Partie d’un désert, l’avenir lui sera clément, et Dubaï, avec le temps et la sagesse de ses dirigeants, deviendra une ville-monde où se rencontrent toutes les cultures, toutes les nationalités et toutes les ambitions, et où l’on rencontre tout ce que le monde a de plus beau… La mondialisation dans toute sa splendeur que j’ai nommée « dubailisation », un mot né dans une salle de classe, ici même à Dubaï, entre un cours de « Moral Education » et une discussion sur les Émirats, un mot que j’ai créé pour mes élèves afin de leur expliquer que Dubaï n’est pas une ville dans le monde, mais que le monde est dans Dubaï, où les langues se croisent, les cuisines s’entremêlent, les cultures cohabitent, les produits circulent et les écoles comme les universités brassent une humanité venue des quatre coins de la planète. « Dubailisation », un mot puisé dans une réalité unique qu’à Dubaï on vit au quotidien : la transformation d’une ville en vitrine planétaire, en condensé de la mondialisation.
Beyrouth a suivi un chemin inverse. Pendant longtemps, elle fut l’étoile brillante dans le ciel du monde arabe. Surnommée tour à tour la capitale de la mode, de la beauté, de la cuisine, du savoir, de la médecine, de la fête… elle était le cœur battant de la modernité et de la joie de vivre dans une région en quête d’équilibre. Elle attirait les intellectuels, les artistes, les touristes, les présidents déchus comme ceux en devenir, les révolutionnaires de tout poil et les puissants de ce monde, ceux en quête de liberté comme ceux en mal d’amour... Beyrouth, c’était tout cela ; elle éduquait, soignait, dansait, pensait, fascinait et surtout façonnait.
Puis vinrent 1975 et les années noires qui succédèrent aux années folles. La guerre civile déchira Beyrouth en une énorme balafre sanglante et transforma la ville en un champ de ruines fumantes. Les grands hôtels qui, jadis, faisaient la gloire de la capitale, assistèrent, terrifiés, au combat désespéré des phalanges libanaises, et la place des Canons, où le front finira par se stabiliser, n’aura jamais aussi bien mérité son nom… et l’on commencera à parler de « beyrouthisation », un mot forgé en France pour désigner une ville coupée en deux, livrée au chaos, à la violence, aux milices, à l’insécurité… un mot créé pour qualifier la chute de ce qui fut la Suisse du Moyen-Orient. La « beyrouthisation » n’est pas un modèle à suivre, c’est la transformation d’une ville en champ de ruines. Mais le phénix renaît toujours de ses cendres, et Beyrouth, aujourd’hui, semble vouloir ressusciter de nouveau. À la politique d’isolement succédera la volonté de se reconnecter aux pays arabes, d’ouvrir de nouveau les bras aux ressortissants des pays du Golfe, à ceux qui, jadis, venaient passer leurs étés à Beyrouth, et qu’on croyait partis à jamais. En ce sens, la « beyrouthilisation » serait une renaissance libanaise, une reprise, un retour... Le retour du Liban qui soigne, qui enseigne, qui cuisine, qui fait danser. Le Liban des chefs qui préparent au millimètre. Des médecins qui sauvent à la minute. Des hôtesses qui vous disent ahlen avec cet accent tellement délicieux qu’il vous fera revenir. Beyrouth recommence à faire battre le cœur de la région, Dubaï en parle. Riyad observe. Les avions se remplissent. La Corniche retrouve l’accent du Golfe. Les hôtels de la capitale rouvrent leurs portes. Les restaurants se préparent. Beyrouth recommence à se souvenir de ce qu’elle savait faire mieux que personne : recevoir avec panache ; et la « beyrouthilisation », c’est avant tout le Liban qui recommence à plaire et à séduire, ce sont des regards qui se tournent, des réservations qui s’accélèrent et surtout des souvenirs qui réclament une suite.
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