Au-delà de la représentation jouée en juin dernier à l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK), c’est toute une expérience humaine, artistique et formatrice qui a marqué les participants.
Les Misérables de Victor Hugo, ce chef-d’œuvre de la littérature française, déjà porté à de multiples reprises sur scène et à l’écran, a trouvé une nouvelle vie à travers la créativité des étudiants, venus clore leurs cours d’art dramatique. Mais au-delà de la représentation jouée en juin dernier à l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK), c’est toute une expérience humaine, artistique et formatrice qui a marqué les participants. Pendant plusieurs mois, les étudiants se sont retrouvés chaque mardi après-midi
pour répéter, parfois jusqu’à des heures tardives. Discipline, rigueur et passion ont rythmé cette préparation.
« Nous avons sacrifié beaucoup de notre temps personnel, mais c’était le prix à payer pour atteindre un vrai niveau professionnel. Ce qui m’a marqué, c’est la discipline : elle forge le respect du temps et des autres », confie Anthony al-Asmar, 30 ans, qui a incarné Jean Valjean.
Le rôle du metteur en scène et acteur Georges Khabbaz fut déterminant. À la fois exigeant et généreux, il a guidé les jeunes comédiens avec fermeté mais aussi avec une bienveillance paternelle. « Travailler avec Georges Khabbaz, c’était comme affronter les vagues : il était très strict, mais il nous a transmis sa vision et son style. Grâce à lui, nous avons appris à tracer notre propre chemin », poursuit Anthony, qui détient depuis l’été 2024 une licence en arts de la scène de l’USEK.
Pour d’autres, l’apprentissage est passé aussi par l’improvisation. « Il est arrivé souvent que Georges Khabbaz propose une idée sur le vif, et de là sont nées des scènes d’une grande intensité. Cela montre à quel point il est un artiste complet et inspirant », souligne Élie Barhouche, 21 ans, en troisième année de droit.
De son côté, Tressy Sakr, 21 ans, étudiante en graphisme, qui a incarné tour à tour l’ouvrière, la prostituée, l’employée du tribunal, la danseuse, la nonne et la révolutionnaire, insiste sur la rigueur collective : « Les étudiants ont participé à toutes les répétitions avec sérieux. Les absences n’étaient permises qu’en cas de raison urgente, ce qui a instauré une discipline stricte. Le silence n’était pas toujours facile à maintenir au début, mais il s’est imposé dans les derniers jours, surtout à l’approche de la représentation. Georges Khabbaz, présent à la majorité des séances, a partagé des conseils pratiques, des astuces de jeu et une vision professionnelle du théâtre, ce qui a enrichi notre formation artistique. »
Pour les étudiants, le théâtre devient un espace de découverte. Photos Élie Barhouche
Des expériences personnelles marquantes
Derrière les projecteurs, ce sont surtout des parcours personnels qui se sont transformés. « C’était la première fois que j’ai ressenti à la fois de la peur et de l’excitation. Cette pièce a changé ma vie : ma discipline, ma communication avec les autres et même ma vision de mon métier d’acteur », confie Anthony al-Asmar, qui outre sa formation universitaire a suivi de nombreux ateliers artistiques.
Pour Élie Barhouche, le projet a été une révélation. « Je ne viens pas du domaine artistique, mais cette expérience m’a donné confiance en moi. J’ai appris à mieux parler en public, à travailler ma posture… Ce sont des compétences qui me serviront bien au-delà du théâtre. »
Tressy Sakr partage le même sentiment : « Avant de monter sur scène, la nervosité et le trac ont dominé, ce qui est naturel. Mais pendant et après la représentation, nous avons ressenti une immense fierté et une joie collective. Cette aventure m’a permis de découvrir des talents cachés, d’apprendre à gérer le stress et le trac, mais surtout de renforcer ma confiance en moi. Elle m’a montré l’importance du travail collectif et de l’écoute des autres. »
Au fil des répétitions, la troupe est devenue une véritable famille. La cohésion, la solidarité et l’esprit d’équipe ont marqué chaque étape du projet. « Nous avons grandi ensemble, mentalement et artistiquement », souligne Anthony al-Asmar.
Cette dynamique a aussi laissé une empreinte au sein de l’université. L’expérience a suscité l’envie de créer un groupe théâtral permanent à l’USEK, avec déjà un projet en préparation pour l’été prochain. « C’est très encourageant ! » se réjouit Élie Barhouche.
Pour Tressy Sakr aussi, l’impact collectif est évident : « Une véritable cohésion de groupe s’est formée tout au long des séances et des défis partagés. Le projet nous a unis autour d’une aventure commune, dépassant les individualités. Il a également dynamisé la vie culturelle de l’université et donné envie à beaucoup d’entre nous de poursuivre le théâtre ou de s’impliquer davantage dans la vie artistique. »
Vers de nouveaux horizons
« Cette aventure restera une référence pour chaque production à laquelle je participerai, ou que je créerai moi-même », conclut Anthony al-Asmar.
« Pour ma part, cette expérience restera inoubliable. Elle ouvre des perspectives nouvelles : certains continueront dans le théâtre, d’autres en feront une passion ou un engagement personnel. Elle a éveillé des vocations et laissé une trace durable dans nos parcours », ajoute Tressy Sakr.
Au terme de cette aventure, une certitude s’impose : le théâtre à l’USEK ne s’arrête pas au rideau qui tombe. Il devient un espace de découverte, de confiance et d’avenir. Au-
delà d’une simple pièce, cette expérience annonce un avenir prometteur. Certains étudiants envisagent de poursuivre une carrière théâtrale, tandis que d’autres emporteront avec eux des compétences précieuses dans leur vie professionnelle. Mais tous garderont en mémoire cette conviction partagée : leur version des Misérables n’était pas seulement une pièce, mais une expérience fondatrice.


