Le Premier ministre Nawaf Salam aux côtés de son homologue jordanien, Jaafar Hassan, lors d'une visite officielle à Amman, le 19 août 2025. Photo Ani
Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a entamé mardi une visite officielle en Jordanie, où il s'est entretenu avec le roi Abdallah II. Le monarque hachémite a exprimé « le soutien total de son pays au Liban en vue de renforcer sa sécurité et préserver sa souveraineté », selon des propos rapportés par l’agence de presse jordanienne Petra.
Au cours de cette rencontre à laquelle ont aussi assisté le prince héritier Hussein ben Abdallah et le Premier ministre jordanien Jaafar Hassan, le roi Abdallah II a aussi souligné « l’importance d’élargir la coopération entre la Jordanie et le Liban dans divers domaines, notamment économiques ». Il a aussi appelé à « maintenir la coordination avec les pays frères et amis afin de parvenir à la stabilité régionale ».
Plus tôt dans la journée, Nawaf Salam s'était entretenu en tête à tête avec son homologue jordanien Jaafar Hassan, qui lui a affirmé que « l'occupation israélienne du territoire libanais est condamnable », soulignant la nécessité d’appliquer « intégralement l'accord de cessez-le-feu et de mettre fin aux agressions en cours sur le territoire libanais ».
Le Liban se remet d'une guerre dévastatrice de plus de 13 mois qui a opposé Israël au Hezbollah. Malgré l’adoption d’un cessez-le-feu fragile en novembre dernier, l’armée israélienne continue d’occuper cinq positions le long de la ligne frontalière au Liban-Sud, et mène quasi-quotidiennement des frappes dans cette région et dans la Békaa.
Dans son rapport définitif sur les dégâts et les pertes subis par le Liban entre le déclenchement de la guerre, le 8 octobre 2023, et la trêve du 27 novembre 2024, la Banque mondiale évalue la facture totale des dégâts à 6,8 milliards de dollars dans les régions touchées par les bombardements israéliens, pour des pertes économiques qui se chiffrent à 7,2 milliards de dollars.
« Les directives royales réaffirment toujours la position de la Jordanie aux côtés du Liban frère, ainsi que son appui à sa souveraineté, sa sécurité et sa stabilité », a déclaré Jaafar Hassan. Nawaf Salam a pour sa part salué le rôle de Amman dans « son soutien au Liban et sa solidarité exprimée à toutes les étapes », qualifiant ses « positions d'historiques et stratégiques ». Il a ajouté que « la voix de la Jordanie est entendue dans le monde et que le Liban a besoin de ce rôle dans cette période qu’il traverse ».
« L'illusion d'un Grand Israël »
Le Premier ministre libanais et le roi de Jordanie ont également examiné au cours de leur rencontre l'instabilité sécuritaire dans la région. Abdallah II a insisté sur « la nécessité d’un cessez-le-feu immédiat à Gaza et d'un renforcement de l’acheminement de l’aide humanitaire afin d’alléger les souffrances de la population ». Il a enfin réitéré « le rejet catégorique par la Jordanie des plans israéliens visant à étendre leur emprise en Cisjordanie et dans la région ». Concernant la Syrie, le dirigeant jordanien a affirmé que « la sécurité et la stabilité de ce pays constituent une priorité commune », rappelant « le soutien de la Jordanie aux efforts des frères syriens pour préserver la stabilité de leur pays, sa souveraineté et la sécurité de ses citoyens ».
Revenant sur l'entretien avec son homologue libanais, Jaafar Hassan a déclaré de son côté : « Nous entendons parler de visions et de propositions visant à perpétuer des guerres sans fin, comme l'illusion d'un Grand Israël entretenue par des politiciens extrémistes israéliens. Cependant, la réalité est toute autre : ces politiques exacerbent la haine et la rancœur, et les peuples du monde et de la région ne le leur pardonneront pas. »
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'était dit la semaine dernière « très attaché » à la vision du « Grand Israël », une expression qui fait allusion aux frontières bibliques du temps du roi Salomon. Celles-ci engloberaient la Cisjordanie mais aussi une partie des territoires situés dans les pays voisins (Jordanie, Liban et Syrie), que des Israéliens ultra-nationalistes rêvent d'occuper. Un porte-parole officiel jordanien avait alors qualifié ces déclarations d'« illusions absurdes », qui ne remettront pas en cause « les droits légitimes et inaliénables du peuple palestinien ».
Jaafar Hassan a également affirmé « la nécessité de déployer tous les efforts pour mettre fin à la guerre à Gaza, aux agressions en Cisjordanie et à l’escalade dangereuse dans la région », tout en soulignant que l'État hébreu « porte l’entière responsabilité humanitaire et juridique de l’effondrement du système d’aide humanitaire à Gaza ». Et d’ajouter : « Nous sommes face à une tragédie que nous voyons chaque jour à Gaza, avec la famine, les tueries et les massacres quotidiens. Il faut ouvrir tous les points de passage pour faire parvenir les aides nécessaires afin de sauver notre peuple et les enfants de Gaza. »
Nawaf Salam a affirmé à son tour qu’« Israël passe d’un isolement à un autre dans le monde, au vu de ce qu’il fait à Gaza et en Cisjordanie ».
La bande de Gaza est ravagée par près de deux ans d’offensive israélienne, qui a fait plus de 61 000 morts, selon les autorités sanitaires locales, lesquelles ne distinguent pas entre civils et combattants. Le conflit a également provoqué une crise de la faim, avec l'accumulation des retards dans l’acheminement de l’aide.
« Impossible de revenir sur le délai du désarmement »
Par ailleurs, le chef du gouvernement libanais Nawaf Salam a affirmé, dans un entretien accordé à la chaîne jordanienne al-Mamlaka, qu' « il est impossible que son cabinet revienne sur le délai accordé pour la mise en œuvre du monopole des forces légitimes de l’État sur les armes ».
« La question de l’exclusivité des armes n’est pas nouvelle, nous l’appelons aujourd'hui désarmement du Hezbollah, mais elle figurait dans l’accord de Taëf de 1989 qui prévoit l’extension de l’autorité de l’État libanais sur l'ensemble du territoire national », a-t-il souligné. M. Salam a indiqué avoir demandé au roi Abdallah II de continuer à soutenir l’armée libanaise pour faire face aux grands défis auxquels elle est confrontée, notamment la situation dans le Sud, où l'armée israélienne maintient une présence en dépit de la trêve conclue en novembre.
Nawaf Salam a par ailleurs eu des entretiens à Amman avec son homologue jordanien Jaafar Hassan, en présence des délégations libanaise et jordanienne.




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