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« C’est ça le Liban »... vraiment ?


On l’a tous déjà entendu. Pire encore, on l’a tous déjà prononcé. Cette petite phrase qui résume notre abandon collectif à faire de notre pays autre chose qu’un grand bordel parfois amusant et souvent déconcertant. Du concierge de l’immeuble aux plus hautes autorités de l’État, chacun l’utilise pour justifier ses propres renoncements, son non-respect des lois ou de la logique la plus élémentaire, sa résistance au moindre changement ou son conservatisme le plus étriqué.

Des valets parkings qui garent votre voiture aux coins de la rue mais à qui il faut tout de même donner un pourboire conséquent ? « Hayda Lebnen » (c’est ça le Liban) ! Des automobilistes qui roulent à toute vitesse dans de petites rues, qui doublent à gauche comme à droite, qui se faufilent partout comme des cafards et qui jettent leur déchets par la fenêtre ? « Hayda Lebnen » ! Des constructions sauvages qui rivalisent les unes avec les autres en matière de mauvais goût et enlaidissent le paysage ? « Hayda Lebnen » ! Des restaurants soi-disant huppés où il faut être vu pour manger un plat de cantine au prix d’un étoilé Michelin ? « Hayda Lebnen» ! Des fonctionnaires particulièrement sensibles à la petite corruption, à la wasta et aux rapports de force permanents ? « Hayda Lebnen » ! Des leaders politiques qui ne s’adressent qu’à leur propre communauté le plus souvent dans un langage populiste qui vise à combler leur absence totale de projet ? « Hayda Lebnen » ! Des gouvernements qui se succèdent sans ne jamais rien changer et qui finissent par se persuader, et persuader leurs interlocuteurs internes comme externes, que finalement c’est mieux comme cela ? « Hayda Lebnen» ! Des fonctionnaires nommés ou écartés à des postes stratégiques en fonction de leur appartenance communautaire ? « Hayda Lebnen » ! Des banquiers qui s’enrichissent pendant des années dans une économie pensée et construite comme un casino mais qui refusent de mettre la main à la poche quand « rien ne va plus et que les jeux sont faits » ? « Hayda Lebnen» !

Un président élu en raison de l’interventionnisme forcené et assumé des puissances étrangères ? « Hayda Lebnen » ! Un parti politique armé jusqu’aux dents qui décide, en fonction des desiderata de son parrain étranger, des questions de guerre et de paix à la place de l’État et qui est prêt à utiliser tous les prétextes possibles – y compris la couleur des hortensias – pour perpétuer cette incroyable anomalie ? « Hayda Lebnen » ! Ce pays où tout change si vite pour que finalement rien ne change.

On pourrait multiplier les exemples à n’en plus finir. Dès lors que l’on remet ce postulat en question, les réactions sont toujours à peu près les mêmes. « C’est un pays complexe, tu ne peux pas comprendre. » « Tu penses comme un Occidental, cela ne marche pas comme cela ici. » « Ce sont des équilibres fragiles, tu ne peux pas tout bousculer. »

Il ne s’agit évidemment pas de minimiser la complexité de la problématique libanaise, dans ses composantes internes comme externes. Ni de nier le fait qu’il y a effectivement des habitus si ancrés dans les esprits qu’il serait non seulement présomptueux mais même contreproductif de vouloir à tout prix les changer dans un laps de temps réduit. Cette phrase que l’on utilise à tout va contient sans nulle doute une part de vérité sinon comment expliquer que l’histoire libanaise soit essentiellement faite de « révolutions impossibles et de réformes improbables » pour reprendre la formule de Karim Émile Bitar.

Mais à force de la répéter, nous avons fini par en faire une religion d’État. L’idée que ce pays est ainsi et qu’il n’en sera jamais autrement est tellement enracinée dans nos mentalités que ce discours est devenu performatif. Toute volonté de faire autrement est immédiatement raillée et assimilée à de la naïveté.

Peut-être ont-ils tous raison. Peut-être que le Liban n’est rien d’autre et ne sera jamais rien d’autre que cela. Mais au moins devraient-ils tout faire pour qu’il en soit autrement. Ou au moins devraient-ils ne pas s’en satisfaire et encore moins s’en vanter. Car si le Liban en est là aujourd’hui, il le doit beaucoup à cette logique, aussi fondamentalement conservatrice que foncièrement médiocre, qui a fait fuir les esprits les plus créatifs et les plus brillants de notre pays. Et le résultat est sans appel. Au point que si c’est vraiment ça le Liban, un pays en éternel voie de construction et de disparition, il n’y a vraiment pas de quoi en être fier.

« Je n'ai pas pour ambition de changer ce pays. Je veux juste que ce pays ne me change pas », disait Ziad Rahbani. À l'heure où l'on commémore encore sa disparition, l'on serait bien inspiré d'en faire tous notre adage.

