Vue du défilé Mugler sous la direction de Miguel Castro Freitas. Photo DR
Paris avait rendez-vous jeudi dernier avec une renaissance. Dans l’air encore tiède d’un automne débutant, Miguel Castro Freitas faisait ses débuts officiels à la tête de la maison Mugler. Il avait choisi pour l’occasion un décor inattendu : un parking souterrain près de la place de la République. Avec sa nudité grise et brute, le lieu appartient, à l’évidence, à un autre monde que celui du luxe. Mais dès l’apparition du premier modèle, tout s’inverse : soudain, cet espace sans grâce se change en cathédrale du glamour.
Car c’est bien de glamour qu’il s’agit. De ce glamour théâtral et sculptural qui, au début des années 1990, avait permis à Thierry Mugler de bousculer les codes de la haute couture, après avoir imposé son style dans le prêt-à-porter. Glamour radical aussi qui, une décennie plus tard, l’avait conduit à créer ces silhouettes-oiseaux dont l’audace reste gravée dans l’histoire de la mode. Miguel Castro Freitas, pour son premier geste, a voulu renouer avec ce fil.
Son parcours impressionnant s’entendait dans chaque pièce. On y lisait l’ombre d’un Galliano fantasque, la rigueur de l’ère Raf Simons chez Dior, l’influence possible de Max Mara dans ces déclinaisons de beige qui ponctuaient la collection. Mais il y avait surtout la patte d’un couturier de grande classe doublé d’un cinéphile passionné. Parmi les passages les plus marquants du défilé, un double hommage au maître : deux oiseaux de paradis habillés de vestes et jupes nées d’une collaboration avec le plumassier Février. Ces pièces poétiques semblaient flotter entre héritage et réinvention, sous le thème du défilé, « Stardust Aphrodite », ou l’Aphrodite en poussière d’étoiles (comme par opposition à une Vénus en fourrure). Partout, la plume est présente – alors qu’elle avait eu tendance à disparaître sous la pression des groupes de défense de la vie animale –, ici dansant sur le bord d’une robe volantée, là en crinière, flottant glorieusement autour du visage d’un mannequin simplement vêtu d’un pantalon large et beige et d’un débardeur moulant plus clair d’un ton.
La collection proposait par ailleurs une déclinaison de citations : robes cocktail en cuir seconde peau, drapées, froncées, comme coulées sur le corps ; longues robes nocturnes ornées de fleurs et d’étoiles de cuir, théâtrales jusqu’à l’excès ; épaules moulées, décolletés décollés du buste, hanches amplifiées en silicone. Une série de robes partiellement transparentes jouait le trouble de la révélation, laissant deviner la poitrine avec une subtilité frondeuse. Partout, le corps était célébré comme architecture et comme spectacle.
En mars dernier, Miguel Castro Freitas avait succédé à Casey Cadwallader, dont l’ère s’était caractérisée par une fascination pour l’imaginaire S&M, latex et découpes fétichistes. Avec lui, Mugler change de ton : le registre devient plus grandiose, presque opératique. Moins obsédé par la provocation frontale, plus attaché à l’idée d’un spectacle total où couture et fantasmagorie dialoguent.
Le contexte aussi éclaire ce choix. Depuis que la maison est entrée dans le giron de L’Oréal, géant de la beauté, sa nouvelle orientation semble miser sur la visibilité, la puissance de l’image, le spectaculaire du tapis rouge. La mode, ici, doit d’abord séduire les stars, les influenceurs et les pages des magazines. Une stratégie qui fait de la collection un instrument de rayonnement plus qu’une ligne destinée à peser lourd dans le commerce du prêt-à-porter. À cet égard, le pari de Castro Freitas s’avère parfaitement aligné : sa collection a tout du manifeste taillé pour la lumière, avec cette aura indispensable pour inscrire Mugler dans le présent tout en honorant l’héritage flamboyant de son fondateur. En choisissant pour écrin un lugubre parking souterrain, il faisait jouer avec force le contraste de son déploiement de plumes. À travers sa vision, Mugler signe son retour au glamour absolu, débarrassé des connotations porno-chic usées, uniquement tourné vers la lumière.


