Le gouverneur de la Banque du Liban, Karim Souhaid, aux côtés de Gérard Wolf, qui préside la délégation du Medef venue au Liban le 29 septembre 2025 à l’ESA, à Beyrouth. Photo Philippe HAGE BOUTROS / L’Orient-Le Jour
« L’année 2026 pourrait être celle où les crédits bancaires seront rétablis », a déclaré lundi le gouverneur de la Banque du Liban, Karim Souhaid.
Il s’exprimait sur le campus de l’ESA Business School à Beyrouth, devant une délégation du Medef, principal organe représentant les entreprises françaises, en visite de deux jours pour explorer les opportunités liées à la reconstruction et à la réhabilitation des infrastructures, après six ans de crise et treize mois de guerre entre le Hezbollah et Israël.
À la suite de la crise qui a éclaté fin 2019, les banques libanaises ont gelé plusieurs dizaines de milliards de dollars de dépôts en devises appartenant à leurs clients et ont cessé d’octroyer des crédits. Jusqu’à présent, les autorités n’ont entamé ni le processus d’absorption des pertes financières du pays, ni celui de remboursement des dépôts, ni la restructuration du secteur bancaire. L’État a, de plus, fait défaut en mars 2020 sur les eurobonds – titres de dette en dollars – et n’a toujours pas restructuré sa dette publique.
Répondant à une question de l’assistance, le patron de la banque centrale a estimé que les autorités avaient une réelle volonté de réformer le pays et que la loi visant à répartir les imposantes pertes du système financier libanais et à rembourser les dépôts pourrait être votée avant la fin de l’année, ce qui enverrait un signal positif aux partenaires du Liban.
« Nous avons la chance d’avoir un président (Joseph Aoun) qui n’est pas un politique traditionnel et un Premier ministre (Nawaf Salam) qui n’est pas un homme d’affaires. Ils sont focalisés sur les vraies réformes structurelles du pays (…) Mais à ce stade, même les politiciens ne peuvent plus perdre de temps », a-t-il encore déclaré.
Karim Souhaid est également revenu sur les propositions transmises par la BDL pour organiser la répartition des pertes et le remboursement des dépôts, que nous avons évoquées dans un article la semaine dernière.
Selon le bref exposé du gouverneur, un premier axe prévoit la « réduction du déficit de la BDL d’environ 30 milliards de dollars grâce à l’élimination des créances irrégulières ». Le deuxième consiste à segmenter les dépôts en trois catégories : les petits dépôts (inférieurs à 100 000 dollars), qui représentent 84 % du total ; ceux compris entre 100 000 et 1 million de dollars, soit 14 % supplémentaires ; et ceux supérieurs à 1 million de dollars. Le troisième axe organiserait le remboursement des dépôts en espèces pour les petits dépôts et « certains dépôts moyens », avec un système de « titres adossés aux actifs de la BDL » pour le remboursement du reste. Le dernier axe concerne la répartition du financement des pertes entre l’État, les banques et la BDL, sur lequel il n’a pas fourni de détails.
Selon les informations que nous avions obtenues la semaine dernière au sujet des propositions transmises par la BDL au Premier ministre Nawaf Salam et au ministre des Finances Yassine Jaber, l’encours des dépôts passerait d’environ 84 milliards de dollars à 49,9 milliards, à travers l’effacement de plusieurs créances, dont les dépôts « soupçonnés » ou illicites (7,54 milliards de dollars) ou les intérêts additionnels jugés excessifs depuis 2015 (13,79 milliards), pour ne citer que ceux-là. Le solde résiduel serait alors réparti entre la Banque du Liban (19,97 milliards de dollars), l’État (16,5 milliards) et les banques (13,5 milliards), selon cette formule qui n’a pas encore été adoptée par l’exécutif.
Rien ne garantit à ce stade que le Fonds monétaire international, que le Liban a une nouvelle fois approché au début de l’année pour tenter de décrocher un programme d’assistance financière, sera ouvert à cette formule. À l’issue de sa visite la semaine dernière, l’organisation a estimé, dans un communiqué, que « les autorités devraient poursuivre leurs efforts pour élaborer une stratégie visant à reconnaître et répartir les pertes, et à rétablir la viabilité du secteur bancaire, conformément aux normes internationales, à la protection des petits déposants et à la soutenabilité de la dette publique ».
Le FMI a également affirmé à plusieurs reprises qu’il ne ferait pas de concession sur la hiérarchie des responsabilités dans la crise bancaire, c’est-à-dire sur le principe consistant à faire payer les actionnaires des banques avant d’envisager de ponctionner les déposants.


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09 h 20, le 30 septembre 2025