Un portrait d'Ibrahim Salamé, victime de l'attaque israélienne sur la municipalité de Blida, le 30 octobre 2025. Photo Matthieu Karam / L'Orient-Le Jour
Après s'être infiltrée en territoire libanais, à Blida (Marjeyoun), jeudi à l'aube, l'armée israélienne a ouvert le feu sur le siège de la municipalité et y a abattu Ibrahim Salamé, un employé qui dormait dans le bâtiment, rapporte notre correspondant au Liban-Sud, Mountasser Abdallah. Une opération meurtrière inédite depuis le début de la trêve, violée quotidiennement par Israël, qui a suscité une vive colère au Liban-Sud, plusieurs municipalités de la région appelant les autorités à « assumer leurs responsabilités » pour protéger le Sud et ses habitants. En réponse à ces exhortations, le président Joseph Aoun a demandé à l'armée de riposter à toute incursion israélienne dans le Sud et de nombreux autres responsables ont condamné l'attaque. La troupe s'était déployée à Blida pendant la nuit, sans intervenir directement, et avait demandé de l'aide à la Finul (Force intérimaire de l'ONU au Liban) sans que celle-ci ne se mobilise.
L'attaque a lieu aux premières heures de la journée, lorsqu'une patrouille israélienne composée de plusieurs véhicules et de blindés légers de type ATV, a franchi la Ligne bleue et s'est infiltrée en territoire libanais, sur environ un kilomètre de profondeur, accompagnée par des drones, indique notre correspondant. Une fois à Blida, il n'était pas clair si les soldats israéliens ont pénétré dans le siège de la municipalité et y ont tué Ibrahim Salamé, ou s'ils ont tiré de manière intense sur le bâtiment, depuis l'extérieur, tuant l'employé municipal de 55 ans. Trois heures plus tard, l'armée israélienne s'est retirée des lieux. L'armée libanaise s'est alors déployée dans le bâtiment et y a trouvé la dépouille d'Ibrahim Salamé, qu'elle a transportée dans un hôpital de la région. Dans un communiqué qui revient succinctement sur les faits, l'armée a dit avoir envoyé une patrouille sur les lieux après « des informations ayant fait état de coups de feu » dans les environs de la municipalité. « Une unité terrestre ennemie avait pénétré dans le village et tiré sur le bâtiment, visant l'un des employés qui a été tué », a indiqué la troupe, sans préciser si les soldats israéliens étaient entrés dans le siège de la municipalité ou pas. Dans l'après-midi, selon notre correspondant, l’armée libanaise a installé une nouvelle position militaire dans la région de Ghassouné, aux abords du village de Blida.
Le ministère libanais de la Santé a confirmé la mort d'un citoyen à Blida, « tombé en martyr sous les balles de l'ennemi israélien lors d'une incursion » tôt ce matin. La victime sera enterrée demain à 13h.
Le président de la municipalité : « Où sont la Finul, l’ONU et le mécanisme ? »
Paniqués, les habitants du village s'étaient regroupés la nuit de peur d’une opération israélienne de grande ampleur, avant que la colère ne prenne le dessus dans la journée. Lors d'un sit-in devant le bâtiment municipal, le président de la municipalité, Hassane Hijazi, s'est insurgé : « Où sont la Finul, l’ONU et le « mécanisme », face à cette agression flagrante et cette violation de la résolution 1701 ? ». « Le seul crime commis par Salamé et les martyrs dans le sud est qu'ils sont les fils de cette terre. S'ils étaient tombés ailleurs, le monde entier se serait révolté », a-t-il ajouté. M. Hijazi a par ailleurs dénoncé le fait que la victime a été tuée « dans un bâtiment officiel rattaché au ministère libanais de l’Intérieur ». « Hier, j’ai reçu un appel du bureau du commandant de la Finul qui voulait visiter le village. J’aurais souhaité le voir ici aujourd’hui et voir les Casques bleus la nuit avec les héros de l’armée libanaise qui ont fait face à l’ennemi israélien », a-t-il dit. « L’Etat est malheureusement absent aujourd’hui et l’armée est soumise à des décisions politiques qui limitent son action. Le gouvernement, qui veut retirer les armes de la résistance, veut nous ôter notre dignité », a-t-il accusé.

Commentant l’opération menée jeudi à l’aube à Blida, le porte-parole de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a déclaré que l’armée israélienne a pénétré dans ce village « dans le cadre d'une opération visant à détruire des infrastructures terroristes appartenant au Hezbollah ». L’armée israélienne dit avoir « repéré un suspect à l'intérieur du bâtiment (de la municipalité de Blida) et procédé à son arrestation ». « Au moment où une menace directe a été identifiée contre les forces de sécurité, des coups de feu ont été tirés pour éliminer la menace et une blessure a été signalée. Les détails de l'incident font actuellement l'objet d'une enquête », assure Adraee. Selon lui, le bâtiment a récemment été utilisé « pour des activités terroristes par le Hezbollah, sous le couvert d'une infrastructure civile. »
Des « prétextes fallacieux » avancés par Israël
Des allégations israéliennes qualifiées de « prétextes fallacieux » pour violer la trêve, a rétorqué l'armée libanaise dans son communiqué. Elle a encore dénoncé un « acte criminel et une violation flagrante de la souveraineté libanaise, une violation de l'accord de cessation des hostilités et de la résolution 1701 » ainsi que les attaques continues d'Israël contre des « citoyens pacifiques ». Le commandement de l'armée a demandé au Mécanisme de surveillance de l'application des modalités du cessez-le-feu de « mettre un terme aux violations persistantes » israéliennes et continue de suivre de près ces attaques avec la Finul. Contactée en journée, la force onusienne a indiqué « récolter des faits » sur ce qu'il s'est passé à Blida pour en comprendre les circonstances.
