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Le Liban dans le jeu de Tom & Berry


Le « grand frère » n’est finalement pas si sage… Nabih Berry, éternel président du Parlement et stratège chevronné de la scène politique libanaise, joue, une fois de plus, sa carte préférée. À un moment charnière de l’histoire du Liban, où le gouvernement tente de s’affirmer en réclamant l’exclusivité des armes aux mains de l’État, le président du Parlement – accessoirement chef du mouvement Amal – mène une contre-offensive subtile mais redoutable : le fameux « dialogue national », cette formule usée qui transforme chaque crise en table ronde sans fin. En bon et fidèle allié, le leader chiite cherche ainsi à diluer la décision gouvernementale dans les méandres des palabres consensuelles, donnant au Hezbollah le temps et l’espace nécessaires pour préserver son arsenal, au nom d’un compromis qu’il sait toujours tailler à sa mesure.

En l’espace de treize minutes seulement, Nabih Berry, lui aussi à la tête d’une mini-milice, a enterré ce qui restait du consensus national autour du discours d’investiture du président et de la déclaration ministérielle du gouvernement. Il est apparu sur un ton menaçant, ravivant le spectre de l’accord du 17 mai – ce traité signé en 1983 entre le Liban et Israël, finalement avorté sous pression de la Syrie et de ses alliés, mais resté dans la mémoire collective d’une frange importante des Libanais comme une capitulation nationale.

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En réveillant un vieux traumatisme, M. Berry cherche à délégitimer ses adversaires, les accusant implicitement de vouloir brader la souveraineté du Liban aux Américains et aux Israéliens. En somme, le président du Parlement – cette double casquette a décidément de quoi faire perdre la boussole – assimile les décisions du gouvernement actuel à une nouvelle trahison orchestrée de l’extérieur. Un extérieur représenté par Tom Barrack, cet émissaire américain au document « piégé », « plus dangereux encore », aux yeux du maître de Aïn el-Tiné, que l’accord de cessez-le-feu de novembre dernier… Une entente qu’il avait pourtant lui-même avalisée.

Alors, quel Nabih Berry croire ? L’homme d’État, l’arbitre et le gardien de la communauté chiite qui a déjà souffert le martyre ? Ou le protagoniste aligné sur un discours (celui du Hezbollah) et un agenda (celui de l’Iran) qui militarisent une communauté au risque de la détruire ?

Le Hezbollah est allé trop loin dans sa nouvelle guerre, menée cette fois-ci contre la légitimité de l’État, anéantissant tout espoir de coopération. Il est désormais évident qu’il n’acceptera le « dialogue » qu’à condition que l’État cède à ses exigences et fasse renaître le fameux triptyque armée-peuple-résistance de ses cendres.

À partir de là, une question essentielle s’impose : où se situe le président du Parlement sur le chemin de non-retour vers l’État que le Hezbollah a choisi d’emprunter ? Jusqu’à présent, Nabih Berry joue sur deux fronts à la fois. Il reçoit les émissaires du « Grand Satan » et négocie avec eux, tandis que le ministre des Finances, Yassine Jaber (proche d’Amal), propose un discours mesuré et calme sur les décisions du gouvernement et le monopole des armes. Dans le même temps, il parle au nom des deux frères presque siamois et se tient prêt à donner l’ordre à ses partisans de descendre dans la rue pour protéger un arsenal sacralisé.

Cette ambiguïté ne peut plus durer, même au nom de la mission – louable – de maintenir une ligne de communication entre l’État et le Hezbollah et entre celui-ci et les émissaires étrangers. Nabih Berry doit savoir que sa persistance à protéger le Hezbollah aura des conséquences, tout comme son éloignement de la logique suicidaire de son « petit frère ». Le premier choix mettrait en danger toute la communauté chiite, dont le sort sera alors décidé par Tom Barrack et ceux qu’il représente, et la détacherait du tissu national. Le second la ramènerait sous l’égide de l’État, la protégerait et ferait de ses membres de véritables partenaires dans le projet de redressement du pays.

Nabih Berry tranchera-t-il une bonne fois pour toutes ? Cette fois-ci, ses lapins ne suffiront pas à sauver les meubles. Et le Liban ne survivra pas à un autre tour de magie. 

Le « grand frère » n’est finalement pas si sage… Nabih Berry, éternel président du Parlement et stratège chevronné de la scène politique libanaise, joue, une fois de plus, sa carte préférée. À un moment charnière de l’histoire du Liban, où le gouvernement tente de s’affirmer en réclamant l’exclusivité des armes aux mains de l’État, le président du Parlement – accessoirement chef du mouvement Amal – mène une contre-offensive subtile mais redoutable : le fameux « dialogue national », cette formule usée qui transforme chaque crise en table ronde sans fin. En bon et fidèle allié, le leader chiite cherche ainsi à diluer la décision gouvernementale dans les méandres des palabres consensuelles, donnant au Hezbollah le temps et l’espace nécessaires pour préserver son arsenal, au nom d’un...
commentaires (19)

j'adore votre titre.