On l’a tous déjà entendu. Pire encore, on l’a tous déjà prononcé. Cette petite phrase qui résume notre abandon collectif à faire de notre pays autre chose qu’un grand bordel parfois amusant et souvent déconcertant. Du concierge de l’immeuble aux plus hautes autorités de l’État, chacun l’utilise pour justifier ses propres renoncements, son non-respect des lois ou de la logique la plus élémentaire, sa résistance au moindre changement ou son conservatisme le plus étriqué. Des valets parkings qui garent votre voiture aux coins de la rue mais à qui il faut tout de même donner un pourboire conséquent ? « Hayda Lebnen » (c’est ça le Liban) ! Des automobilistes qui roulent à toute vitesse dans de petites rues, qui doublent à gauche comme à droite, qui se faufilent partout comme des cafards et qui jettent...
commentaires (20)

Cela pourrait presque être la description de ce que l’on vit actuellement en France ! Croyez-moi, j’ai connu le Liban d’avant la guerre civile, c’était un petit paradis, la joie de vivre embaumait les rues ! Les réfugiés palestiniens auraient dû être assimilés le plus vite possible. Ils sont devenus un camps retranché et militarisé. L’explosion devenait inévitable et le sort des chrétien scellé ! Le Hezbollah en a pris modèle et on connaît le résultat. Le contexte est favorable à la résurrection du Liban à condition d’en avoir le courage. Être libanais avant tout ! Oubliez les clans !

Richard Abitbol

09 h 40, le 01 août 2025

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Commentaires (20)

  • Cela pourrait presque être la description de ce que l’on vit actuellement en France ! Croyez-moi, j’ai connu le Liban d’avant la guerre civile, c’était un petit paradis, la joie de vivre embaumait les rues ! Les réfugiés palestiniens auraient dû être assimilés le plus vite possible. Ils sont devenus un camps retranché et militarisé. L’explosion devenait inévitable et le sort des chrétien scellé ! Le Hezbollah en a pris modèle et on connaît le résultat. Le contexte est favorable à la résurrection du Liban à condition d’en avoir le courage. Être libanais avant tout ! Oubliez les clans !

    Richard Abitbol

    09 h 40, le 01 août 2025

  • Quel beau pays le Liban avec sa mer, ses montagnes enneigées, ses plaines, son ciel, son soleil et sa lumière. Mais quel est donc le problème de ce petit paradis bon sang ? ... ... Ne cherchez pas trop loin, c'est le Libanais !

    Remy Martin

    20 h 35, le 31 juillet 2025

  • Un Libanais complètement dingue au Liban devient normal dès qu'il atterrit dans un pays civilisé et redevient dingue à son retour. Mieux: Un Libanais complètement dingue au Liban devient civilisé à son embarquement dans un vol d'une compagnie non Libanaise ou le reste jusqu'à son débarquement si c'est un avion de la MEA considéré donc comme une extension du Liban. Le Liban est donc le pays où un Libanais dingue peut le rester sans problème. Le problème c'est que c'est sans problème pour lui. Voilà. Fin de communiqué.

    M.E

    16 h 30, le 31 juillet 2025

  • Les peuples ont les gouvernements qu’ils méritent… Les gouvernements ont les peuples qu’ils méritent… C’est ça le Liban…

    Shehab Hares

    14 h 40, le 31 juillet 2025

  • Les peuples ont les gouvernements qu’ils méritent… Les gouvernements ont les peuples qu’ils méritent… C’est ça, le Liban…

    Shehab Hares

    14 h 37, le 31 juillet 2025

  • Merci, merci, merci. Je pensais être seul à ressentir cela. Je suis revenu au Liban il y a 25ans maintenant. Et malheureusement, le Liban, m'a changé.... l'espoir en un avenir est mort en moi.

    Sfeir walid

    13 h 37, le 31 juillet 2025

  • MR. SAMRANI, C,EST CA LE LIBAN ? PRIERE VOTRE PERMISSION. MERCI...... =DEUX FAITS FONT HONTE AU JOURNAL.-IL FAUT DEVOILER LE MAL.-EN PREMIER VIENT LA CENSURE,-LE FAVORITISME D,UN,-EST UNE INSULTE AU COMMUN,-ON FIT LA REMARQUE A NUE,-MAIS LA CHOSE CONTINUE.=EN DEUXIEME LA QUESTION,-QUE NOUS POSE L,EDITION.-MELANT FUTURS ET PRESENTS,-EN AMALGAMANT LES TEMPS.-L,EVIDENCE EST DITE NUE.-MAIS LA FAUTE CONTINUE.=IL N,EST PAS HONTEUX D,ADMETTRE,-ET CORRIGER AVEC METRE,-DANS LES DEUX CAS MENTIONNES.=NOUS SOMMES TOUS EXPOSES,-AUX ERREURS, C,EST NATUREL. -REMEDIER EST RITUEL.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    09 h 39, le 31 juillet 2025

  • ""Mais au moins devraient-ils tout faire pour qu’il en soit autrement "" mais pourquoi diable esperer cela tant que les libanais dans leur TRES grande majorite en sont heureux, satisfaits meme ?

