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Nos lecteurs ont la parole

Ziad, le passé, le présent et le futur

J’étais au Liban, à Bickfaya même, quand Ziad est décédé. Je ne suis pas allée faire mon deuil, notre deuil, celui du Liban, au plus près de son corps inerte. Mon état émotionnel m’a poussée au recueillement, intime, hommage solitaire, des soirées avec rien d’autre que sa musique et sa voix dans mes oreilles. Le départ de Ziad a réveillé en moi mon passé dans le pays, tout ce qui me révolte et tout ce que j’adore en un seul temps. Il a chatouillé des années que je croyais lointaines, mais dont la mémoire est présente, endormie.

Ziad ne visite pas nos esprits seul. Il vient accompagné de souvenirs d’enfance et de jeunesse, et d’idéaux sociaux de plus en plus écartés de la réalité. Ziad ne nous visite pas seul. De l’écouter ou de penser à lui remue à chaque fois la poussière de la terre du Liban. Et l’odeur du pays s’émane. Immatérielle, on la reconnaît les yeux fermés.

On n’écoute pas Ziad simplement. Ses chansons, ses morceaux, ses pièces de théâtre font partie de la plupart de nous. Ils ont forgé, quelque part en nous, une partie de nous.

Mais Ziad est parti...

Et comme me l’a dit ma petite de 5 ans, triste au départ du Liban, ne comprenant pas pourquoi on ne pouvait pas rester : « C’est la vie. »

Oui mais...

Un peu tôt quand même et peu attendu.

Ziad est parti...

Une nouvelle que nous ne serions jamais prêts à apprendre, même préparés.

Tel un vieil arbre aux racines profondes, on le prenait pour un immortel dans notre inconscient collectif.

Ziad est parti...

Une gifle, un pincement de cœur.

Il est parti, et avec lui la beauté de l’attente de ses prochains albums, ses concerts, ses anecdotes, ou simplement sa vision des choses.

Qu’on soit d’accord avec lui ou pas, on ne peut que l’écouter, on ne peut que danser à ses rythmes.

Qui saurait aligner les mots ou plutôt les balancer en vrac comme lui, pour raconter le chaos vivant qu’est ce pays ?

Qui saurait être ce magicien mêlant humour noir, ironie, politique, philosophie, amour et tout le reste ?

Qui serait la noble voix des plus démunis qui a réussi à saisir également le cœur des plus riches ?

Qui aurait sa voix, son accent, sa légèreté ?

« Quel genre de musique faisait-il ? » me demandent mes ami.e.s non libanais.e.s.

Pour moi, il a inventé son propre genre... du jazz, du classique, de l’oriental, et plein d’autres, le tout mélangé, et le résultat captivant.

Difficile, difficile de t’expliquer à ceux qui ne te connaissent pas, qui ne parlent pas ta langue, qui n’ont pas visité le Liban, qui n’ont pas vécu une guerre dans ce pays, qui n’ont pas respiré son air et ne se sont pas baignés dans sa mer. Tu es le pays incarné en personne, tellement tu l’as aimé. Attachant, tu t’es oublié. Dépassé par l’inhumanité du monde, tu t’es laissé partir. Te perdre, c’est perdre une partie du Liban qu’on s’acharne à protéger. Comment la récupérer ?

On a besoin de rire ces jours, Ziad. J’espère qu’au moins ton humour se réincarnera, quelque part pas loin...

Aurais-je eu le courage d’approcher ton cercueil, j’aurais seulement voulu te chuchoter une chose : « Merci pour tout. »


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

J’étais au Liban, à Bickfaya même, quand Ziad est décédé. Je ne suis pas allée faire mon deuil, notre deuil, celui du Liban, au plus près de son corps inerte. Mon état émotionnel m’a poussée au recueillement, intime, hommage solitaire, des soirées avec rien d’autre que sa musique et sa voix dans mes oreilles. Le départ de Ziad a réveillé en moi mon passé dans le pays, tout ce qui me révolte et tout ce que j’adore en un seul temps. Il a chatouillé des années que je croyais lointaines, mais dont la mémoire est présente, endormie.Ziad ne visite pas nos esprits seul. Il vient accompagné de souvenirs d’enfance et de jeunesse, et d’idéaux sociaux de plus en plus écartés de la réalité. Ziad ne nous visite pas seul. De l’écouter ou de penser à lui remue à chaque fois la poussière de la terre du Liban....
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