Vue depuis Chebaa, au Liban-Sud, du site militaire israélien dit du « Radar », près des fermes occupées de Chebaa, le 23 juillet 2025. Photo Matthieu Karam/L’Orient-Le Jour
L’éventualité de pourparlers directs entre le Liban et Israël continue de susciter des remous. Une semaine après les propos tenus par le président de la République Joseph Aoun selon lesquels « des négociations avec Israël (dont la forme reste à déterminer) s’imposent dans la dynamique de règlement de crise » dans la région, plusieurs personnalités proches du Hezbollah sont montées au créneau, exprimant leur refus d’une telle éventualité. Profitant de l’arrivée de son nouvel ambassadeur à Beyrouth, Michel Issa, Washington envisagerait, selon nos informations, d’élaborer un nouveau « plan de travail » pour le Liban qui inclurait des indications sur l’importance de négociations directes avec Israël pour régler la question de la délimitation de la frontière et du retrait israélien.
Soumission...
Estimant que « c’est le moment de protéger le Liban contre le piège des négociations que Washington tente d’imposer pour consacrer les intérêts d’Israël », le mufti jaafarite Ahmad Kabalan a soutenu, dimanche, que l’État hébreu « est un ennemi absolu ». Le mufti, un proche du Hezbollah, a mis en garde que « toute négociation directe ferait exploser le pays », assurant que « le Liban n’a pas perdu la guerre et ne la perdra pas ».
Le député Hassan Ezzeddine a déclaré pour sa part, à Selaa, dans le caza de Hasbaya (Liban-Sud), que « faire croire que la paix avec l’ennemi apporterait au Liban prospérité et bien-être est contraire à la réalité ». Le parlementaire du Hezbollah a ajouté : « À ceux qui pensent qu’imposer la paix par la force mènera à la stabilité, nous disons que c’est une illusion : celui qui impose la paix par la force ne crée pas la paix, car la paix véritable exige la justice. » Il a également souligné que « dans un pays comme le Liban, avec sa composition confessionnelle et politique, aucune partie ne peut imposer ses choix ». Un autre député du Hezbollah, Hussein Jechi, a quant à lui indiqué que « l’ennemi sioniste cherche – à travers ses agressions quotidiennes – à soumettre notre peuple et à briser sa volonté et vise à entraîner le Liban vers des négociations et la normalisation ».
De son côté, l’uléma chiite Ali Fadlallah (dont l’institution maintient une certaine indépendance par rapport au Hezbollah) a affirmé que « notre problème, c’est que nous n’avons construit ni patrie ni État. Nous restons un regroupement de clans qui se disputent le pouvoir et les privilèges, chaque communauté cherchant à dominer l’autre ou à s’appuyer sur des forces étrangères ». Pour lui, il est temps de « comprendre que notre salut passe par la solidarité et la cohésion pour affronter les défis et les projets qui se trament contre ce pays et contre toute la région ».
Dans la même veine, lors d’une intervention sur la radio « La Voix de tout le Liban », le député Imad el-Hout de la Jamaa islamiya (groupe sunnite proche du Hamas) a affirmé que « le Liban restera le dernier pays arabe à pouvoir s’engager dans la voie des négociations directes avec Israël », estimant que « cette option est rejetée tant sur le plan national que populaire, car elle contredit les principes fondamentaux de l’État libanais ». Il ajoute que « la position de Joseph Aoun est claire à ce sujet et reflète des constantes nationales indiscutables ». Ce député de Beyrouth a également évoqué « la possibilité de discussions indirectes, comme cela s’est produit lors de la délimitation des frontières maritimes ».
...ou intérêt ?
En face, le chef du parti Kataëb, Samy Gemayel, s’est montré ouvert à cette éventualité, du moment qu’elle sert l’intérêt du Liban. « L’intérêt du Liban est de vivre dans la stabilité et de mettre fin à toute guerre ou agression à son encontre. Si cela nécessite des négociations directes avec Israël en vue d’un accord de sécurité, de la réactivation de la trêve ou de la conclusion d’un accord de paix, ce ne sont que des détails », a-t-il souligné vendredi.
« L’important est que les frappes israéliennes sur le Liban et les attaques depuis le territoire libanais contre Israël cessent, pour qu’il y ait une stabilité à la frontière. L’important est aussi que les enfants du Sud ne vivent plus dans la peur de voir leurs maisons détruites », a-t-il ajouté à la chaîne LBCI lors de l’émission Jadal. Le député n’a pas manqué d’égratigner le Hezbollah, affirmant qu’il y a « une blessure causée par le Hezbollah chez certains chiites, tandis que le préjudice a été infligé par Israël ». « Je suis favorable à tout ce qui protège le Liban et que le Liban négocie avec la Syrie et Israël pour assurer sa stabilité, sa protection et sa prospérité qui ne peuvent être garanties que par une trêve ou la paix avec ses voisins », a encore dit Samy Gemayel.
Le député du Metn a toutefois affirmé que « cette décision appartient à l’État libanais », jugeant « préférable qu’elle soit prise à l’unanimité ». « Les Libanais doivent toutefois comprendre que c’est dans leur intérêt », a-t-il indiqué.Écartant la perspective d’une normalisation, Samy Gemayel a estimé qu’on ne peut passer d’un état de guerre à un état de paix sans traverser plusieurs étapes, à savoir la délimitation des frontières, le retrait d’Israël des territoires encore occupés, la restitution des prisonniers, la fin des violations de la souveraineté et de l’espace aérien libanais et le sort des Palestiniens. « Une fois toutes ces questions résolues, nous déciderons si nous voulons en rester là ou aller plus loin », a-t-il noté.Le député sunnite issu de la contestation, Waddah Sadek, a tenu des propos similaires. « Il serait préférable que le Liban entame des négociations directes avec Israël afin de ne pas lui concéder de victoire comme cela a été le cas dans le dossier de la délimitation maritime, mais ces négociations doivent être assorties de conditions », a-t-il souligné, estimant naturel qu’une partie de la population se sente trahie à ce sujet.



Oh comme l’ulema chiite Ali Fadlallah a bien resume notre statut, on n’a construit ni parie ni état, c’est bien notre grand problème!
18 h 22, le 20 octobre 2025