M.J. Kojack

15 h 57, le 02 septembre 2025

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Commentaires (19)

  • j'adore votre titre.

    M.J. Kojack

    15 h 57, le 02 septembre 2025

  • La chose la plus importante c'est de faire elire quelques deputes Chiites idependants lors des prochaines elections pour tenter de couper la voie a la reelection de ce dinosaure.

    EL KHALIL ABDALLAH

    13 h 38, le 02 septembre 2025

  • Sur le fond : Rita Sassine a raison. Le dialogue national est du 100¨% enfumage politique pour donner de l'espace et du temps aux hors la loi armés. Le dialogue national n'a pas besoin d'etre car c'est une question légale qui est de la responsabilité des ministères de l'intérieur et de la défense: Les armes sont interdites. Israel, le Grand Satan, les Takfiriotes ne sont que des pretextes car les armes ont plus servi au hezballah en interne qu'en externe. Si ça ne plait pas àN. Berri qu'il vive avec les criminels du hezballah dans un coin du pays où ils pourront envoyer des pétards sur Israel.

    Moi

    12 h 53, le 02 septembre 2025

  • Nabih Berri a fait exactement la meme chose avec la Thawra et les réformes financières : Phase 1, il a donné l'impression qu'il était pour (cela calme l'adversaire), phase 2 il a laissé trainer (l'adversaire espère résolution), phase 3 il a pris position contre (l'adversaire accepte car un mauvais deal vaut mieux que pas de deal après l'attente de la phase 2). Entre Phase 2 et phase 3 il épuise les tenants de la morale et du droit qui se résolvent à lui accorder ce qu'il veut.

    Moi

    12 h 45, le 02 septembre 2025

  • Tant que Berry ne trouve personne pour arrêter ses simagrées, il ira aussi loin que son culot le lui permet. Mine antarak y’a antar? La guerre civile. Toujours cette rengaine qu’il utilise pour semer la peur alors qu’il sait comme ses coéquipiers qu’ils n’ont plus les moyens de leurs prétentions. Aoun et Salam devraient être capables de lui montrer qu’ils n’ont pas peur de ces menaces en le destituant illico pour manquement au devoir que son poste exige. Si ça devrait imploser, autant que ça soit pour de bonnes raisons et non par une décision étrangère venue des mollahs pour nous achever.

    Sissi zayyat

    12 h 43, le 02 septembre 2025

  • Berry croit avoir mis les américains dans sa petite poche en se positionnant comme l’alpha et l’oméga de ce conflit interne qui ne cesse d’empirer à coup de menaces et de faux semblants. Les américains se montrent très patients et on se demande pourquoi les sanctions tant promises sur cet individu ne tombent pas pour mettre fin à toutes ces tergiversations. Les américains ont toujours eu des cartes maîtresses dans leurs mains et ont toujours refusé de les utiliser, allez savoir pourquoi. Nous n’avons pas à négocier avec des partis vendus même si les Americans l’exigent. Il faut se montrer in

    Sissi zayyat

    12 h 34, le 02 septembre 2025

  • Au moins, le président de l’époque avait le mérite de la clarté par son franc-parler avec la Secrétaire d’Etat,alors que de nos jours, les go-between de Barrack-Ortagus, les tiraillements, les interviews et les contre interviews, et les enchères et les risques d’une nouvelle guerre alors que d’aucuns nous assurent qu’il n’y aura plus de conflit, le tout pour laisser du temps au temps pour le réarmement. On oublie une chose, qu’Israël n’est plus une "fragile toile d’araignée" (sic) et les Américains débordés par tant de conflits dans le monde laisseront la situation se pourrir encore et encore.

    nabil

    12 h 14, le 02 septembre 2025

  • Nabih Berry : arbitre proclamé mais en réalité protecteur du Hezbollah, manipulateur du «dialogue national » et maître des blocages institutionnels. Depuis cinq décennies, il souffle le chaud et le froid, paralysant l’État pour préserver un système de corruption dont il est le principal bénéficiaire. Ce rôle de « grand frère » diabolique, instrumentalisant peurs et traumatismes, a transformé le Parlement en bastion de survie personnelle plutôt qu’en moteur de redressement national.

