L'ambassadeur américain en Turquie et envoyé spécial pour la Syrie, Thomas Barrack, lors d'un entretien avec Reuters à Beyrouth, le 22 juillet 2025. Émilie Madi/Reuters
Après une nouvelle vague de violences sectaires survenue la semaine dernière à Soueida, dans le sud de la Syrie, l'envoyé spécial américain pour le pays, Thomas Barrack, a exhorté le président par intérim Ahmad el-Chareh à ajuster ses politiques et à adopter une approche plus inclusive, le mettant en garde contre une perte du soutien international et une fragmentation du pays.
Celui qui est également l'ambassadeur de Washington à Ankara a indiqué avoir recommandé à M. Chareh, lors de discussions privées, de reconsidérer certains éléments de la structure militaire d'avant-guerre, de réduire l'endoctrinement islamiste et de solliciter une assistance régionale en matière de sécurité. Dans un entretien à Beyrouth, Thomas Barrack a confié à Reuters qu'en l'absence de changements rapides, le président syrien risquait de perdre l'élan qui l'avait porté au pouvoir. Selon lui, M. Chareh pourrait « grandir en tant que président et dire : ‘‘la meilleure chose à faire n’est pas de suivre mon idée qui ne fonctionne pas si bien’’ ».
Chef d’une ancienne faction dissidente d’el-Qaëda, Ahmad el-Chareh, autrefois connu sous le nom de Abou Mohammad al-Jolani, est arrivé au pouvoir en Syrie après une offensive ayant renversé le président Bachar el-Assad en décembre dernier, à l’issue de plus de 13 ans de guerre civile. Bien que ses propres combattants soient issus du militantisme sunnite, l'homme a promis de protéger les membres des nombreuses minorités confessionnelles de Syrie. Mais cette promesse a été remise en question, notamment avec les massacres d'alaouites en mars, puis plus récemment avec l’escalade des violences dans le sud-ouest du pays. Des centaines de personnes ont été tuées dans des affrontements survenus dans la province méridionale de Soueida entre des combattants druzes, des tribus bédouines sunnites et les forces gouvernementales. Israël a de son côté mené des frappes aériennes pour empêcher ce qu’il a qualifié de massacres de druzes par l'armée syrienne.
Thomas Barrack a ainsi estimé que le nouveau gouvernement devait envisager d’« être plus inclusif, plus rapidement » en ce qui concerne l’intégration des minorités au sein des structures de gouvernance. Il a toutefois réfuté les informations selon lesquelles les forces de sécurité syriennes seraient responsables de violations contre des civils druzes. Il a suggéré que des militants du groupe État islamique pourraient avoir revêtu des uniformes gouvernementaux et que les vidéos circulant sur les réseaux sociaux étaient facilement manipulables et donc peu fiables. « Les troupes syriennes ne sont pas entrées dans la ville (de Soueida). Les atrocités qui se déroulent ne sont pas perpétrées par les troupes du régime syrien. Elles ne sont même pas dans la ville car elles se sont entendues avec Israël pour ne pas y pénétrer », a-t-il déclaré.
« Pas de successeur » à Chareh
Les États-Unis ont contribué, la semaine dernière, à la conclusion d’un cessez-le-feu qui a mis fin aux hostilités entre combattants tribaux bédouins et factions druzes, qui avaient éclaté dès le 13 juillet. Thomas Barrack a estimé que les enjeux en Syrie étaient extrêmement élevés, en l’absence de plans de succession ou d’alternative viable au nouveau gouvernement islamiste du pays. « Pour ce régime syrien, il n’y a pas de plan B. Si ce régime échoue, c’est parce que quelqu’un veut le pousser à l’échec », a déclaré l'envoyé américain. « Dans quel but ? Il n’y a pas de successeur. » Interrogé sur la possibilité que la Syrie suive les scénarios catastrophiques de la Libye ou de l’Afghanistan, il a répondu : « Oui, voire pire. »
Les États-Unis ont affirmé ne pas avoir soutenu les frappes israéliennes sur la Syrie. Thomas Barrack a estimé qu'elles n’avaient fait qu’ajouter à la « confusion » dans le pays. Israël considère les nouveaux dirigeants syriens comme des militants dangereux et s’est dit prêt à tenir les troupes gouvernementales à l’écart du sud-ouest du pays et à protéger la minorité druze syrienne de la région, encouragé en cela par les appels de sa propre communauté druze.
L'émissaire américain a expliqué que son message à Israël était d’instaurer un dialogue pour apaiser ses craintes concernant les nouveaux dirigeants sunnites de la Syrie et que les États-Unis pouvaient jouer le rôle d’« intermédiaire honnête » pour aider à lever toute inquiétude. Il a assuré que, dès le début de son mandat, Ahmad el-Chareh avait souligné qu’Israël n’était pas son ennemi et qu’il pourrait normaliser les relations en temps voulu. Selon des sources citées par Axios, des représentants américains, syriens et israéliens devraient se retrouver jeudi 24 juillet pour trouver une terrain d'entente sur le plan sécuritaire en ce qui concerne le sud de la Syrie. La réunion, à laquelle devrait participer Thomas Barrack, sera la première depuis la dernière vague de violences, reprenant des pourparlers entamés il y a des mois et qui avaient été médiés entre autres par les États-Unis.
L'envoyé américain a en outre ajouté que Washington ne dictait pas la forme politique que la Syrie devrait adopter, si ce n'est de respecter les principes de stabilité, d’unité, d’équité et d'inclusion. « S’ils se retrouvent avec un gouvernement fédéraliste, ce sera leur choix. Et la réponse à la question, c’est que tout le monde devra désormais s’adapter. »




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20 h 46, le 23 juillet 2025