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4 août 2020-5 août 2025 : cinq ans plus tard, l’autre bombe à désamorcer


4 août 2020-5 août 2025 : cinq ans plus tard, l’autre bombe à désamorcer

Le président Joseph Aoun entouré du chef de l'armée Rodolphe Haykal et de nombre d'officiers à l'occasion de la fête de la troupe, le 31 juillet 2025 à Yarzé. Photo présidence.

Deux dates, cinq ans d’écart, un même enjeu… Le 4 août 2020, l’explosion au port de Beyrouth révélait au monde l’ampleur de la faillite de l’État libanais. Cinq ans plus tard, presque jour pour jour, le Conseil des ministres se réunit dans un climat tout aussi explosif pour aborder le dossier tabou du désarmement du Hezbollah. La coïncidence du calendrier n’est peut-être qu’une ironie de l’histoire, mais elle sonne comme un rappel brutal de la nécessité d’en finir avec les bombes à retardement. La question est de savoir si, cette fois, l’État entend enfin reprendre le contrôle ou si, comme en 2020, il choisira le silence et les tergiversations… avant la déflagration.

À ce calendrier déjà chargé s’ajoute une troisième date : le 5 mai 2008, le jour où un Conseil des ministres a fait tomber tous les masques. Deux jours plus tard, le Hezbollah menait un coup de force à Beyrouth et dans la Montagne pour forcer le gouvernement Siniora à revenir sur sa décision de démanteler son réseau de télécommunications et de limoger le chef de la sécurité de l’aéroport de Beyrouth, un proche de la formation. Si, depuis deux jours, le Hezbollah – par la voix de ses relais médiatiques – s’acharne à dresser un parallèle entre les deux séances, c’est qu’il se retrouve de nouveau acculé. En effet, les pressions internes et internationales se recoupent pour placer la formation face au fait accompli : l’heure de remettre son arsenal à l’armée libanaise a sonné. Toutefois, dix-sept ans plus tard, le chantage à la guerre (civile) semble être la seule véritable arme qui lui reste. Celle-là, il la manie librement, sans peur des drones qui le surveillent jour et nuit, ni des missiles qui peuvent s’abattre : appels (non officiels) à une mobilisation dans la rue contre « la mise à mort de la résistance » ; campagne violente diffamant le président Joseph Aoun qui, depuis son dernier discours, fait partie – aux yeux de Naïm Kassem – de ceux qui « servent le projet israélien »… le mot d’ordre hezbollahi (et iranien) semble avoir été donné pour faire monter la pression à son paroxysme.

Mais qu’en est-il dans les coulisses et en réalité ? Et surtout, le Hezbollah est-il encore capable de « couper des mains » pour défendre ses armes ? D’abord, il faut comprendre le contexte, inédit, dans lequel le parti évolue depuis le « Déluge » qui l’a emporté : C’est la première fois depuis des décennies que la question des armes est portée à l’ordre du jour du Conseil des ministres, c’est-à-dire de la plus haute instance exécutive de l’État. Cette évolution marque un tournant majeur, rompant avec des années de passivité, de dialogues stériles ou de renvoi de la question au niveau régional. Une telle démarche s’apparente à une levée de la couverture politique qui enveloppait jusqu’ici l’existence armée du parti. Celui-ci est donc en passe d’être qualifié, par l’État lui-même, de milice non légitime.

Jamais le Hezbollah n’avait été aussi marginalisé dans le processus décisionnel libanais. Un fait nouveau vient peser également dans la balance : plusieurs des alliés traditionnels du parti, qui jusqu’ici défendaient la « résistance » ou évitaient soigneusement de se positionner, commencent à basculer de l’autre côté de l’échiquier. L’axe de la moumanaa se lézarde, les fidélités d’hier se désagrègent et l’équilibre des forces vacille, laissant entrevoir l’émergence d’un nouvel ordre politique au sein duquel l’hégémonie armée du Hezbollah ne fait plus figure d’évidence.

