Maha Chalabi (deuxième à partir de la droite, sur la tribune de l'Ordre de la presse mercredi. Les présidents de l'Ordre de la presse, Aouni Kaaki, et des journalistes, Joseph Kossaifi, sont également présents. Photo ANI
Le Comité libanais pour la sauvegarde de Tyr lance un nouveau cri d’alarme contre un grand projet en construction dans une partie écologiquement et archéologiquement sensible de cette ville millénaire du Liban-Sud. La présidente de l’ONG Maha Chalabi a tenu une conférence de presse au syndicat de la presse à Beyrouth mercredi pour dénoncer une fois de plus les dégâts du chantier et la non-conformité aux décisions de justice par le ministère de la Défense, à qui l’Etat a cédé ces terrains pour des activités à caractère militaire.
Depuis septembre 2024, à la veille de l’extension du conflit entre le Hezbollah et Israël, les ONG avaient remarqué ces travaux sur un site sensible, empiétant sur la zone tampon de la réserve marine de Tyr et situé sur une zone riche en vestiges non encore fouillés. Très vite, le bruit court que le chantier est destiné à construire un club pour officiers, mais les informations du Comité pour la sauvegarde de Tyr, réitérées mercredi par Mme Chalabi, montrent qu’il s’agit d’un projet beaucoup plus vaste, à caractère essentiellement commercial, qui s’étendrait sur 400 000 m2 et sur plusieurs parcelles.
Rappelant que la plupart de ces terrains se trouvent sur la liste de l’inventaire national des bâtiments historiques et qu’il est interdit d’y construire sans l’accord du ministère de la Culture, Mme Chalabi a souligné mercredi que « les rares informations fiables dont disposent les autorités publiques et privées intéressées indiquent que le ministère de la Défense a conclu un accord avec une société privée selon le modèle BOT (Build, Operate and Transfer), en vertu duquel le ministère a donné à ladite société le droit d'investir dans les biens immobiliers » sur ce terrain.
Se référant à une étude de 1999 réalisée à la demande de l’Unesco, Mme Chalabi a rappelé qu’à cet endroit se trouveraient les vestiges de l’un des trois ports antiques de Tyr, celui qu’on appelle Paléa-Tyr, un site d’une très grande importance pour l’histoire de la ville.
La lutte contre la poursuite de ce projet – le chantier a repris dès le cessez-le-feu de novembre 2024 – ne s’est pas limitée aux campagnes menées par le comité ou d’autres associations. A la suite d'une plainte du comité et d’autres associations le 27 mars 2025, la juge des référés de Tyr Yolla Ghotaïmi a pris une première décision d’arrêt des travaux le 2 avril… qui n’a toujours pas été respectée.
Mme Chalabi a expliqué que l’expert mandaté par la cour a été empêché d’entrer sur le site une première fois le 7 avril, et que la décision de la cour n’est parvenue, après plusieurs efforts, à Ali Jaber, partenaire du projet et superviseur des travaux, que le 23 avril. « Le 25 avril, le représentant légal de la compagnie a contesté le fait que l'association n'avait pas qualité pour intenter une action en justice et demandé que son client soit dessaisi du litige », poursuit-elle.
La juge prend une nouvelle décision le 5 mai d’ordonner l’arrêt des travaux, sur base du rapport de l’expert dépêché sur place, et du mémorandum présenté par l’avocat de M. Jaber. Mais, déplore-t-elle, « les travaux se poursuivent à un rythme encore plus effréné, sans aucun respect des lois en vigueur et sans action efficace du ministère de l’Environnement ».
Elle poursuit : « Ni le ministère de la Défense ni la société de promotion n’ont respecté la décision de la juge, bien qu’ils aient reçu les deux avis et qu’il y ait une amende de 200 millions de livres pour toute journée de retard (…) Quinze jours sont passés sans que le ministère n’apporte une réponse à la décision, ce qui s’apparente à un refus. »
Mme Chalabi affirme avoir adressé plusieurs messages au président de la République Joseph Aoun, et avoir tenté d’entrer en contact avec le ministère de la Défense, sans succès. Elle souligne l’absence de toute étude d’impact environnemental et de tout dialogue avec la population locale, ainsi que d’autres irrégularités.
Maha Chalabi a demandé, au nom du comité, l’arrêt des travaux et l’application de la loi, ainsi que de la transparence par-rapport aux travaux entrepris. « Il semble que les crimes contre Tyr n’ont pas de fin », a-t-elle constaté, déplorant que des inconnus aient volé du sable du site de Jaftalak-Ras el-Aïn, et soient en train d’utiliser le site pour y enfouir des déchets de démolition de la dernière guerre entre le Hezbollah et Israël. « Les camionnées de sable sortant du site se multiplient, et chacune est estimée à 1000 dollars américains », a-t-elle lancé.
La militante a rappelé qu’un incendie a mystérieusement ravagé, le 28 mai dernier, la réserve naturelle marine de Tyr, et notamment sa section protégée, « dans une nouvelle preuve de négligence et d’agression contre les trésors naturels du Liban ».




Oui, une manifestation spontanée citoyenne et massive dirait que nous nous préoccupons vraiment de ce joyau de pays dont nous nous gargarisons mais pour lequel nous n’agissons concrètement pas beaucoup, hormis quelques initiatives de rares éveillés…
05 h 27, le 06 juin 2025