Après presque 100 ans d’existence, le Liban lutte toujours pour trouver une formule pour sa survie. Notre Constitution a été rédigée en 1923 et notre indépendance a été obtenue en 1943. Pourtant, malgré les premiers succès des 30 premières années de notre expédition durant lesquelles nous étions « le joyau de l’Orient » et la « Suisse du Moyen-Orient », notre parcours semble progressivement chuter dans les profondeurs de l’oubli ou, mieux encore, en enfer, comme l’avait prédit l’un de nos présidents.
De nombreux Libanais ont exprimé leur inquiétude quant à l’échec de leur pays dans sa tentative de construire un État. Gebran Khalil Gebran faisait partie de ces voix. Avec d’autres militants de la diaspora, il avait porté le drapeau du soulèvement en prêchant un État non religieux, l’abolition du système féodal, la liberté pour tous et l’égalité des femmes. Amin Maalouf, lui, est arrivé à une conclusion plus simple en déclarant que le problème du Liban était complexe dans une région très compliquée. J’ajouterai également qu’il se produit à une « époque compliquée ». En effet, de nombreux facteurs semblent avoir contribué aux difficultés actuelles qui entravent le progrès du Liban. Certains sont liés à la terre et au peuple, et d’autres sont alimentés par des facteurs externes.
Le Liban n’ayant pas de manuel d’histoire officiellement approuvé dans ses écoles, il serait utile de replonger dans l’histoire de notre pays, mentionné quelque 65 fois dans l’Ancien et le Nouveau Testament. Je n’utiliserai pas le mot Liban pour éviter de susciter des discussions animées sur ses alliances, ses aspirations et son véritable ADN. Sommes-nous des Arabes, des Phéniciens, des Occidentaux ? Dans le monde, le Liban s’apparenterait tout simplement à un beau lieu ne dépassant pas les 10 452 kilomètres carrés, avec des paysages captivants, des collines pointues, des vallées abruptes et des montagnes qui bordent les eaux bleues de la Méditerranée à moins d’une heure de route. Les Phéniciens, eux, habitaient les villes côtières de Byblos, Tyr, Sidon et Beyrouth. Ils étaient des négociateurs marchands, toujours en mer, construisant de grandes villes et répandant à la fois leurs marchandises et leur alphabet nouvellement découvert. Souvent, on les qualifiait d’experts en propositions déraisonnables en raison de leurs capacités de négociation. Et à cause de leurs déplacements constants, ils n’avaient aucune notion de gouvernement et les nombreuses villes mentionnées ci-dessus ont réussi à avoir leurs petites guerres. Avec les persécutions religieuses qui ont marqué plus tard l’Empire ottoman, toutes les minorités cherchaient un refuge sûr et un protecteur.
Sur ce beau coin de terre, le concept de nation a été lancé par les maronites, secte chrétienne qui suivait l’enseignement de son patron, saint Maron, qui avait lui-même trouvé au Mont-Liban un excellent refuge. Les maronites ont migré du nord de la Syrie au VIIe siècle. Au XIe siècle, les druzes, autre forte minorité, sont entrés au Mont-Liban. Les deux colons ont eu leur moment de paix et de guerre pendant plusieurs années. Après l’indépendance de la Syrie voisine, un grand nombre de musulmans sunnites se sont installés, modifiant ainsi l’équilibre entre les différentes minorités religieuses. Les maronites ont cherché la protection de la France et du Vatican tandis que d’autres minorités (sunnites, chrétiennes, orthodoxes, arméniennes) ont choisi chacune leur propre défenseur (russe, britannique, arabe, etc.). En 1943, 18 minorités religieuses coexistaient déjà, toutes liées par un consensus fragile appelé le pacte national, stipulant que même si le Liban était un pays arabe, il était neutre dans sa politique étrangère. Il ne s’unirait pas à la Syrie et ne s’alignerait pas sur la France.
Ce n’est un secret pour personne que notre Liban a connu des moments difficiles au cours de son histoire, presque depuis l’époque biblique. En raison de sa beauté et de la nature particulière de son peuple, notre pays a été continuellement envahi. Citons-les : les Égyptiens, les Grecs, les Assyriens, les Juifs, les Turcs et tant d’autres. L’histoire récente depuis l’indépendance n’a pas non plus été pacifique. En 1958, Gamal Abdel Nasser a voulu unifier le monde arabe et nous avons subi notre premier bouleversement régional. Nous avons ensuite subi la guerre civile alimentée par les réfugiés palestiniens de 1975 à 1990, puis la tutelle de la Syrie et plus récemment celle de l’Iran par le biais du Hezbollah.
Malgré tout cela, nous avons réussi à survivre. Les Libanais sont restés très attachés à leur patrie, notamment grâce à une diaspora solide comptant entre 12 et 14 millions de personnes, contre seulement 4 millions au pays. En quelque sorte, les maronites, les Phéniciens et les différents groupes minoritaires peuvent être considérés comme le noyau de la mondialisation. Mais, à l’heure actuelle, nous sommes confrontés à une menace plus grave qui pèse sur notre existence et nous, les Libanais de la diaspora, devons jouer un rôle plus important dans le salut de ce pays, afin que nous puissions accomplir le message de coexistence pacifique de toutes les composantes de notre société. Heureusement, les outils de notre salut sont entre nos mains et peuvent constituer aujourd’hui les composantes d’un soulèvement pacifique. Si nous devons d’abord croire fortement en cette terre, en son message, nous devons instaurer les bases d’un pays moderne avec un sens civique. Cela s’apprêterait simplement à payer nos impôts par exemple, respecter le code de la route, lutter contre la corruption ou encore comprendre que le gouvernement n’est pas une ferme à exploiter en permanence. Il est également grand temps d’adopter la politique de neutralité, de séparer la religion de la politique, de chercher justice pour toutes les communautés et d’entamer une révolution au niveau de l’esprit.
Aujourd’hui, il est temps d’agir. Sinon, notre rêve, notre pays disparaîtront. Nous avons besoin d’engagement et de leadership. Et avec la conjoncture actuelle, l’espoir est là. Saisissons-le.
Falah B. MAROUN
St John’s, Terre-Neuve, Canada
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Excellent. Si le Liban reste à la croisée des chemins, les Libanais qui ne le supportent pas se barrent et s'adaptent immédiatement aux pays normaux qui les accueillent. Le drame du Liban est que la plupart des Libanais voudraient que leurs enfants se barrent vers des pays normaux mais que, pour diverses raisons dont forcément une certaine hypocrisie générale, le Liban n'imite pas servilement les pays normaux dont les Libanais rêvent. Pourtant, dans des domaines particuliers, comme la médecine, les Libanais exigent une imitation servile des pays qui fonctionnent. Hypocrisie, oui, certainement.
09 h 07, le 24 février 2025