Rechercher
Rechercher

Lifestyle - Mode

De Dior à Fendi, le règne silencieux de Maria Grazia Chiuri

C’est une boucle qui se referme, mais aussi un nouveau départ. Après neuf années passées à la tête des collections féminines de Dior, Maria Grazia Chiuri revient là où tout a commencé pour elle : chez Fendi où elle a fait ses débuts à la fin des années 1980.

De Dior à Fendi, le règne silencieux de Maria Grazia Chiuri

Maria Grazia Chiuri, icône discrète de la mode. Photo Reuters

Née à Rome en 1964, Maria Grazia Chiuri grandit dans une famille où l’aiguille et le fil font partie du quotidien, sous l’aile d’une mère couturière. C’est tout naturellement qu’elle s’oriente vers la mode, étudiant à l’Istituto Europeo di Design avant de rejoindre Fendi en 1989. À l’époque, la maison est dirigée par les sœurs Fendi et Karl Lagerfeld. Chiuri y apprend la rigueur des volumes, le culte de la matière, le respect absolu de l’artisanat. Elle travaille au sein du département accessoires, dans une équipe où la créativité accompagne la précision du geste. Son passage coïncide avec une période charnière pour Fendi : l’essor des accessoires de luxe, la montée de la mode italienne sur la scène internationale et la création du sac Baguette (1997), imaginé par Silvia Venturini Fendi, à la fois collègue et figure majeure dans l’univers de la maison. Chiuri participe à cette effervescence créative où le luxe se fait fonctionnel et de plus en plus désirable.

Lire aussi

Matthieu Blazy, le nouveau Chanel

Valentino : la consécration d’un duo

En 1999, Maria rejoint Valentino, accompagnée de Pierpaolo Piccioli, rencontré chez Fendi. Tous deux prennent en charge les accessoires avant d’être nommés directeurs artistiques de la maison en 2008, succédant à Valentino Garavani lui-même.

Leur travail, d’une rare élégance, redonne à Valentino sa vitalité et son romantisme. Ensemble, ils imposent un style reconnaissable entre tous : dentelles diaphanes, rouges profonds, plissés délicats, silhouettes aériennes. Sous leur impulsion, Valentino devient un symbole de féminité moderne, rêveuse mais déterminée. Ce duo complémentaire, elle, instinctive et intellectuelle ; lui, poétique et intuitif, fait de la maison un laboratoire d’émotion et de beauté.

Chez Dior, une révolution douce et un adieu en forme d’hommage

Quand Maria Grazia Chiuri est nommée directrice artistique des collections féminines de Dior en 2016, c’est une première : jamais une femme n’avait dirigé la création féminine de la maison fondée en 1947. Le choix de Bernard Arnault et de Pietro Beccari est audacieux ; il s’avérera historique. Dès sa première collection, Chiuri annonce ses couleurs. Un tee-shirt blanc portant l’inscription « We Should All Be Feminists », inspiré de l’essai de Chimamanda Ngozi Adichie, ouvre le défilé. L’image fait le tour du monde. Derrière la simplicité du geste, un message fort : la mode, dit-elle, doit être un espace de liberté, de réflexion et de résistance. Pendant neuf ans, Chiuri fera de Dior un terrain d’exploration des identités féminines. Elle y mêle la rigueur du tailleur Bar à des références aux artistes femmes, à la célébration des artisanes, des tisserandes et brodeuses d’Afrique, d’Inde ou d’Italie. Chaque défilé devient une déclaration politique et poétique.

