Des enfants déplacés dans une école à Tyr, au Liban-Sud, lors du récent conflit entre le Hezbollah et Israël. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
La controverse sur le sort des examens officiels du baccalauréat se poursuit, alors que l’attention se porte sur la réunion de la commission parlementaire de l’Éducation avec la ministre de l’Éducation Rima Karamé, prévue jeudi. Une recommandation devrait y être formulée concernant la tenue, le report ou la modification des examens.
Le débat intervient dans un contexte marqué par de profondes divergences politiques et géographiques concernant la réponse éducative du Liban en temps de guerre. Selon plusieurs sources, le tandem chiite serait opposé à l’organisation des examens dans les conditions actuelles, en raison de l’ampleur du déplacement de population et des perturbations subies par de nombreuses familles dans le Sud et la Békaa. Aucune position officielle n’a toutefois été annoncée.
Sur le terrain, la situation demeure fragile. Plus d’un million de personnes ont été déplacées depuis la reprise du conflit entre le Hezbollah et Israël le 2 mars, tandis que de nombreuses écoles publiques ont servi de centres d’accueil pour les déplacés. Contactée, Rima Karamé, qui se trouve à l'étranger jusqu’à mercredi, n’a pas répondu aux sollicitations de L’Orient-Le Jour.
Une source au ministère de l’Éducation nous a néanmoins indiqué mardi que les discussions se poursuivaient avant la réunion de jeudi. « Chacun a son propre avis. Personne ne sait encore ce que sera la décision finale », a-t-elle déclaré, précisant que la commission formulera une recommandation au gouvernement jeudi, qui conservera le dernier mot.
Une autre source du ministère a insisté sur la nécessité pour les élèves de continuer à se préparer. « Si l’on annonce l’annulation des examens, les élèves cesseront d’étudier. Ils doivent poursuivre leur préparation et laisser le ministère faire son travail », a-t-elle affirmé. Selon cette même source, toute décision liée à une éventuelle impossibilité de tenir les examens pour des raisons sécuritaires impliquerait également « le gouvernement et le ministère de la Défense ».
Matière couverte jusqu'au 2 mars
Le programme d’examen reste pour l’heure basé sur la matière enseignée jusqu’au 2 mars, date retenue comme référence officielle par le ministère. Une coordination est en cours avec le Centre de recherche et de développement pédagogiques, ainsi qu’avec les établissements publics et privés. Des mesures particulières pourraient être prévues pour certaines zones fortement touchées : « Dans certaines localités environnantes, comme les villages du Sud de Rmeich, Debel et Aïn Ebel, il n’y a que 77 élèves. Le ministère dit qu’il fera une exception pour eux et trouvera un moyen de leur permettre de passer les examens. » Il assure également que les élèves déplacés pourront passer leurs examens dans leur lieu de résidence temporaire.
« Le Liban est en crise depuis 2019. Nous ne pouvons pas continuer à annuler les examens. De nombreux élèves ont besoin de leurs notes pour l’admission à l’université, les bourses ou pour voyager à l’étranger. Ce ne serait pas juste de les annuler. Et qu’en sera-t-il l’an prochain : qui peut garantir que la situation sera stable ? Nous ne pouvons pas continuer à saper la crédibilité éducative du Liban », poursuit-elle.
« Nous fonctionnons toujours sans stratégie »
Le chercheur en éducation Nehme Nehme estime toutefois que le débat dépasse la seule question des examens. Selon lui, la crise met en lumière les faiblesses structurelles du système éducatif et l’absence de véritable plan d’urgence. « Nous sommes en état de guerre. Comment les élèves sont-ils censés passer leurs examens ? Ont-ils les ressources psychologiques nécessaires ? » s’interroge-t-il.
Le chercheur met également en garde contre la pertinence d’un cadre d’examen national unique qui ne tiendrait pas compte des disparités locales. Certains élèves ont pu poursuivre leur scolarité relativement normalement, tandis que d’autres ont été confrontés à des interruptions prolongées ou à des déplacements forcés. Pour lui, l’absence de stratégie cohérente depuis l’escalade du conflit en octobre 2023 a aggravé les inégalités. « Les écoles ont été utilisées comme centres d’accueil pour les déplacés alors qu’elles doivent rester des espaces éducatifs », relève-t-il. Et de conclure : « Il n’y a pas eu de plan clair pour l’éducation en situation d’urgence. Nous fonctionnons toujours sans stratégie structurée. »




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