Caza de Tyr : Tyr, Naqoura, Alma el-Chaab, Tayr Harfa, Mansouri, Majdel Zoun, Bayada, Yarine, Jibbain, Zebqine, Chamaa, Cana, Deir Qanoun, Ras el-Aïn, Srifa, Aabbassiyé. Caza de Bint Jbeil : Bint Jbeil, Aïta el-Chaab, Rmeich, Yaroun, Maroun el-Ras, Aïtaroun, Tebnine, Aïn Ebel, Kounine, Baraachit, Beit Lif. Caza de Marjeyoun : Marjeyoun, Kfar Kila, Adaissé, Blida, Mhaïbib, Houla, Taybé, Wazzani, Khiam, Deir Mimas, Qlayaa, Ebl el-Saqi, Bourj el-Moulouk, Meis el-Jabal…
Retenir ces noms, les clamer, les chanter, les incanter, les danser s’il le faut. Jamais les oublier. Ce ne sont que quelques villes et villages parmi plus de 120 qui constituent la chair vive du sud du Liban. Ces agglomérations des confins n’ont jamais prospéré, sans cesse exposées au risque de guerre, à la convoitise d’Israël et aux provocations contre l’État hébreu, d’abord des fedayin, ensuite du Hezbollah. La population résiduelle n’a pas vu l’âge venir à l’ombre des oliviers, presque insensible aux incessantes menaces des armes et des ordres d’évacuation. Ceux qui en ont eu l’occasion sont allés chercher leur étoile au loin. Des demeures ambitieuses témoignent de leur réussite. Ces rêves de pierre couronnent des années de labeur : Un jour je rentrerai chez moi, vivre parmi les miens, parler ma langue, cultiver mon jardin, presser mon huile, jouer du oud sous la lune, autour du feu, tomber amoureux, regarder dans les yeux, tenir une main, entrer dans la dabké comme on renoue un cordon ombilical, comme on attache son maillon à la chaîne ancestrale qui ondule ici depuis des millénaires.
« Israël n’a aucune visée territoriale sur le Liban », a récemment déclaré le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, qui ne sait plus de quel côté redorer le blason de son gouvernement dans sa guerre contre le pays du Cèdre. Le ministre de la Défense a menacé de son côté de « brûler les cèdres » du Liban. L’armée israélienne avance, pousse au nord du Litani, pousse les habitants au départ, les rattrape en chemin, pille les maisons avant de les dynamiter. Existe-t-il d’autre mot que « razzia » pour décrire ces actes ? Il y a quelque chose de bassement cupide, quelque chose de prédateur dans le comportement de cette piétaille. Jeudi dernier, le Yediot Aharonot faisait état d’une manifestation de colons à la frontière nord d’Israël exigeant l’occupation de territoires du Sud libanais. Encore une fois, l’occupation ne fait pas partie du discours officiel israélien, mais la réalité sur le terrain ne la contredit pas. Entre vider une zone de ses habitants « jusqu’à la disparition du Hezbollah » et l’occuper, la différence est purement rhétorique. Il est clair que, par exemple, du côté européen de la communauté internationale, il sera davantage reproché à Tel-Aviv d’importer subrepticement des céréales en provenance de territoires ukrainiens occupés par la Russie que de brûler la terre d’un petit pays limitrophe. L’amalgame entre le Sud libanais et le Hezbollah est infiniment injuste, même si le parti-milice se sert de ce territoire pour décompresser d’autres fronts liés aux intérêts iraniens.
En attendant, le Liban traverse un grand moment de solitude. On voudrait encore que cet énième exode rapproche entre elles les communautés, crée un nouveau bain culturel, un grand trait d’union entre le Sud délaissé et le reste du pays, entre gens de mêmes traditions généreuses et hospitalières. Mais on ne sait plus quelle est la guerre de trop. En plus de cinquante ans d’hostilités diverses, presque sans répit, la guerre est devenue, au Liban, dangereusement normale. Elle fait partie des meubles et des structures mentales. On n’y résiste même plus. On laisse faire. On ne cherche même plus un arc-en-ciel dans ce ciel d’orage. Égrener les noms du Sud : nommer, c’est continuer à faire exister.


Chareh prêt à dialoguer avec le Hezbollah « si cela sert les intérêts » de Beyrouth et Damas, dément vouloir intervenir au Liban
On a beau vous suivre, scander, répéter, écrire, lire les noms de ces villes et villages…la douleur est là, intacte et le comportement scandaleux de l’armée israélienne, celui, suicidaire, du Hezbollah n’aident pas. Mais il y a aussi cet horizon désespérément bouché en interne comme à l’international. Aucune lueur, que dalle.
15 h 25, le 30 avril 2026