Dommages causés à une salle de classe de l'école publique complémentaire de Naqoura, Liban, le 31 janvier 2025. Photo HRW 2025
L’organisation Human Rights Watch (HRW) accuse l'armée israélienne d'avoir commis des « crimes de guerre » dans des écoles qu’elle a occupées et vandalisées au Liban-Sud au plus fort de la guerre avec le Hezbollah, entre septembre et novembre 2024. Dans son rapport, publié mercredi, l'organisation des droits de l’homme encourage le Liban à présenter une plainte à ce sujet auprès de la Cour pénale internationale, en vue d’investiguer et de juger ce qu’elle appelle « l’atrocité des crimes commis depuis octobre 2023 ».
Pendant l'occupation par l'armée israélienne de territoires libanais le long de la Ligne bleue, entre fin septembre 2024 et son retrait quasiment total, à l'exception de cinq positions, en février 2025, de nombreuses images ont circulé montrant des soldats israéliens commettre des actes de vandalisme et détruire à l'explosif des habitations et des quartiers entiers de villages frontaliers.
« Les crimes de guerre comprennent un large éventail d'infractions telles que les attaques délibérées, aveugles et disproportionnées contre des biens civils et le pillage. Les écoles et autres biens culturels, même s'il s'agit de biens publics, sont spécifiquement protégés contre la saisie, la destruction ou l'endommagement délibéré, qui sont des crimes de guerre », précise le texte. Dans son rapport donc, HRW souligne que les forces armées terrestres israéliennes « ont occupé plusieurs bâtiments d’écoles durant les hostilités avec le Hezbollah entre septembre et novembre 2024 et durant les semaines qui ont suivi l’accord du cessez-le-feu de novembre ». « Il semble que ces bâtiments aient été intentionnellement vandalisés, pillés et détruits », poursuit le texte. Dans les villages frontaliers, et parmi « les écoles encore debout, plusieurs ont été vandalisées et au moins deux ont été saccagées par les forces israéliennes », note Ramzi Kaiss, chercheur au Liban de HRW. « En pillant les écoles, les forces israéliennes ont commis des crimes de guerre manifestes et mis en péril l'éducation des élèves au Liban », poursuit-il.
Le rapport précise que plus de cent établissements scolaires ont été détruits ou fortement endommagés au Liban-Sud depuis le début des hostilités en octobre 2023, notamment dans les villages de Aïta el-Chaab, Tayr Harfa, Naqoura, Yarine, Ramiyé, Aïtaroun et Bani Hayyan, que HRW a pu visiter. Dans au moins cinq de ces écoles, l'organisation a retrouvé les traces de graffitis en hébreu et en anglais sur les murs. Les enquêteurs de HRW y ont décelé des traces de dégâts résultant d’armes légères et moyennes. À Yarine et Naqoura, ils ont relevé des preuves de pillage des forces israéliennes. Du matériel scolaire tel que des ordinateurs et des équipements de salles de classe, a été détruit ou endommagé. Les écoles de Aïta el-Chaab, de Tayr Harfa et de Ramiyé portent les stigmates de combats de terrain.
Les directeurs de ces établissements, qui ont témoigné auprès de l’organisation sous anonymat, ont répertorié la destruction du matériel scolaire et l’impact sur l’éducation des enfants. Les Israéliens justifient leurs actions par le fait que les combattants du Hezbollah se seraient positionnés dans ces bâtiments civils.
Dommages à long terme sur l’éducation
Contacté par l'ONG, un porte-parole de l'armée israélienne a répondu que cette dernière « est parfois obligée d'opérer à l'intérieur de bâtiments civils durant des périodes variables, en fonction des besoins opérationnels et des circonstances sur le terrain ». La réponse israélienne ajoute que « le vandalisme de biens civils ne correspond pas aux valeurs de l’armée de défense israélienne et constitue une violation de ses règlements », ajoutant que « les incidents exceptionnels qui impliqueraient une désobéissance aux ordres de l’armée et à la conduite attendue de ses soldats, seront traités en conséquence ». HRW précise par ailleurs n’avoir reçu aucune réponse à une lettre envoyée au Hezbollah le 4 juin, lui demandant de préciser si ses combattants ont utilisé, ou non, les écoles dans le cadre de leur combat avec les Israéliens.
Le rapport de HRW s’attarde sur les impacts dévastateurs des destructions d’écoles sur les élèves libanais, dont la scolarisation est perturbée depuis le début de la crise financière et économique en 2019.
Ramzi Kaiss insiste sur le fait que la reconstruction rapide est une nécessité en vue de permettre aux enfants de retrouver au plus vite le chemin de l’école, sous peine de les voir déscolarisés, avec des dommages à long terme sur leur vie et leur carrière. Le texte souligne le danger disproportionné sur les petites filles, dont les parents privilégieraient la sécurité au détriment de l’éducation, le cas échéant.
Le rapport précise que le Liban est signataire de la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, une déclaration politique inter-gouvernementale relative à la protection de bâtiments éducatifs et des personnes qui les fréquentent face aux effets de la guerre. Israël, lui, ne fait pas partie des signataires. « Les donateurs internationaux et les agences humanitaires devraient soutenir le gouvernement libanais en vue d’assurer une reconstruction rapide de quelque cent écoles », poursuit le texte, qui plaide également en faveur de pressions sur Israël pour qu’il signe la déclaration et l’applique sur le terrain.



Qui a commencé ?
22 h 05, le 07 août 2025