« La paix pour le futur du Liban », peut-on lire en arabe sur un panneau à Dora, à l'entrée nord de Beyrouth, le 9 juin 2026. Photo Joseph EID / AFP
Mohammad Baher et sa famille ont choisi de rester à Tyr malgré le dernier ordre d'évacuation émanant de l'armée israélienne et qui concerne l'entièreté de la ville, y compris le quartier chrétien, jusque-là épargné. Ils avaient quitté le centre après une frappe non loin de chez eux, il y a une dizaine de jours, qui avait endommagé l'arrière de leur appartement, dont l'atelier de son épouse artiste-peintre.
Ils s'étaient ensuite déplacés dans le vieux quartier chrétien, lui aussi sommé pour la première fois d’être évacué. Malgré la menace, Mohammad Baher, 68 ans, refuse de céder à la pression. « Nous sommes uniquement partis ce matin vers un endroit considéré comme plus sûr, un complexe balnéaire », explique-t-il à L'Orient-Le Jour. « On ne quitte pas Tyr comme ça. La vie d’un être humain, ce n’est pas seulement un corps et une âme. La vie d’un être humain, ce sont des souvenirs. Ce sont des lieux. C’est l’enfance. Ce sont les propriétés, les maisons que nous avons construites », dit-il.
Celui qui était parti étudier en Russie dans les années 1980, est revenu dans la cité antique en 1990, qu’il n’a depuis jamais quitté. « Ma femme est comme moi, elle refuse de partir. Elle est Russe mais elle est devenue plus Libanaise que nous. Et mon gendre est resté avec nous aussi, pour veiller sur nos employés et nos biens », raconte-t-il. Ce directeur de projets au Conseil du Sud se dit « responsable des gens qui restent ici et des propriétés et institutions ». J’essaie de tenir bon, de montrer l’exemple aux autres. Il faudrait un cas de force vraiment majeure pour que je parte ».
« Les Sudistes sont fatigués »
Narimane* aussi a fait le choix de rester. Elle en est à son cinquième déplacement en l'espace de trois ans. Cette fois-ci, c'est le déplacement de trop. « Je n’en peux plus… Je suis à bout », lâche-t-elle au bout du fil. Pourtant, lorsque l'armée israélienne a émis son avis d'évacuation, elle a pris peur. « Nous ne savions plus quoi faire. Nous restons car nous ne savons pas où aller. Certains sont toujours là aussi... », raconte-t-elle, alors que la colère la ronge. Une colère dirigée « à 99% » contre tous ceux qui les « ont entraînés dans cette guerre, à l’extérieur comme à l’intérieur ». « Les Sudistes sont fatigués. Nous ne savons pas ce qui nous attend et ce qui va advenir du sud... »