    L’acidulé

    09 h 34, le 31 juillet 2025

  • Ce serait trop peu que de vous dire bravo. Vous dites des mots justes, qui portent, qui prônent l’action, qui donnent une perspective pour le pays sans pour autant plonger dans un optimisme béat.

    AFL

    09 h 27, le 31 juillet 2025

  • Hayde balad la2 mich balad hayde ortit alam majmou3in Ziad El Rahbani

    Mokhbat Georges

    09 h 12, le 31 juillet 2025

  • Excellent. Quel soulagement de vous lire.

    Ma Realite

    08 h 17, le 31 juillet 2025

  • Kheir nchallah!

    Guy OTAYEK

    07 h 37, le 31 juillet 2025

  • Que de fois, en effet, ayant exprimé mon indignation devant le non-respect des lois (souvent par ceux-là même qui ont mission de les faire appliquer),que de dois, donc, je l'ai emtendue, cette réponse: "Mais tu es au Liban, mon vieux!". Cette fatalité n'en est pas une. Elle ne le devient que dé lors qu'on l'accepte comme telle.

    Yves Prevost

    07 h 05, le 31 juillet 2025

  • Il y a peut-être une solution. Trump veut acheter Gaza et le Canada. Et si on lui proposait le Liban ? Les communautés se partageraient le prix de la vente, et tout le monde serait riche et heureux ! A condition qu’il paie en dollars fresh pas en Lollars !

    Goraieb Nada

    06 h 42, le 31 juillet 2025

  • ""… cette logique, aussi fondamentalement conservatrice que foncièrement médiocre, qui a fait fuir les esprits les plus créatifs et les plus brillants de notre pays"". Sauf Emm Ziad et son fils. Il faut le dire à ceux qui ont initié la guerre, dont certains croyaient qu’elle produit un changement et une avancée dans tous les domaines, et on sait où ont mené ces logiques progressistes. La fuite des forces vives s’explique par la guerre et les crises. Le mauvais musicien se plaint toujours de l’instrument, comme des mauvais politiciens du ‘’système’’. Le Liban était perfectible sans la guerre.

    nabil

    03 h 03, le 31 juillet 2025

  • ""On pourrait multiplier les exemples à n’en plus finir"" Hélas, donnez-nous au moins un seul.

    nabil

    02 h 47, le 31 juillet 2025

  • On me fera remarquer que d’autres pays de la région, en guerre, (combien de guerres), ont avancé économiquement, même cet État paria qui remporte ses guerres, se fait respecter, et nous alors ? Exemple M. Samrani : le président de l’Autorité palestinienne réclame ouvertement le désarmement du Hamas pour faire reconnaitre l’État palestinien. L’État Libanais ou plutôt le Liban officiel reconnu, sans exister par ses propres moyens, ne peut obtenir le monopole des armes par manque d’unanimité sur le désarmement. Qu’on médite bien la question, et la réponse sera claire.

    nabil

    02 h 46, le 31 juillet 2025

  • Le Liban, comment peut-il être autrement quand il est condamné à une guerre sans fin depuis plus d’un demi-siècle. La "guerre libano-palestino-israélienne", je me répète, (a remplacé le conflit "israélo-arabe") n’explique pas tout, et on en a malheureusement pour longtemps encore. Que de Libanais-errants à travers la terre, se reconnaissent dans d’autres États d’accueils, ou comme celui de la Palestine par exemple, mais moi, pauvre de moi, je répète comme Emm’ Ziad, à propos du Liban : كيف ما كنت بحبك . Le Liban sans la guerre est un modèle. Nous sommes en guerre ! Toujours en guerre.

    nabil

    02 h 39, le 31 juillet 2025

  • ""C’est ça le Liban"" est un lieu commun, comme on dit c’est la France, etc. Une réplique d’une telle banalité quand on n’a rien à dire. Votre réflexion -on est loin de l’analyse- relève de la provocation ! Ce n’est pas un hasard, dès qu’on relance le débat sur la reconnaissance de l’Etat de Palestine, qu’on parle non seulement du non-Etat, sic, (on sait de qui est le terme) mais de l’État libanais sacrifié pour la cause des autres.

    nabil

    02 h 13, le 31 juillet 2025

  • « Hayda Lebnen, le slogan officiel du chaos organisé : on t’y vole, on t’y arnaque, on t’y parque comme une sardine, et tu dois encore dire merci. Banquiers en mafieux, politiciens en chefs de sectes, fonctionnaires en guichetiers de la wasta… et nous, spectateurs complices, qui transformons la médiocrité en folklore. Ce n’est pas un pays, c’est un sketch sans fin où l’excuse nationale sert de refrain. »

    Rod PAris

    01 h 05, le 31 juillet 2025

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