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Hassan Nasrallah guide ses funérailles

L’opération était baptisée « Nouvel Ordre ». Tout Beyrouth avait tremblé, le 27 septembre 2024, au déclin d’un après-midi déjà lourd d’inquiétude, lorsqu’une charge subite de F15 israéliens avait rugi dans le ciel de la ville, larguant aussitôt 85 bombes de 900 kilos sur le quartier général du Hezbollah dans la banlieue sud. Dans cette installation souterraine, on dit que Nasrallah avait une chambre privée, un lit, un coin de prière. Son fils aîné Jawad témoigne que, peu de temps avant son élimination, le chef du Hezbollah avait fait ses adieux à son épouse, lui annonçant qu’ils ne se verraient plus. Au lendemain de l’explosion simultanée de milliers de bipeurs entre les mains des partisans, provoquée à distance par l’armée israélienne, il avait conclu son dernier discours, refusant les adieux qui contredisent la foi, par un « au revoir » avec les aimés, les martyrs et les prédécesseurs. Aucun de ses partisans n’avait voulu comprendre qu’il annonçait ainsi son départ. Nasrallah se savait condamné, mais cette éventualité n’était même pas concevable pour un public dont l’âme était attachée à son âme.

Nasrallah faisait régulièrement des apparitions solennelles sur le petit écran, annoncées à l’avance et souvent accueillies par des tirs festifs qui ne manquaient pas de faire des victimes, surtout parmi les enfants. Ses gestes étudiés, les nuances de son sourire, de l’affable au carnassier, l’intonation feutrée de sa voix qui montait dans les aigus quand ses propos se faisaient menaçants, son index qu’il tenait levé tel l’Auguste de Prima Porta immortalisé dans le marbre… Tout cela lui attirait non pas la ferveur mais l’amour ardent de ses partisans. Les autres oscillaient entre l’agacement et la peur. L’annonce de sa mort a laissé le peuple du Hezbollah incrédule. Depuis ce funeste 27 septembre, les « producteurs de contenus » se succèdent sur les tribunes digitales pour jurer leurs grands dieux qu’il est vivant, gardé à l’abri quelque part et qu’il dirige la « résistance » par des voies occultes. Ils disent qu’il n’est pas plausible qu’un tel immortel meure de la sorte, sous des bombes israéliennes. La fille de Nasrallah a témoigné. Elle a dit qu’une telle mort était le vœu le plus cher de son père. Qu’il n’aurait jamais toléré mourir dans son lit d’une mort quelconque. Et qu’il a été exaucé. Dans les premiers temps qui ont suivi l’élimination de l’ancien chef du Hezbollah, des légendes ont couru. Un secouriste a juré avoir vu son corps intact, à ses côtés un camarade mort d’avoir tenté de le réanimer à l’aide de son propre masque à oxygène, se sacrifiant pour que le maître vive. Jawad Nasrallah martèle qu’il a vu son corps lors de la toilette funèbre. Avec cela, nombreux sont encore ceux qui croient qu’il s’agit de subterfuges pour le protéger.

Les funérailles populaires sont enfin annoncées ce dimanche. Hassan Nasrallah y sera enfin présent, d’une certaine manière, après une trop longue absence. Malgré tout, on ressent une frilosité tout humaine à se joindre à cette foule dont chaque famille compte, depuis l’entrée en guerre du Hezbollah contre Israël en soutien à Gaza le 8 octobre 2024, ses propres victimes et martyrs. Mais les machines médiatiques du parti sont à l’œuvre, publiant des leitmotivs imparables : « Qu’il pleuve, nous y serons, qu’il neige, nous y serons, que les avions américains nous bombardent, nous y serons, que les martiens attaquent, nous y serons. » Certains invitent à se rendre sur place la veille, quitte à dormir sur la route de l’aéroport. « Se munir de couches et de lait pour les enfants, de collations légères, d’oxygène pour les personnes âgées et même d’un litre d’essence pour secourir les motards à sec. Éviter les produits boycottés » : des recommandations qui donnent froid dans le dos, rien qu’à imaginer le chaos possible et la souffrance que tout cela pourrait occasionner aux plus vulnérables. Malgré tout, il faut que ces funérailles aient lieu. Il faut que ce deuil commence pour que le Hezbollah, frustré par sa mésaventure, ouvre enfin un chapitre dépassionné. Certes, ce n’est pas le premier chef charismatique que perd la formation dédiée à la répétition de Karbala où Hussein dont elle se réclame fut décapité par l’Omeyyade Yazid, en 680. Le deuil de Nasrallah aura-t-il le pouvoir de ramener sa communauté à la vie et aux temps présents, ou du moins lui en offrir le choix ?

L’opération était baptisée « Nouvel Ordre ». Tout Beyrouth avait tremblé, le 27 septembre 2024, au déclin d’un après-midi déjà lourd d’inquiétude, lorsqu’une charge subite de F15 israéliens avait rugi dans le ciel de la ville, larguant aussitôt 85 bombes de 900 kilos sur le quartier général du Hezbollah dans la banlieue sud. Dans cette installation souterraine, on dit que Nasrallah avait une chambre privée, un lit, un coin de prière. Son fils aîné Jawad témoigne que, peu de temps avant son élimination, le chef du Hezbollah avait fait ses adieux à son épouse, lui annonçant qu’ils ne se verraient plus. Au lendemain de l’explosion simultanée de milliers de bipeurs entre les mains des partisans, provoquée à distance par l’armée israélienne, il avait conclu son dernier discours, refusant...
commentaires (1)

tant mieux s'ils y assistent par centaines de milliers. Pt't que cela les rendra plus sereins apres, ET qu'ils se retourneront contre les responsables de leurs malheurs

L’acidulé

10 h 21, le 20 février 2025

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Commentaires (1)

  • tant mieux s'ils y assistent par centaines de milliers. Pt't que cela les rendra plus sereins apres, ET qu'ils se retourneront contre les responsables de leurs malheurs

    L’acidulé

    10 h 21, le 20 février 2025

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