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Nos lecteurs ont la parole

Pas de Constitution sans culture constitutionnelle... libanaise

L’ouvrage de Wissam el-Lahham rompt avec toute une lecture, idéologie, aliénation culturelle, enseignement conventionnel et manipulation de la Constitution libanaise. Son approche du régime constitutionnel libanais et de l’expérience cumulée est interdisciplinaire et moderne. L’ouvrage doit désormais susciter d’autres travaux opérationnels en vue, non pas de la gouvernance en général, mais plutôt la gouvernabilité du régime parlementaire pluraliste libanais (Pacte national et décision souveraine : Liban de 1920 à nos jours, Wissam el-Lahham, éditions Geuthner, 2024, 320 p.).

La recherche constitutionnelle au Liban souffre d’aliénation culturelle, de légalisme et non d’une approche juridique normative, de complexe d’infériorité d’intellectuels sans expérience, d’une idéologie de la modernité et de l’édification nationale, et surtout de manipulation par des pouvoirs d’occupation et des politicards qui brandissent, toujours, avec la bénédiction d’intellectuels : tant que le système est « confessionnel », nous voulons notre part ! Ceux qui ne veulent pas aujourd’hui se pencher, avec méthode et en perspective comparée, sur le régime constitutionnel libanais qu’ils récoltent la muhâsasa ou clientélisme institutionnalisé !

1. Rupture et innovation : que dit Wissam el-Lahham, enseignant à l’Institut de science politique à l’USJ ?

« Juristes et politologues, voire certains journalistes, dit-il, scrutent méticuleusement la Constitution en espérant trouver dans ses dispositions des lacunes pour expliquer la cause des crises à répétition du régime libanais » (p. 307). L’auteur soulève « les questions occultées » (p. 309). Il rompt complètement avec des approches légalistes et sans horizon. « Nous avons évité, dit-il, de diluer notre travail dans une analyse mécanique qui ne voit dans le régime qu’une lutte d’influence entre des chefs et des politiques corrompus » (p. 310). Il cite alors le grand Tocqueville : « La démocratie peut s’effondrer de l’intérieur. » L’auteur est loin d’être dupe de la mithâqiyya, « pactocratie qui fait le jeu des seigneurs de guerre ».

Avec des références à Carl

Schmitt, et aussi à Julien Freund que j’ai eu l’immense privilège de connaître en tant que directeur de mes deux thèses de doctorat à l’Université des sciences humaines de Strasbourg en 1974 puis en 1982, Wissam el-Lahham écrit : « La théorie décisionniste de Carl Schmitt semble apte à fournir une interprétation de l’équilibre entre politique et Constitution du Liban actuel. »

La perspective de Carl Schmitt explique le dilemme libanais : « Le concept d’État présuppose le concept de politique » (p. 308).

2. Les recherches comparatives internationales depuis les années 1970 : ces recherches, avec des appellations diverses de consociatio, proporzdemocratie, consensuel, concordance… ont été appréhendées par des auteurs libanais, arabes et étrangers en tant que doctrine, comme capitalisme, socialisme communisme…, ou même en tant que philosophie ou théorie, alors qu’il s’agit d’une classification, typologie de nombre de régimes politiques autrefois considérés particuliers, sui generis.

Des auteurs abondent alors en critique et récrimination, alors qu’il s’agit de parfaire la théorisation au moyen d’études de cas pour dégager, comme dans tout organisme, les pathologies et les thérapies de cette typologie de régimes qu’il faudrait qualifier de parlementaires pluralistes parce qu’ils associent des processus à la fois compétitifs et coopératifs.

3. Quelles conditions de gouvernabilité ? L’éditorial du journal Le Monde ne dit pas que le Liban est ingouvernable, mais « est devenu un monstre ingouvernable » (30/11/2020). Tout régime politique en situation d’occupation, depuis l’accord du Caire de 1969 et ses séquelles, puis un accord du Caire revisité du 6/2/2006 et ses désastres, ne fonctionne pas avec régularité, même en France, Allemagne, Suisse, Danemark… En outre tout pluralisme culturel, au sens sociologique, est difficile à gérer, même dans la famille nucléaire harmonieuse. Il s’agit donc de rétablir la boussole égarée : unicité de l’État et souveraineté ; le président de la République est « le chef de l’État qui veille au respect de la Constitution », en vertu du nouvel article 49 de la Constitution, ce que l’auteur qualifie de « pouvoir présidentialisé qui s’inscrit dans la logique de la souveraineté elle-même, sécurise les minorités, freine les pénétrations extérieures et préserve le système » (p. 311). L’auteur parle de l’exigence de « muscler le système libanais de concordance » (p. 303), de remédier à la crise de l’autorité et de renforcer la légitimité du régime constitutionnel libanais menacé de revirement vers le non-État et la polyarchie débridée. Quand j’ai publié une série de six articles : « Le mandat Chéhab et la crise de l’autorité » (L’Orient-Le Jour, 18/7-2/8/1971), Georges Naccache me convie à son bureau pour me reprocher d’abord d’avoir quitté le journal à la suite de la fusion, et pour apprécier une approche qui continue de le préoccuper quant à l’avenir du régime constitutionnel libanais.

***

Il ressort de l’ouvrage de Lahham que la gouvernabilité du Liban est la fois institutionnelle et culturelle, en raison de « l’antériorité de la souveraineté » (p. 272) et aussi des séquelles d’une psychohistoire libanaise encore régie par le complexe de la Sublime Porte et d’idéologies importées et meurtrières.

Membre du Conseil constitutionnel, 2009-2019

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

L’ouvrage de Wissam el-Lahham rompt avec toute une lecture, idéologie, aliénation culturelle, enseignement conventionnel et manipulation de la Constitution libanaise. Son approche du régime constitutionnel libanais et de l’expérience cumulée est interdisciplinaire et moderne. L’ouvrage doit désormais susciter d’autres travaux opérationnels en vue, non pas de la gouvernance en général, mais plutôt la gouvernabilité du régime parlementaire pluraliste libanais (Pacte national et décision souveraine : Liban de 1920 à nos jours, Wissam el-Lahham, éditions Geuthner, 2024, 320 p.).La recherche constitutionnelle au Liban souffre d’aliénation culturelle, de légalisme et non d’une approche juridique normative, de complexe d’infériorité d’intellectuels sans expérience, d’une idéologie de la modernité et de...
commentaires (1)

""Pas de Constitution sans culture constitutionnelle... libanaise"" et voila le(s) fin(s) mot(s) de notre histoire ! culture ou es tu ?

L’acidulé

10 h 09, le 14 juin 2025

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Commentaires (1)

  • ""Pas de Constitution sans culture constitutionnelle... libanaise"" et voila le(s) fin(s) mot(s) de notre histoire ! culture ou es tu ?

    L’acidulé

    10 h 09, le 14 juin 2025

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