Ce n'est qu'en début de soirée que la Finul a publié un communiqué pour exprimer « sa profonde préoccupation face à l’incursion armée israélienne à Blida tôt ce matin ». « Une telle action israélienne au nord de la Ligne bleue constitue une violation flagrante de la résolution 1701 du Conseil de sécurité et de la souveraineté du Liban », ajoute le texte. La Finul a appelé « toutes les parties à s’engager pleinement à cesser les hostilités », soulignant que « l’extension de l’autorité de l’État à travers ses institutions est au cœur même de la résolution 1701 ». La force des Nations unies a précisé « rester en contact avec les forces armées libanaises au sujet de cet incident ».
Lors d'une réunion à Baabda avec le commandant en chef de l'armée, le général Rodolphe Haykal, le président Aoun a demandé à l'armée de « riposter » aux incursions israéliennes « afin de défendre le territoire libanais et la sécurité des citoyens ». Un ordre lancé au lendemain de tirs israéliens visant des militaires libanais près de la frontière. Le chef de l'Etat a encore estimé que le comité de surveillance du cessez-le-feu (le « mécanisme ») « ne devrait pas se contenter d'enregistrer les faits, mais plutôt d’œuvrer pour y mettre fin en faisant pression sur Israël. Ce comité, qui s'est réuni mercredi dans le Sud, avait indiqué travailler pour trouver des moyens « d'atténuer » les violations de la trêve. De nombreux autres responsables, dont le président du Parlement Nabih Berry et le Premier ministre Nawaf Salam, ont également dénoncé cette attaque.
La colère des municipalités du Sud
Au niveau local, plusieurs municipalités du Sud, dont celles des villages voisins d'Aïtaroun et Meis el-Jabal, ont condamné l'incursion et le meurtre d'Ibrahim Salamé, « abattu alors qu’il accomplissait son devoir civique et national. » La municipalité d'Aïtaroun a notamment appelé l'armée et les forces de sécurité à « assumer leurs responsabilités nationales dans la protection des frontières, du peuple et des institutions civiles. » Celle de Meis el-Jabal a réclamé « une réponse ferme et sérieuse de la part de l’État et du gouvernement libanais », estimant que les « condamnations verbales ne suffisent plus et restent vaines si elles ne sont pas suivies de mesures concrètes. »
Par ailleurs, une autre incursion israélienne a eu lieu pendant la nuit à une douzaine de kilomètres plus au nord de Blida, à Adaïssé, où des soldats ont dynamité la husseiniyé (salle de célébration) du village, selon notre correspondant. Des avions de chasse israéliens ont en outre mené trois raids contre plusieurs collines dans la région du caza de Jezzine, jeudi matin. Les zones visées sont situées sur les hauteurs de Mahmoudiyé, Dimachqiyé et Jarmaq, rapporte notre correspondant au Liban-Sud, qui précise qu'au moins six missiles ont été largués. En début de soirée, un drone israélien a lancé une bombe incendiaire sur les bois de la région de Mahmoudiyé.
Dans l'après-midi, peu après 16 h, un drone israélien a mené un raid sur la route principale du village de Harouf, dans le caza de Nabatiyé, selon notre correspondant. Au même moment, un autre drone a lancé une bombe sur la maison d’un berger à Chebaa. L’attaque a fait deux blessés légers : Siham Atoui et son fils, le soldat Nader Fares Hamdane, selon des témoins interrogés par notre correspondant. Selon le ministère de la Santé cette frappe a fait deux blessés. Ensuite, l'armée israélienne a tiré un obus sur le village de Yaroun, dans le caza de Bint Jbeil.
L’aviation de guerre a également survolé à moyenne altitude plusieurs régions de la Békaa et du Liban-Sud, de Nabatiyé à Saïda, rapportent nos correspondants. Après plusieurs jours d’absence, les drones israéliens survolent également à nouveau à basse altitude la banlieue sud de Beyrouth, selon des témoins.





Notre président a donné l’ordre de riposter aux agressions israéliennes alors qu’il peine à matter des petites frappes vendues qui refusent de déposer leurs armes afin de mettre fin à toute excuse venant d’Israel pour détruire notre pays. Si la situation n’était pas plus que dramatique, on serait morts de rire.
17 h 27, le 30 octobre 2025