Pour repousser l’échéance, celui-ci semblait tabler sur la prudence du président Aoun – ou plutôt en abuser –, croyant que le chef de l’État s’opposerait à la tenue du Conseil des ministres ou qu’il continuerait de traiter la question dans le cadre d’un dialogue bilatéral discret. Mais quelle n’a été sa surprise lorsqu’en ce 31 juillet, Joseph Aoun le sommait, pour la première fois nommément, de déposer les armes et s’adressait directement à la communauté chiite, l’invitant à « faire le pari de l’État ». La veille, le chef du Hezbollah criait à qui veut (encore) l’entendre que les armes ne seront pas rendues et que les sacrifices de sa base populaire ne seront pas vaines. Deux discours, deux visions, deux Liban : l’un attaché à une ère où la force illégitime faisait loi, l’autre aspirant à un État enfin maître de son destin.

Joseph Aoun n’a pas changé. C’est le danger qui devient imminent. Son silence d’hier était un pari sur le dialogue ; sa fermeté d’aujourd’hui est un signal d’alarme. Et le face-à-face ne fait que commencer… sous les yeux scrutateurs de la communauté internationale. Le Hezbollah a peut-être encore le choix de persister dans la logique du rapport de force, en attendant les mots d’ordre de Téhéran. Libre à lui de « se suicider », pour reprendre les termes du ministre de la Justice. Mais le Liban, lui, ne peut continuer à faire du surplace. On le sait déjà à force de l’avoir vécu : lorsque l’État rechigne à assumer ses responsabilités, d’autres le font à sa place – avec leurs méthodes, et souvent à leur propre avantage. Le moment est venu de trancher. Ce mardi, ce n’est pas un Conseil des ministres qui se tient, c’est un rendez-vous avec l’Histoire.

Deux dates, cinq ans d’écart, un même enjeu… Le 4 août 2020, l’explosion au port de Beyrouth révélait au monde l’ampleur de la faillite de l’État libanais. Cinq ans plus tard, presque jour pour jour, le Conseil des ministres se réunit dans un climat tout aussi explosif pour aborder le dossier tabou du désarmement du Hezbollah. La coïncidence du calendrier n’est peut-être qu’une ironie de l’histoire, mais elle sonne comme un rappel brutal de la nécessité d’en finir avec les bombes à retardement. La question est de savoir si, cette fois, l’État entend enfin reprendre le contrôle ou si, comme en 2020, il choisira le silence et les tergiversations… avant la déflagration.À ce calendrier déjà chargé s’ajoute une troisième date : le 5 mai 2008, le jour où un Conseil des ministres a fait tomber tous...
commentaires (13)

Ce n’est pas grave il y a nos voisins qui font le travail

Eleni Caridopoulou

16 h 46, le 05 août 2025

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Commentaires (13)

  • Ce n’est pas grave il y a nos voisins qui font le travail

    Eleni Caridopoulou

    16 h 46, le 05 août 2025

  • Je remercie les Patriotes Internautes de leur bienveillants messages.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    13 h 30, le 05 août 2025

  • A l'attention de La Libre Expression. La Patrie en peril. : Si c'est pour des raisons médicales : Reprenez les majuscules. La santé passe avant. En revanche, please .. :) :) Pas de "vers";) là c'est saoulant et on n'y comprend rien Parole d'un lecteur qui déteste "vers", "rimes" " zajal" et poèmes".. ( je parle pour moi évidemment). En tout cas, santé avant tout. Bonne journée.

    LE FRANCOPHONE

    12 h 55, le 05 août 2025

  • @What a Guy ! Vous faites une excellente rédaction. Ça m’arrive d’écrire des citations en arabe, souvent de mémoire, ne cherchant pas par manque de temps l’équivalent en français. Je respecte les termes dans les langues d’origine et traduire c’est trahir l’esprit. Vous avez mille fois raison : ""LA FRANCOPHONIE AU LIBAN EST AUSSI UNE VALEUR À CONSERVER"", comme les vestiges du port de Beyrouth ou de ceux de Baalbeck ou de Tyr? Mais s’il vous plait, on s’éloigne du sujet de madame Sassine pour qui j’ai un immense respect.

