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Nos lecteurs ont la parole

Quand la vie oublie de vivre

Il fut un temps où la vie semblait vibrante, où un simple baiser suffisait à effacer les égratignures les plus profondes. Un temps où nos plus grands rêves se limitaient à des choses simples : ne pas être obligé de dormir tôt pour l’école, échapper au petit déjeuner imposé. On croyait pouvoir changer le monde. Mais ce temps paraît lointain, enseveli sous le poids des années. C’est le monde qui a fini par nous changer. Aujourd’hui, nos rêves ne nous appartiennent plus totalement : nous rêvons d’un avenir, d’amour, de réussite…

Désormais, la vie semble suspendue, détachée de son essence, comme si elle s’éteignait doucement, remplacée par une existence mécanique dépourvue de sens. Elle court, mais n’avance plus.

Ce temps, celui de l’enfance, était un paradis perdu où tout était limpide, où le monde était encore fait de poésie. Mais en grandissant, cet univers nous devient interdit. Les adultes nous répètent que l’enfance n’était qu’une illusion. Pourtant, dans un monde où chacun porte des masques, où l’on oublie même son propre visage, où l’on finit par ne plus interagir qu’à travers ces faux-semblants, qui est le plus illusionné ?

Avec le temps, certains comprennent qu’il n’existe que deux issues : assumer le mensonge ou l’affronter, quitte à en payer le prix. Alors seulement, ils peuvent se libérer et choisir d’être authentiques. Sinon, un jour, ils se retrouvent face à une vérité implacable : tous ces personnages qu’ils ont incarnés finissent par les écraser, effaçant leur être véritable… jusqu’à ce qu’ils s’effondrent, figés, incapables d’avancer. N’est-ce pas alors ce monde-là qui ressemble le plus à un film d’horreur ?

Antoine de Saint-Exupéry disait : « L’essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu’avec le cœur. » Une phrase connue de tous, mais appliquée par personne. Ceux qui tentaient de vivre selon cette vérité ont disparu, emportés par le courant des séparations.

Mais la faute n’incombe pas aux adultes. C’est la vie qui nous a tous menti. À cause d’elle, ce qui est parti ne reviendra pas. À cause d’elle, les liens s’effacent avec le temps. À cause d’elle, le mensonge ne finit pas toujours par se révéler. À cause d’elle, le silence n’est pas toujours un signe d’acceptation. À cause d’elle, la personne que tu aimes ne t’aime pas forcément en retour. À cause d’elle, la personne en qui tu avais placé toute ta confiance finira par te décevoir. À cause d’elle, ceux avec qui nous avions bâti des rêves et des promesses s’éloignent, laissant derrière eux des souvenirs lourds et des espoirs fanés.

Ce qui était autrefois vibrant et réel s’efface, avalé par le silence assourdissant. Et dans ce silence, Yasmina Khadra murmure : « Il est des silences qu’il ne faut pas déranger. » Mais comment ne pas les déranger quand ils nous hantent ?

Les conversations sincères, jadis partagées sous une lune complice, se raréfient. Elles deviennent formelles, vides de leur chaleur d’antan. On se parle par devoir, une fois par an peut-être, comme on règle une formalité administrative. Ce qui faisait vibrer les mots n’est plus qu’un écho lointain, un souvenir qui s’étiole.

Alors, la vie ne vit plus. Elle subsiste, elle respire, mais elle ne danse plus. Elle observe le passé comme un spectateur impuissant, incapable de retrouver la magie d’antan. Mais au fond de cette langueur, subsiste une lueur d’espoir. Peut-être que la vie, bien qu’endormie, attend simplement qu’on la réveille. Peut-être qu’en renouant avec ce qui faisait battre nos cœurs d’enfant, nous pourrions lui redonner un souffle.

Malheureusement on ne réalise jamais qu’on vit nos plus beaux jours avant qu’ils ne deviennent des souvenirs. Un jour, pour la dernière fois, nous avons choisi notre place en classe.

Pour la dernière fois, nous avons regardé notre dessin animé préféré. Pour la dernière fois, nous avons rangé la piscine dans le jardin. Pour la dernière fois, nous avons vu nos amis d’enfance. Pour la dernière fois, nous avons joué sur un toboggan et une balançoire. Mais nous ne le savions pas !

Les aéroports ont été témoins de plus de baisers sincères que les salles de mariage. Les murs des hôpitaux ont entendu plus de prières désespérées que les plus grandes églises. C’est dans ces instants fugaces – quand l’amour s’éloigne, quand la vie ne tient plus qu’à un fil, quand la perte semble insurmontable – que l’on comprend enfin la valeur de ce que l’on possédait.

Apprenez à aimer ce que vous avez, avant que la vie ne vous apprenne à aimer ce que vous avez perdu. Parce qu’un jour, le son du rire qui remplissait une pièce sera quelque chose pour quoi vous donneriez tout pour l’entendre à nouveau. Les endroits que vous vouliez fuir seront ceux devant lesquels vous ralentiriez, pris par la nostalgie. Vous souririez en vous remémorant un instant que vous n’aviez même pas compris être si précieux sur le moment.

Ne laissez pas les soucis de demain vous « empêcher » de voir la beauté d’aujourd’hui. Créez des souvenirs qui dureront, car, un jour, ils seront tout ce qu’il vous restera.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Il fut un temps où la vie semblait vibrante, où un simple baiser suffisait à effacer les égratignures les plus profondes. Un temps où nos plus grands rêves se limitaient à des choses simples : ne pas être obligé de dormir tôt pour l’école, échapper au petit déjeuner imposé. On croyait pouvoir changer le monde. Mais ce temps paraît lointain, enseveli sous le poids des années. C’est le monde qui a fini par nous changer. Aujourd’hui, nos rêves ne nous appartiennent plus totalement : nous rêvons d’un avenir, d’amour, de réussite…Désormais, la vie semble suspendue, détachée de son essence, comme si elle s’éteignait doucement, remplacée par une existence mécanique dépourvue de sens. Elle court, mais n’avance plus.Ce temps, celui de l’enfance, était un paradis perdu où tout était limpide,...
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