Maria Grazia Chiuri en 2025. Photo AFP
Maria Grazia Chiuri en 2025. Photo AFP

Son Dior n’est pas celui du spectacle ostentatoire, mais celui de la pensée en mouvement, et cette simplicité, cette cérébralité lui seront parfois reprochées. Elle y mêle philosophie, littérature et engagement social. Les décors, souvent conçus avec des artistes féminines contemporaines, dialoguent avec ses vêtements. Le tout est accompagné de manifestes. Elle prouve qu’on peut parler de féminisme sans perdre l’élégance, d’artisanat sans nostalgie et d’intellect sans froideur. Sous sa direction, Dior connaît un essor commercial sans précédent : les ventes quadruplent entre 2017 et 2023. Ses sacs (Book Tote, Bobby, Lady D-Lite) deviennent des best-sellers, ses défilés des événements planétaires.

En mai 2025, Maria Grazia Chiuri annonce son départ de Dior et réciproquement. Aucun scandale, aucun désaccord public : juste une fin de cycle. Neuf années, c’est une éternité dans le rythme effréné de la mode. Son ultime collection présentée à Rome, sa ville, prend alors valeur de symbole. Entre colonnes antiques et jardins suspendus, elle revisite le mythe de la déesse, célébrant les femmes de chair et d’esprit. C’était, dit-elle, « le moment de rentrer à la maison ».

Fendi : retour aux origines, retour à soi

Après quelques mois de suspense, l’annonce est tombée le 14 octobre : Maria Grazia Chiuri est nommée directrice artistique de Fendi. Un recrutement qui fait sens, à plus d’un titre. D’abord, un retour aux sources : Chiuri retrouve la maison où elle a tout appris, à Rome la libérale, auprès de la famille Fendi. Ensuite, une continuité de valeurs : Fendi est l’une des rares maisons où l’idée de liberté féminine est inscrite dans l’ADN : six sœurs fondatrices à l’origine, une entreprise de femmes avant l’heure. Enfin, un alignement d’esprit : Fendi défend l’artisanat, la transmission, l’innovation entre main et matière, autant de thèmes chers à Chiuri. Silvia Venturini Fendi, désormais présidente d’honneur, voit dans ce retour une évidence : « Maria Grazia est des nôtres. Elle comprend Rome, elle comprend la femme Fendi, audacieuse, multiple, libre. » L’arrivée de Chiuri marque sans doute une nouvelle ère pour la maison, avec un accent sur la substance et l’âme. Pour la créatrice s’offre une possibilité d’écrire le prochain chapitre de sa quête à travers une mode de liberté, enracinée dans la terre et l’histoire.

Lire aussi

Mugler par Miguel Castro Freitas : architecture et trucs en plumes

À travers les formes et les textures, Maria Grazia Chiuri tisse aussi des liens. Entre les femmes, entre les époques, entre le savoir et l’émotion. Sa carrière, de Fendi à Valentino, de Dior à Fendi à nouveau, ressemble à un cercle vertueux où chaque étape a nourri la suivante. Son passage chez Dior aura marqué la mode de son empreinte intellectuelle et sensible, faisant du féminisme une esthétique à part entière. Son retour à Fendi, maison romaine où prévaut la liberté créative, promet d’ouvrir un nouveau dialogue entre tradition et modernité, un retour à la terre, à la main, au souffle. Dans un monde où la mode se cherche un sens, Maria Grazia Chiuri continue, inlassablement, à le lui redonner.

Née à Rome en 1964, Maria Grazia Chiuri grandit dans une famille où l’aiguille et le fil font partie du quotidien, sous l’aile d’une mère couturière. C’est tout naturellement qu’elle s’oriente vers la mode, étudiant à l’Istituto Europeo di Design avant de rejoindre Fendi en 1989. À l’époque, la maison est dirigée par les sœurs Fendi et Karl Lagerfeld. Chiuri y apprend la rigueur des volumes, le culte de la matière, le respect absolu de l’artisanat. Elle travaille au sein du département accessoires, dans une équipe où la créativité accompagne la précision du geste. Son passage coïncide avec une période charnière pour Fendi : l’essor des accessoires de luxe, la montée de la mode italienne sur la scène internationale et la création du sac Baguette (1997), imaginé par Silvia Venturini Fendi, à la...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut