C’est une bien lourde responsabilité qui pèse actuellement sur les épaules du président de la Chambre, Nabih Berry. En novembre, il avait été déjà chargé de négocier au nom du Liban l’accord de cessez-le-feu. Ensuite, c’est lui qui a parlé au nom du tandem chiite lors des préparatifs pour l’élection présidentielle du 9 janvier, puis dans les contacts pour la formation du gouvernement de Nawaf Salam. On se souvient d’ailleurs de son départ précipité du palais de Baabda, lorsque M. Salam avait insisté pour nommer lui-même le cinquième ministre chiite, avant que le chef de l’État Joseph Aoun ne prenne l’initiative de reprendre le dialogue et de chercher un accord.
Le rôle de Nabih Berry ne cesse de s’agrandir, surtout depuis que le Hezbollah a choisi de « plier devant la tempête » et d’essayer autant que possible de se tenir à l’écart, laissant le président de la Chambre parler au nom de la communauté. D’autant que le Hezbollah est parfaitement conscient du fait qu’il est toujours dans le collimateur des Israéliens et de l’administration américaine actuelle et souhaiterait donc se faire un peu oublier pour pouvoir reprendre son souffle et s’occuper de ses priorités.
Il se concentre sur sa base populaire et sur les moyens de l’aider à surmonter cette période difficile, notamment sur le plan des aides matérielles. Par conséquent, il ne veut pas se laisser entraîner dans des polémiques et des conflits stériles, surtout qu’il est convaincu que le scénario préféré des Israéliens est celui d’affrontements internes au Liban qui lui porteraient le coup de grâce, sur le plan interne. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, dans ses réunions internes, le Hezbollah étudie longuement les positions des différentes composantes du pays dans le but de voir avec lesquelles il pourrait établir des liens et ouvrir un dialogue sur les questions de fond.
Pour lui, « la libanisation du parti » passe par une révision de ses relations avec les différentes parties.Pour ces raisons, il est clair que le Hezbollah préfère laisser le président de la Chambre occuper le devant de la scène et traiter les dossiers qui sont ouverts actuellement, sachant que M. Berry est non seulement un négociateur habile, mais il connaît aussi parfaitement les rouages de l’État, ceux de la politique et les aspirations profondes de la communauté chiite. C’est donc lui qui représentera celle-ci dans le choix des nominations pour les postes chiites au sein de l’État libanais, qui doivent être adoptées dans les prochains jours.
À cet égard, les sources proches de Aïn el-Tiné sont confiantes car, selon elles, les relations entre le président de la Chambre et les autres responsables, en particulier le chef de l’État, sont cordiales et positives. Ces nominations, dont celle du nouveau directeur de la Sûreté générale, ne devraient donc poser aucun problème. Le dossier des nominations traité, il y en aura d’autres à gérer comme celui de la loi électorale et bien sûr celui de la reconstruction. Selon les milieux proches de Aïn el-Tiné, les « pressions » sont actuellement très fortes sur le Liban pour le pousser à appliquer totalement les résolutions internationales et en particulier la disposition portant sur la nécessité que l’État bénéficie du monopole des armes. Mais en même temps, la communauté internationale ne semble pas disposée à faire pression sur les Israéliens pour qu’ils se retirent, alimentant indirectement l’idée de la « résistance contre l’occupant ».
Des informations circulent en effet sur le fait que la tendance générale actuellement chez les Israéliens, c’est d’en finir totalement avec le Hezbollah, même en tant que force politique, pour ne lui laisser aucune chance de se reconstituer. Cette théorie bénéficierait aussi, selon les mêmes informations, du soutien de l’administration américaine. Si cette thèse se vérifie, comment M. Berry pourrait-il gérer la situation et surtout empêcher les gens privés de tout, parce qu’ils seraient des sympathisants du Hezbollah, de se rebeller ? Jusqu’à présent, le président de la Chambre a réussi à empêcher un isolement du Hezbollah. Il fera aussi en sorte qu’il ne soit pas exclu des nominations, un peu comme cela a été le cas dans la désignation des ministres. Mais en même temps, il doit faire face à la fois aux pressions externes et à la colère interne. Toujours selon les milieux proches de Aïn el-Tiné, M. Berry ne serait pas pessimiste. Il mise en réalité sur la sagesse des responsables, notamment le chef de l’État et le Premier ministre. Il est aussi convaincu qu’il faudrait au plus tôt initier un dialogue interne avec toutes les composantes politiques du pays pour relever les défis et, surtout, éviter tout dérapage interne qui ne servirait que les intérêts israéliens. Concernant tout ce qui se dit sur une volonté américaine de pousser vers une forme de normalisation des relations avec les Israéliens, M. Berry garde les yeux tournés vers les États arabes et répète ce qu’il déclare depuis des années, que le Liban devrait être le dernier à prendre ce chemin. Mais en attendant, il faut rester très vigilant, car le monde est en plein bouleversement et le Moyen-Orient en particulier.


On a beau en vouloir à Berry et au HB, il ne faut pas pour autant céder à la tentation d'exclure une communauté. Et en attendant les prochaines élections, ils sont toujours les représentants de la communauté chiite. Grâce à leur sagesse et leur grande compréhension de l'histoire recente et notre écosystème, notre président et notre 1er ministre ont la bonne méthode, et veulent œuvrer dans l'intérêt de tous les libanais. Laissons les faire et soutenons les.
20 h 55, le 05 mars 2025