Des partisans du Hezbollah lors d'une commémoration de l'assassinat de leur ancien chef, Hassan Nasrallah, dans la banlieue sud de Beyrouth, le 27 septembre 2026. Photo Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour
Des représentants du gouvernement syrien et du Hezbollah se sont rencontrés secrètement et ont mené des entretiens directs en Turquie en septembre, afin de calmer les tensions latentes entre eux, selon six sources au courant de ces premières discussions connues, entre deux ennemis de longue date. Au moins une réunion secrète a eu lieu le mois dernier entre ces responsables syriens et le parti-milice libanais, selon ces six sources, parmi lesquelles figurent deux responsables syriens, un officiel américain et un haut responsable de la sécurité au Liban, connu pour être proche du Hezbollah.
La réunion du mois dernier a rassemblé des représentants du Hezbollah ainsi que des responsables des services de renseignement et du ministère des Affaires étrangères syriens, et s’est tenue à l’invitation des services de sécurité et de renseignement turcs dans un effort de désescalade, selon ces sources, qui se sont toutes exprimées sous couvert d’anonymat pour évoquer cette rencontre sensible et inédite.
Le ministère syrien des Affaires étrangères, ceux des Affaires étrangères et de la Défense de la Turquie ainsi que le département d’État américain n’ont pas immédiatement répondu aux questions de Reuters concernant cette réunion. Le bureau de presse du Hezbollah a refusé de faire tout commentaire.
Pendant des années, le Hezbollah a envoyé des combattants en Syrie pour se battre aux côtés du régime déchu de Bachar el-Assad, lors de la guerre civile, qui a débuté en 2011. Après le renversement des Assad en décembre 2024, à la suite d’une offensive-éclair des rebelles, emmenés par le nouveau président syrien Ahmad el-Chareh, les tensions se sont accrues entre le nouveau régime et le Hezbollah – Damas accusant le groupe de transferts d’armes via la Syrie et de tentatives d'attaques, tandis que les États-Unis ont à plusieurs reprises évoqué la possibilité d'une intervention de l’armée syrienne au Liban pour combattre le parti pro-iranien.
« Préoccupations sécuritaires mutuelles »
Selon le responsable américain, les responsables syriens et la source libanaise, la réunion s’est concentrée sur la résolution de points de tension entre les deux parties et s’est bien déroulée. L’un des responsables syriens a affirmé que les deux camps étaient convenus qu’ils ne nourrissaient aucune hostilité l’un envers l’autre, et que la Syrie avait assuré au Hezbollah qu’elle n’interviendrait pas militairement au Liban pour désarmer le groupe.
En contrepartie, des responsables syriens ont demandé au parti chiite d’aider à stopper les tentatives de contrebande transfrontalière et de démanteler ses cellules dormantes, en particulier dans le sud de la Syrie. Mardi, Damas avait annoncé avoir démantelé une cellule du Hezbollah qui préparait un lancement de roquettes depuis le Sud syrien, frontalier d'Israël. Le groupe avait démenti toute implication et affirmé « ne disposer d’aucune présence, quelle qu’elle soit, sur le territoire syrien et ne participer à aucune activité sécuritaire ou militaire sur place ». Le responsable syrien a indiqué que les représentants du Hezbollah n’avaient pas donné de réponse directe quant à la demande de mettre fin à la contrebande d’armes et de démanteler ses cellules basées en Syrie, mais qu’ils s’étaient engagés à ne pas s’ingérer dans les affaires syriennes.
La source libanaise, disposant d’une connaissance directe de la réunion et de ses résultats, a souligné que les deux parties « ont réalisé d’importants progrès sur les questions sécuritaires ». « Le Hezbollah veut protéger son flanc », a-t-elle ajouté, évoquant les inquiétudes d’une attaque syrienne contre le groupe au Liban. À la fois le responsable syrien et la source libanaise ont précisé qu’aucun accord final n’avait été conclu et qu’aucune annonce n’était prévue. La source libanaise a également indiqué à Reuters que les contacts entre les deux parties, via la Turquie, avaient commencé il y a environ deux mois. Reuters n’a pas pu confirmer le lieu exact de la réunion de septembre en Turquie, sa durée ni si d’autres réunions avaient déjà eu lieu auparavant ou depuis.
L'Iran absent
Le Hezbollah et le gouvernement syrien avaient déjà tous deux indiqué être ouverts à un dialogue. En juillet, le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad el-Chaibani, avait déclaré que Damas était ouvert à une rencontre avec le groupe. Un mois plus tard, le chef du Hezbollah, Naïm Kassem, avait affirmé lors d’une allocution télévisée que le groupe ne s’opposait pas à une rencontre avec la direction syrienne.
Ankara se présente comme un acteur régional majeur dans la reconstruction et la stabilisation de la Syrie. Sous la présidence de Tayyip Erdogan, la Turquie cherche également à s’ériger en facilitateur du dialogue régional et tient à renforcer la stabilité dans la région.
Selon trois des sources, c’est la Turquie, alliée clef d'Ahmad el-Chareh, qui a pris l’initiative de promouvoir la rencontre, soucieuse de s’impliquer directement dans ces efforts. Le grand absent des discussions est toutefois resté le principal soutien du Hezbollah, l’Iran. La source sécuritaire libanaise a précisé que le Hezbollah avait participé à la réunion avec l’aval de Téhéran, mais que l’Iran était déçu de ne pas avoir été un participant direct et que M. Chareh avait rejeté, pour l’instant, toute idée de liens directs avec l’Iran. Cette déception serait la principale raison pour laquelle aucun accord final n’a été trouvé et qu’aucune annonce n’a été faite au sujet de la réunion, selon la même source. La mission permanente de l’Iran à Genève n’a pas fait de commentaire dans l’immédiat.
Cet article est une traduction, réalisée par L'Orient-Le Jour, d'une dépêche publiée en anglais par l'agence Reuters.
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