    Dody

    12 h 06, le 02 septembre 2025

  • ""Cette ambiguïté ne peut plus durer, même au nom de la mission – louable – de maintenir une ligne de communication entre l’État et le Hezbollah et entre celui-ci et les émissaires étrangers"". L’ambiguïté ? Exemple : le jour de libération du sud (24 mai 2000), est-il un moment historique ou une opportunité pour s’assurer une mainmise sur les rouages du pouvoir ? Ce jour n’intéresse plus personne (où une certaine presse observait un jour de chômage) mais une continuité dans le déni de la main tendue depuis l’épisode de Albright-Lahoud et le refus des arrangements indirect avec Israël.

    nabil

    11 h 57, le 02 septembre 2025

  • Le dialogue est l'un des moyens de communication les plus nobles entre les peuples, mais il n'est pas approprié lorsqu'il s'agit de la constitution et des principes établis, ni lorsqu'il est utilisé pour tergiverser ou gagner du temps en attendant que cela serve nos intérêts ! En revanche, dans les systèmes démocratiques, il existe des institutions constitutionnelles nationales où le dialogue est permanent entre toutes les composantes. Alors, pourquoi exiger des "dialogues" parallèles lorsque les vents soufflent contre nos intérêts ?

    Charly Delta

    09 h 59, le 02 septembre 2025

  • pourvu que Bibi n'ait pas amasse de nouvelles cibles - personnalisées - !

    L’acidulé

    09 h 54, le 02 septembre 2025

  • J,aurais dit : Micky et Mouse !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    09 h 24, le 02 septembre 2025

  • Il est temps que ce type rentre chez lui. Il a a fait énormément de mal et se trouve présentement coincé entre le marteau et l'enclume. Pour paraphraser Churchill il a voulu ( à nouveau) éviter la guerre au prix du déshonneur, mais il a déjà le déshonneur et il aura la guerre. Alea jecta est !

    Tabet Karim

    09 h 24, le 02 septembre 2025

  • Superbe comme toujours Madame Rita Sassine ! J,aurais prefere que vous parliez du *hezb* tout court. ALLAH n,est ni milicien ni mercenaire. Quant a Berry il craint beaucoup plus l,ire des mollahs que celle des Trumpiens. En vrai goupil il la joue le museau dans un camp et la queue dans l,autre.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    09 h 02, le 02 septembre 2025

  • A mon humble avis Berry est perdu et ne sait plus quoi dire ni quoi faire. Ça dépend finalement du moment. Devant son public il hausse le ton et une fois rentré il joue au modéré. Il sait peut-être qu’en retardant les choses, c’est finalement le voisin criminel qui résoudra le problème à sa façon. L’accord du cessez-le- feu lui permet bien d’intervenir en cas de « menace ». Accord accepté par lui et par son petit frère écervelé. Le dialogue a déjà eu lieu, au conseil des ministres avec le résultat qu’on connaît. Son projet plaît à sa base mais ne mènera à rien , comme d’habitude.

    Goraieb Nada

    06 h 26, le 02 septembre 2025

  • Berry n’est plus en mesure de pouvoir sauver son « petit frère » et il se doit d’être réaliste et accepter le fait accompli. Israël a pris le dessus sur le terrain et il est grand temps de se mettre du côté de l’état et de servir la nation pour une fois.

    PT

    05 h 05, le 02 septembre 2025

  • Alors comment qualifier notre "démocratie" ? Je l’ai déjà écrit, c’est un pouvoir tricéphale, ou mieux, sa figure nous apparaît plus bestialement par une tête à trois gueules. Drôle tout ça ? Mais non. Les palabres continuent de plus belles, et on a le tournis à entendre l’un ou l’autre dire une chose et son contraire. L’intérêt supérieur du pays ? Mettre de côté ses divergences, et toute la classe politique comme un seul homme (ou femme) derrière le chef de l’État, qui a toutes les qualités d’un homme d’État. L’avenir du pays est en jeu, et les sirènes de la guerre se font encore entendre.

    nabil

    02 h 29, le 02 septembre 2025

  • (Suite), nous sommes à quelques jours de la réunion ministérielle, et cette fois-ci, elle est encore décisive (le sort du pays est en jeu !). J’ignore quelle sera l’issue de cette réunion. On le voit bien, le système politique libanais est dans une impasse, un système qui mène à la paralysie des décisions, car si j’ai bien compris quelque chose à la politique, le pouvoir s’il ne se partage pas, est dans la démocratie libanaise décidé par plusieurs. Quant à l’avenir politique du président Berry, s’il ne s’assure pas de sa réélection, les très prochaines élections législatives n’auront pas lieu.

    nabil

    02 h 13, le 02 septembre 2025

  • Dans ce "jeu politique", la dernière sortie de de Berry (il veut apparaître coûte que coûte le véritable maitre des horloges) est cette fois-ci frontale, ne voulant plus du serment présidentiel lors de son investiture, quant à la problématique du désarmement. Le manque de cohésion gouvernementale, (plusieurs ministres font des déclarations contradictoires) lui est profitable, et c’est peu dire que le désarmement divise. Les déclarations de Berry interviennent après le refus des Israéliens des propositions de Tommy Barrack, refus motivé par les atermoiements libanais. (à suivre, bien sûr).

    nabil

    01 h 56, le 02 septembre 2025

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