    nabil

    11 h 20, le 05 août 2025

  • Tout est dit, et que c’est bien dit! Voilà des journalistes qu’on a envie de lire et relire. Ce parti diabolique a toujours profité de l’hésitation de nos dirigeants pour se substituer à eux laissant croire que sans eux il n’y qu’armait plus de Liban alors qu’il s’activer tranquillement mais sûrement à le démanteler pour le réduire à néant. Il peut se vanter d’avoir gagné son pari mais dorénavant son état de nuire est réduit à néant et un président à la hauteur est la pour lui montrer que notre pays n’est pas une chose qu’on s’approprie et qu’on soumet sans vergogne. L’heure de vérité a sonné

    Sissi zayyat

    11 h 16, le 05 août 2025

  • A votre lecteur qui signe sous le pseudo "la libre expression" : chapeau bas ! Que vous écriviez en vers ou en prose, en majuscule ou en minuscule, vos commentaires traduisent bien votre attachement à la patrie en péril. Alors, poursuivez comme vous le ressentez ! PS: je ne sais pas pourquoi OLJ publie des commentaires écrits en anglais ou en arabe ! La francophonie au Liban est aussi une valeur à conserver et développer.

    What a Guy !

    11 h 07, le 05 août 2025

  • Une plume qui fait plaisir à lire : celle de Mme Rita Sassine ! Des idées claires, sans détour, un style acerbe en tant que de besoin et surtout la vérité, rien que la vérité ! Merci l'OLJ, on en redemande !

    What a Guy !

    10 h 59, le 05 août 2025

  • On ne privilégie pas dans cette histoire les conclusions d’une enquête (française) pour mieux la désigner. Cette enquête a fait la lumière sur la double explosion au port. Un journaliste chevronné, auteur d’un livre sur notre milice d’État, faisait confiance à cette enquête qui confirme l’accident. Il l’a même écrit dans son journal. Lors d’une de ses conférences, je lui ai demandé pour quoi reprendre le terme accident, pour mettre hors de cause la formation politico-militaire ? Il a dit non, et qu’il fait toujours confiance à la sérieuse enquête. Un rebondissement pour dissiper le brouillard?

    nabil

    10 h 53, le 05 août 2025

  • Vous écrivez : ""Mais le Liban, lui, ne peut continuer à faire du surplace. On le sait déjà à force de l’avoir vécu : lorsque l’État rechigne à assumer ses responsabilités, d’autres le font à sa place – avec leurs méthodes"" La nature politique a horreur du vide, et le pouvoir se déplace, quand il fait du surplace, pour laisser à des prétendants la place. Personne ne veut assumer ses responsabilités, et tout reste en surface.

    nabil

    10 h 38, le 05 août 2025

  • Cinq an après, comme on dit au Liban, إختلط الحابل بالنابل . Des partis politiques réclament justice pour mieux instrumentaliser le dossier. Un juge accuse un autre, et même plus, il refuse de comparaître devant la justice, pendant que des familles éplorées pleurent encore ses morts. Ils sont assimilés à des martyrs de l’armée ( ?) pour l’indemnisation, sans que l’on sache exactement le montant de l’indemnité entre un bras mutilé, un mort ou une blessure morale souffrant de cauchemar continu. Comme écrivait votre collègue, "hayda loubnan".

    nabil

    10 h 34, le 05 août 2025

  • J,ai decide d,abandonner l,ecriture en vers car ca pourrait etre compris comme si je voulais me differencier des autres Internautes. Ce n,est certes pas le cas. J,ecris plus facilement en vers. Mais je veux en tout me conformer avec les autres. Helas, pour moi, je vais me restreindre des aujourd,hui a un ou au maximum deux succints commentaires. Mon oeil gauche qui fut sujet a un explosif de fete en 1976 est a 90pct en necrose. L,oeil droit en fut affecte dans les 49 ans. Pour ecrire je sacrifie ma vue. L,Ophtalmologue m,y interdit completement. Je m,excuse pour avoir offense certain(e)s.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    08 h 57, le 05 août 2025

  • Superbe article Madams Rita Sassine comme a l,habitude. Un mot a ajouter : Deux discours, l,un libanais et l,autre perse. Deux visions l,une libanaise et l,autre perse. Deux Liban... Non ! Un Liban ! et l,autre un tandem de barbes iraniennes. Bravo pour l,article. J,aime vous lire. Je jalouse votre style. Bonne journee.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    08 h 36, le 05 août 2025

  • Excellent sur le fond et la forme

    Zampano

    03 h 44, le 05 août 2025

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