvaient se faire via le comité de surveillance du cessez-le-feu conclu le 27 novembre 2024, avec la participation éventuelle d'experts « civils ou militaires ».
« L'ennemi israélien ne vise pas seulement le Hezbollah »
Critiqué frontalement par une partie de la classe politique libanaise et de la population, le parti chiite a mis en garde contre le fait de « tomber dans les négociations-piège évoquées ». Selon lui, « Le Liban doit actuellement stopper l'agression en vertu du cessez-le-feu et faire pression sur l'ennemi sioniste pour le respecter. Il n'est nullement concerné par la soumission au chantage ennemi et aux tentatives de pousser vers des négociations politiques avec l'ennemi sioniste. Cela n'est pas dans l'intérêt national et comporte des dangers existentiels qui menacent l'entité libanaise et sa souveraineté ».
« Que tous les Libanais sachent que l'ennemi israélien ne vise pas seulement le Hezbollah, mais le Liban dans son ensemble, et qu'il cherche à priver le Liban de toute capacité de refuser le chantage de l'entité sioniste et à lui imposer la soumission à ses politiques et à ses intérêts au Liban et dans la région », a insisté le Hezbollah dans sa lettre, appelant à « une position nationale unifiée et forte qui impose le respect de notre pays et de notre peuple et protège la souveraineté et la dignité du Liban ».
Le parti a également regretté « la décision précipitée du gouvernement libanais » prise lors d’une série de Conseils des ministres tenus entre août et septembre derniers, à l’issue desquels il avait été décidé de confier à l’armée libanaise le suivi du dossier, la qualifiant de « péché ».
Revenant sur le cessez-le-feu de novembre dernier, le parti chiite a rappelé que « l’armée israélienne continue de l’enfreindre par les airs, les mers et les terres ». Il a une nouvelle fois affirmé que la trêve prévoit « un mécanisme d'exécution de la résolution internationale 1701 adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies en 2006, qui définissait la zone d'opération comme étant exclusivement le Sud du Liban, au sud du fleuve Litani, et stipulait que cette zone devait être débarrassée des armes et des combattants et que l'ennemi israélien devait se retirer derrière la ligne bleue connue ». Les autorités libanaises, Washington et Tel-Aviv, assurent, eux que le désarmement concerne tout le territoire libanais.
« Les faits ont confirmé que le Liban et le Hezbollah ont strictement respecté les termes de la déclaration de cessez-le-feu depuis sa publication jusqu'à aujourd'hui, alors que l'ennemi sioniste a continué à violer et à enfreindre cette déclaration par voies terrestre, maritime et aérienne, et continue de le faire sans tenir compte des appels lancés pour qu'il mette fin à ces pratiques hostiles », a dénoncé le Hezbollah.
« Décision précipitée » du gouvernement libanais
Il a ensuite critiqué « le chantage exercé par Israël à l’égard du Liban en réponse à ces appels, posant des conditions et des exigences pour se soustraire à la cessation de ses actes hostiles, insistant pour mener à bien son projet visant à soumettre le Liban et à humilier son État, son peuple et son armée ». Pour le Hezbollah, ce chantage n’a d’autre objectif que « d'entraîner le Liban dans un accord politique » qui permettrait à l’État hébreu « d'obtenir la reconnaissance par le Liban des intérêts de l'ennemi et de la légitimité de son occupation par la force du territoire d'autrui en Palestine ».
« Malgré la décision précipitée du gouvernement concernant l'exclusivité des armes, certains ont tenté de la présenter à l'ennemi et à ses protecteurs comme un gage de bonne volonté du Liban à son égard. L'ennemi a toutefois profité de cette erreur du gouvernement pour imposer le désarmement de la résistance dans tout le Liban comme condition à la cessation des hostilités, ce qui n'était pas prévu dans la déclaration de cessez-le-feu et ne peut être accepté ni imposé », a martelé le parti.
Dans ce cadre, le Hezbollah a encore soutenu que « « le monopole des armes ne doit pas se faire à la demande d'une partie étrangère ou en réponse au chantage israélien, mais dans un cadre national ». Il a ensuite considéré que sa lettre reflète sa « volonté de couper court aux tentatives visant à entraîner l'État libanais dans de nouveaux cycles de négociations qui ne servent que les objectifs et les intérêts de l'ennemi sioniste et des forces autoritaires hostiles à la justice et à l'équité ».
« Nous vous transmettons notre vision de la situation et la position nationale requise que nous nous engageons à respecter et que nous considérons comme le moyen efficace de préserver les intérêts du Liban à ce stade, dans notre région et dans le monde », a encore écrit la formation, affirmant vouloir « l’entente nationale, protéger la souveraineté et préserver la sécurité et la stabilité au Liban ». Il s’est aussi dit soucieux de « contribuer au renforcement et au soutien d’une position libanaise unifiée contre l'agression israélienne et ses violations continues du cessez-le-feu » conclu à l'issue des efforts du médiateur américain Amos Hochstein après des négociations indirectes entre l'État libanais et l'entité sioniste.
Après les dernières remontrances de l'émissaire américain Tom Barrack, qui avait qualifié le Liban d' « État failli » et mis en garde contre une offensive israélienne en cas d’atermoiements dans le désarmement du Hezbollah, son prédécesseur, Amos Hochstein, a estimé qu'il fallait « donner de la latitude » au gouvernement et à l'armée libanaise.
« En tant que composante fondatrice du Liban, que nous avons choisi comme patrie définitive pour tous ses enfants, nous affirmons notre droit légitime à résister à l'occupation et à l'agression et à nous tenir aux côtés de notre armée et de notre peuple pour protéger la souveraineté de notre pays. La légitime défense ne relève pas d'une décision de paix ou de guerre, mais nous exerçons notre droit de nous défendre contre un ennemi qui impose la guerre à notre pays, ne cesse pas ses agressions et veut soumettre notre État », a conclu le parti.




Incroyable l’arrogance. Qu’ils émigrent, comme avait dit le président précédent. L’Iran devrait les accueillir à bras ouverts!
05 h 45, le 09 novembre 2025