Le journaliste Rami Naïm lors d'une émission télévisée. Capture d'écran YouTube
Le journaliste Rami Naïm, connu pour ses sorties virulentes sur les réseaux sociaux et dans les médias, a été condamné mardi par le tribunal des imprimés à un mois de prison, pour diffamation, injure, calomnie et diffusion de fausses informations, a confirmé une source judiciaire à L'Orient-Le Jour.
Contacté par L’Orient-Le Jour, M. Naïm a indiqué qu’il introduira un recours en cassation et que cette décision d’emprisonnement constitue un précédent devant le tribunal des imprimés. « Depuis que j’ai demandé l’ouverture d’une note d’information il y a deux ans au parquet de cassation, personne ne m’a convoqué dans le cadre d’une enquête qui aurait cherché à vérifier la véracité de mes dires », a-t-il déclaré.
L'affaire date de juin 2024, lorsque M. Naïm avait accusé Maya Geara Bardawil et Arlette Bejjani, deux avocates du collectif « Amoualouna lana » (Nos fonds sont à nous, en arabe), de « spolier les droits » des clients qu'elles représentaient dans des affaires contre des banques et les avait insultées. Le tribunal a prononcé trois peines pour les différents délits, de trois mois d’emprisonnement réduite à dix jours, d'un mois réduite à deux semaines et d'un an réduite à un mois, qui ont été fusionnées et dont la plus lourde a été retenue, soit un mois de prison. La cour a en revanche acquitté Ivana Jean Khoury, la rédactrice en chef du média « Assiyassa » dans lequel Rami Naïm avait écrit son article à charge contre les deux avocates, des délits qui lui étaient reprochés, faute de preuves suffisantes, selon le jugement. Les deux accusés ont en outre été condamnés à verser un milliard de livres libanaises (environ 11.000 dollars) de dommages et intérêts aux deux plaignantes.
Rami Naïm peut déposer un recours en cassation contre la peine à son encontre. Il n'était pas joignable pour le moment pour commenter ce jugement.
Sur les réseaux sociaux, Maya Geara Bardawil, une des plaignantes, s'est félicitée de ce jugement, affirmant qu'elle a une portée symbolique pour « tous ceux qui ont défendu les droits des déposants ».
La condamnation a toutefois provoqué plusieurs réactions de solidarité avec M. Naïm. Le président de l'Ordre des rédacteurs, Joseph Kosseifi, a condamné une décision « grave » et un « précédent dangereux, susceptible de devenir une jurisprudence menaçant sérieusement la liberté de la presse et des médias. » Le président du syndicat de la presse, Aouni Kaaki, a pour sa part appelé à ce que cette décision soit « révisée » et critiqué une « atteinte à la dignité des professionnels des médias. »
Contacté, le ministre de l'Information, Paul Morcos, s'est contenté de souligner que la réforme de la loi sur l'information, actuellement discutée au Parlement, ne comprendra pas de peine de prison pour les journalistes.
Les Forces libanaises (FL), via leur bureau de presse, ont, elles, dénoncé un « précédent dangereux » pour la liberté d'opinion et d'expression et une « profonde défaillance de la justice ». Elles ont en outre « regretté la décision » du tribunal des imprimés, rappelant que la loi a normalement supprimé les peines de prison pour les journalistes. Une source judiciaire a toutefois indiqué que ce sont les gardes à vue qui ont été supprimées.
Rami Naïm n'en est pas à ses premiers déboires avec la justice. Il a fait l'objet, au fil des années, de plusieurs procédures lancées contre lui, notamment en raison de ses positions contre le Hezbollah ou de déclarations polémiques visant les forces de sécurité ou encore l'ancienne procureure du Mont-Liban, Ghada Aoun.


Nous avons encore beaucoup de brebis galeuses qui ternissent l’image de nos institutions. Il est impératif de les repérer et les remercier au plus vite pour leur zèle.
11 h 43, le 11 juin 2026