Matthieu Blazy, le nouveau regard de Chanel. Photo Dina Lixenberg tirée du compte instagram @matthieublazy
Si Virginie Viard a été la gardienne du temple Chanel, succédant à Karl Lagerfeld après avoir été son bras droit, Matthieu Blazy y érige un nouveau culte. Au Grand Palais, comme de tradition chez Chanel, sous une installation de planètes flottantes préfigurant de nouveaux augures et alignements, le créateur franco-belge a révélé l’une des collections les plus attendues de la semaine de la mode parisienne printemps-été 2026. Cette ligne est bien de Chanel, avec un pas de côté. Loin du respect religieux des codes de la maison tels qu’interprétés par ses prédécesseurs, Matthieu Blazy, désigné à la direction artistique le 12 décembre 2024, y est allé à fond sous le signe du jeu, de la joie, de la décontraction et de la liberté. Diplômé de l’école bruxelloise de La Cambre en 2007, ce qui annonce déjà un style conceptuel et libéral, Blazy commence sa carrière dans les collections masculines de Raf Simons. Il rejoint ensuite l’équipe des collections artisanales de Martin Margiela où le découvre la journaliste de mode Suzy Menkes. Après un passage chez Celine sous Phoebe Philo, puis chez Calvin Klein, il dirige à partir de 2021 la création de Bottega Veneta où son futurisme et sa prédilection pour la thématique de l’espace (retrouvée dans le décor du Grand Palais), de même que ses trompe-l’œil, lui valent dans la presse le surnom de « Magicien de Milan ». Sa faculté de trouver le renouveau dans la tradition n’a pas échappé aux propriétaires de Chanel, Alain et Gérard Wertheimer, qui misent sur lui au bout du suspense qui a suivi le départ de Virginie Viard.
Plus aucune trace du fameux guindé chanélien. Si les tailleurs demeurent, c’est tantôt dans un esprit masculin (et puisqu’il faut une histoire, autant rappeler que Coco Chanel adorait emprunter ses vestons à son grand amour Boy Capel), tantôt déstructurés, dépareillés, et en tout cas à l’écoute d’une nouvelle génération d’acheteuses qui, de toute façon, ne consentaient à décrocher dans le vestiaire de leurs mères la fameuse veste en tweed à ganses et petites poches que pour la porter avec un jeans usé.
Le tailleur Chanel se voulait indémodable. Matthieu Blazy vient de le démoder avec un nouveau porté. Le « Chanel Look » cher à Anna Wintour et à la bourgeoisie traditionnelle, sa « distinction » soulignée par Roland Barthes tombent dans les orties et s’en relèvent chahuté de jupes haut fendues, mailles ajourées, coupes larges et fluides, tailles oh ! si basses, et fleurs sauvages en relief ébouriffant le symétrique camélia, emblème de la maison. Avec Matthieu, Chanel ne garde son sérieux que dans le raffinement des matières et des coupes. Sinon, il suffisait de voir le sourire de la mannequin éthiopienne Awar Odhiang, la joie communicative de sa danse finale dans une époustouflante jupe longue à plumes multicolores, virevoltante à souhait, pour se souvenir que chez Chanel, on ne souriait même pas. Le public, précédé au premier rang par Nicole Kidman et ses filles, Penelope Cruz, Tilda Swinton ou Pedro Almodovar, ne s’y est pas trompé : une longue ovation debout a salué la fraîcheur vivifiante qui a parcouru la salle immense et qui ne pouvait venir que d’un vent nouveau. Chanel respire ! Chanel ne sera plus le principal pourvoyeur des cérémonies barbantes et des condoléances libanaises. Chanel entre dans la vie, et sous l’aile de Matthieu Blazy, on peut escompter qu’il n’en sortira pas de sitôt.



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