Un poste-garde de sauveteur sur la plage publique de Ramlet el-Baïda, le 21 juillet 2025, à Beyrouth. Lilia Geha/L’Orient-Le Jour
Sifflet au cou, Hussein Ismaïl et ses trois collègues sauveteurs gardent un œil sur les baigneurs de la plage publique de Ramlet el-Baïda, à Beyrouth. « Nous sommes là depuis la mi-mai et nous restons jusqu’à la fin de l’été. Notre rôle est d’assurer leur sécurité, mais aussi l’entente entre les visiteurs », explique-t-il.
Les incidents de noyade ne sont pas rares sur les côtes libanaises et sont d’autant plus fréquents lorsque la mer est agitée. « De mon expérience, ils arrivent le plus souvent en raison du manque d’attention des parents ou d’un manque de sauveteurs », confie à L’Orient-Le Jour Georges Khoury, maître-nageur dans le privé depuis 38 ans. À Jbeil, l’un des maîtres-nageurs postés au niveau de la station balnéaire Eddé Sands affirme ainsi avoir prévenu « environ sept cas d’accident » la semaine dernière.
Alors que « quelque 20 cas de noyade » ont été enregistrés au Liban depuis le début de l’année, selon une source informée souhaitant rester anonyme, la présence des sauveteurs sur la côte, dans le public comme dans le privé, est essentielle pour la sécurité au bord de l’eau. La Journée mondiale de la prévention de la noyade, qui cause le décès d’environ 236 000 personnes chaque année selon l’Organisation mondiale de la santé, est célébrée ce 25 juillet. L’occasion pour L’Orient-Le Jour de revenir sur ce métier peu mis en lumière.
Avant le sifflet, la certification
Pour pouvoir exercer sa profession légalement au Liban, le maître-nageur sauveteur doit obtenir un certificat officiel dispensé par le ministère du Tourisme, suivant « le décret n° 9618 (22/12/2012) qui encadre ce métier », détaille une source ministérielle. Le certificat, valable deux ans et renouvelable sous conditions, est obtenu suite à la réussite de l’examen organisé par ce ministère et sous la supervision d’une commission composée de plusieurs représentants compétents. La liste des candidats retenus est ensuite affichée par le ministère.

Mais « depuis la pandémie de Covid-19 et en raison de la crise financière (déclenchée en 2019), cet examen n’a pas pu être assuré et la durée des certificats déjà délivrés a été prolongée », explique cette même source. En parallèle, la Défense civile a délivré des attestations aux sauveteurs selon les mêmes critères, « les dernières datant de 2024 », selon une autre source proche du dossier. Fin mai, la ministre du Tourisme Laura el-Khazen Lahoud confirmait que « les certificats délivrés par la Défense civile seront acceptés pour la saison estivale de 2025, à condition que les institutions touristiques obtiennent les casiers judiciaires avant d’employer les sauveteurs ».
Dans la pratique, avant de passer cet examen, les sauveteurs doivent suivre une formation « au Liban ou à l’international », explique un responsable de sauveteurs dans le privé. « Cette année, nous avons formé près de 600 personnes », assure pour sa part Roy Sleiman, dirigeant de l’académie de formation de sauveteurs R.Team, active depuis 12 ans au Liban. Le programme est conçu pour répondre aux standards de l’examen officiel : 50 mètres de crawl en 40 secondes et de brasse en 50 secondes ; 25 mètres en apnée ; ou encore sauvetage de mannequin. S’y ajoute une formation de premiers secours assurée par la Croix-Rouge, précise-t-il. « En plus du diplôme, il faut d’abord et surtout de la présence d’esprit. Le rôle du maître-nageur, c’est aussi de savoir prévenir les accidents, avant même d’intervenir », souligne de son côté Georges Khoury.
Des municipalités impliquées
Pour les plages publiques, la gestion se fait en fonction des règles établies par chaque municipalité. À Saïda (Liban-Sud), le ministère des Travaux publics délègue à la municipalité la responsabilité de la plage publique. « Nous délimitons les zones sécurisées pour la nage et nous nous occupons d’installer les postes-gardes », explique Mohammad Dandachli, membre du conseil municipal. Ensuite, la municipalité délègue à des associations locales la gestion de la côte, notamment de la propreté et de la sécurité. « D’habitude, c’est la municipalité qui recrute chaque année des sauveteurs, mais depuis la crise et par manque de budget, nous demandons aux associations d’embaucher leurs maîtres-nageurs », précise Rami Bachéché, président du comité du tourisme à la municipalité de Saïda. Selon lui, en semaine, ils sont trois, et le week-end, jusqu’à dix, ce que confirment deux locaux interrogés sur place.

À Jbeil, par vent fort, des drapeaux rouges flottent sur la côte. « Ici, le privé gère le recrutement de ses sauveteurs, et les kiosques installés au niveau des parties restantes de la plage publique sont également tenus d’embaucher au moins un sauveteur pour exercer leur activité, selon les nouvelles règles de la municipalité », note Karim Cordahi, responsable du dossier maritime auprès de la municipalité de Jbeil.
« On compte trois sauveteurs : un par kiosque, en plus de ceux des établissements privés voisins », précise-t-il, tout en assurant que la municipalité vérifie les qualifications des sauveteurs embauchés et veille à la bonne application des règles de sécurité sur la côte via la police municipale. Un policier posté à l’entrée de la plage confirme ainsi effectuer des tournées quotidiennes.
Côté privé, que ce soit au niveau des piscines ou de la mer, les établissements sont tenus de « respecter les normes internationales de sécurité », explique Georges Boustany, propriétaire de la plage privée Lazy B à Jiyé (Chouf), comme la « présence obligatoire de quatre sauveteurs autour d’une piscine de taille olympique, deux pour une piscine de taille semi-olympique, ou encore un sauveteur tous les 25 mètres sur la côte ». Et de rappeler : « Nous recrutons exclusivement des sauveteurs certifiés, selon la liste publiée par le ministère du Tourisme. » Le directeur de R.Team, qui supervise une grande partie des stations balnéaires à Jiyé, Jbeil, Beyrouth et dans le Kesrouan, assure, lui, qu’un « sauveteur senior » est envoyé quotidiennement pour inspecter les sites partenaires. Et de conclure : « La sécurité, ça ne rigole pas. »




Autre que d’être beau gosse, musclé, et bronzé, on obtient, d’où le diplôme : maitre-nageur ? le certificat au moins ?
07 h 48, le 27 juillet 2025