«Froid et paix », dit la tradition islamique, en référence aux paroles de Dieu ordonnant au feu de refroidir pour épargner Abraham. Il a neigé, froid et paix. Sur les cendres encore tièdes des derniers bombardements, sur les corps encore ensevelis et la douleur des vivants. On voudrait sur cette neige graver un « merci » à la dimension de cette terre, un mot de la terre visible des cieux, pour ce cadeau du froid venu engourdir nos plaies pour un temps. L’horrible automne n’est pas si loin, où nous vivions au rythme des bombardements de l’armée israélienne et ses avis d’évacuation. Bien que le Hezbollah et son peuple aient été les initiateurs aveuglés de cette guerre pour rien, dans laquelle le Liban a essuyé des pertes difficiles à compenser, l’heure n’est ni aux fanfaronnades des uns ni aux ricanements des autres. Froid et paix. Il faudra du temps pour réparer ce qui peut l’être, et l’équation des compensations étrangères en contrepartie de concessions telles que la remise de tout l’arsenal du Hezbollah à l’armée libanaise s’annonce difficile à réaliser.
Déjà les débats sur la toxique plateforme X d’Elon Musk s’enveniment. Les uns narguent les membres de la formation chiite en leur rappelant qu’ils resteraient sans toit, et leurs enfants sans écoles, tant qu’ils ne céderaient pas leurs armes. Lesquels rétorquent que si c’est le cas, alors, le Liban tout entier sera sans toit et sans écoles. Il faudra du temps, si la détermination du tandem Aoun-Salam parvient à se maintenir, pour faire accepter aux habitants du Sud et de la banlieue sud cette nouvelle réalité : qu’ils ne peuvent plus faire pays à part. Si l’argent de la reconstruction leur parvient, ce sera par le biais de l’État et aucun autre canal. Ce sera au gouvernement d’attribuer les budgets et d’approuver le plan directeur. Il n’y aura pas, comme en 2006, de rentrées occultes réparties entre course à l’armement, salaires de militants et nouvelles barres d’habitations hébergeant les familles des élites du parti. Les voies syriennes sont devenues impénétrables pour le Hezbollah, non seulement en raison de la fuite des Assad et de l’instauration d’un nouveau régime sous autorité sunnite, mais surtout à cause de la cruauté dont a fait preuve ce parti vis-à-vis des civils syriens, lorsqu’il a envoyé ses combattants soutenir son allié déchu. La Syrie débarrassée de son tyran lui en tient plus que rancune, une haine profonde et tenace qui ne peut lui laisser espérer la moindre collaboration, encore moins l’indispensable utilisation de son territoire pour sa logistique. Il faudra du temps aux membres du Hezbollah, par-delà leur deuil qui ne fait que commencer en ce lendemain de funérailles de leur chef charismatique, Hassan Nasrallah, pour admettre que le chapitre de leur toute-puissance doit se fermer. Un aussi petit pays que le Liban ne peut survivre, phagocyté par une formation antagoniste de sa propre nature multiconfessionnelle et multiculturelle.
Pour autant, on ne peut nier l’argument des Libanais du Sud qui n’ont que trop souffert des agressions et des intentions expansionnistes d’Israël, selon lequel le Liban ne peut se permettre de rester faible face à l’une des armées les plus puissantes du monde. À l’heure où le président américain tente de faire tomber tous les tabous de la coexistence mondiale par le seul moyen de discours extrêmes qui finissent par atteindre des oreilles complaisantes et même séduire quelques enragés, on ne peut, avec notre vulnérabilité structurelle, que s’inquiéter de ce qui pourrait arriver s’il prenait à Israël de nous annexer. Les moyens de l’armée libanaise ne lui permettent pas, ou peut-être pas encore, de refouler un tel envahisseur. Il ne s’agit plus d’hommes, ni d’honneur, ni de patriotisme, ni de courage, mais purement et simplement de technologies avancées qui confronteraient nos militaires à des robots, chair contre métal, âmes contre intelligence artificielle.
Et au fond, c’est peut-être simplement par l’intelligence humaine que ce pays peut être protégé, sinon sauvé. Intelligence relationnelle, intelligence diplomatique, intelligence du dialogue. Le Liban est attendu, au regard de la qualité de ses capacités humaines, sur le plan du développement économique et culturel. L’élan qu’il connaît aujourd’hui laisse présager du meilleur. Froid et paix, mais le feu n’est jamais loin qui invite à la vigilance.


Peut être que les partisans du HB n’ont pas demandé à être délogés et sacrifiés, mais ils ont grandement participé à encourager leur leader, imbu de sa personne avec un ego démesuré, à les détruire n lui adressant des slogans irréfléchis, BI ROUH BI DAM… Et comme si leur malheur ne leur suffisait pas, et alors qu’ils sont humiliés, endeuillés et sans abri, ils renouvellent leurs vœux auprès de ses successeurs comme une invitation pour les encourager à les achever.
11 h 50, le 27 février 2025