Tous les pays normaux organisent des élections. Chez nous, on phosphore sur des lois électorales. Un procédé pour le moins original, puisque tous les quatre ans on change la règle du jeu selon le rapport des forces en présence, avant de manipuler délicatement le texte comme pour un clystère puis de l’adopter à la veille du scrutin, quelques minutes avant minuit.
Pour l’heure, le nouveau hochet agité devant la classe politique tourne autour d’un sujet dont la mayonnaise semble difficile à faire grimper : faut-il amener les expats à voter pour la totalité des 128 futurs cobayes législatifs, ou encaquer leurs bulletins dans six circonscriptions dédiées, avec six strapontins orphelins à la clé ? Une idée lumineuse inventée naguère par le Basileus et ses alliés barbus, à l’époque où ils roucoulaient dans le même pigeonnier. La question n’aurait en tout cas jamais pris ces proportions si le taulier du Parlement ne s’était pas essuyé les pieds sur la proposition d’amendement de la loi électorale que 67 députés lui avaient dernièrement balancée dans le râtelier.
Admirable résilience dont fait preuve cet Ancêtre antédiluvien, à chaque fois qu’il est confronté à une réforme ! Cette nonchalance alanguie dans sa façon de freiner des quatre fers en toutes occasions, dès lors qu’il s’agit d’évoluer a minima. Pour le savoir, y a qu’à remuer le coffre aux souvenirs enfouis au fond du subconscient du Istiz Nabeuh profond : le refus des privatisations des officines poubelles, c’est lui ; le refus de vidanger la fonction publique des traîne-lattes qu’il a contribué à placer, c’est encore lui ; pire encore, il s’est acharné à les augmenter en militant pour la fameuse « grille des salaires », dont on lui disait pourtant qu’elle allait flinguer l’économie.
Donc, retour maintenant à la case départ avec la boule puante que Tonton Nawaf lui a lancée en le forçant à réveiller le pot de Chambre qu’il préside et touille à sa convenance. Mais comme on est encore loin de la date des élections, gageons que les commissions parlementaires se joueront du temps conformément au principe de l’élasticité des matériaux. Il ne reste plus qu’à suivre le doux cheminement des synapses des neurones ramollis qui nous mèneront droit au torpillage du scrutin. Pour cela, il suffit d’attendre…
Dans quelques jours, l’air de rien, quelques birbes déliquescents nous distilleront l’idée qu’un report « technique » des législatives ne serait pas « la mer à boire ». Puis une fois gobé le boa du report, d’autres briscards se mettront aussitôt en branle pour ânonner qu’un ajournement sine die du vote « ne serait pas la fin du monde ». Évidemment que non ! Qu’est-ce que le monde a à battre d’une poignée de niaiseux locaux qui s’emploient à enjamber les échéances électorales, tantôt en inventant des lois tordues taillées à la mesure de leur fondement vissé sur le fauteuil, tantôt en invoquant une insécurité pourtant inscrite dans notre ADN !
Dans l’état de délabrement du pays, faut être bien naïf pour penser qu’avec ces élections la bouse va tourner chantilly. Peu importe, la majorité promettra le champagne et le caviar, l’opposition la tisane et les petits pois… et les mafieux habituels se feront réélire à la sueur de leur banquier.
C’était notre modeste contribution aux espoirs d’avenir radieux des Libanais.
gabynasr@lorientlejour.com



L'Otan n'a pas de plan dans le détroit d'Ormuz, mais y pense
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18 h 49, le 19 septembre 2025