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Jus de crânes en cocktail

Qui dit sommet vise évidemment au plus haut. De fait, c’est un fort extraordinaire jamboree de têtes pensantes qui vient de se réunir à Paris. Les 1 500 participants ont planché sur les prometteuses perspectives de progrès qu’offre l’intelligence artificielle, mais aussi sur les pièges fatals qu’elle peut receler. Ont été largement abordés les divers aspects politique, économique, technique, moral – et même parfois métaphysique – de la question.

De cette maxi-conférence il apparaît que l’Europe, qui prépare déjà sa parade à la guerre commerciale tous azimuts déclarée par Donald Trump, est volontiers partante dans la course à la maîtrise de l’IA menée par les géants américain et chinois. C’est une fois de plus l’hôte français de ce sommet qui se veut la locomotive du Vieux Continent en prônant une IA inclusive et éthique. Non sans une pointe de défi à l’Amérique (énergie de source nucléaire plutôt que polluants pétrole et dérivés), Emmanuel Macron a ainsi exhibé un tour de table de plus de cent milliards d’euros en investissements privés pour accélérer la mise en place des infrastructures adéquates. De fait, l’Union européenne ne tardait pas à suivre en dévoilant un plan de 200 milliards. Voilà, sur le papier du moins, de quoi faire le poids avec les 500 milliards de dollars déjà alignés par une Amérique livrée au boulimique appétit d’Elon Musk ; une Amérique qui par la bouche du vice-président JD Vance a exclu toute velléité de régulation d’un juteux marché en pleine explosion.

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C’est dire que tout le prestigieux gratin politique, scientifique et philosophique réuni à Paris a échoué à faire barrage aux terrifiantes dérives empoisonnant non plus l’atmosphère cette fois, mais un web planétaire qui s’est approprié l’air du temps. Il faut s’y faire hélas : une IA sans plus d’atteintes à la vie privée, sans infox, sans deepfakes, sans ces ignobles pornfakes qui ciblent surtout les célébrités de sexe féminin, une IA enfin bridée, corsetée par l’éthique, ce n’est pas encore pour demain.

Mais sautons de sommet à sommet, même si celui-ci n’est encore que virtuel puisqu’il s’agit de la réunion des rois et chefs d’État arabes projetée au Caire. Convoquée dans un climat de fièvre, sinon de panique, cette conférence est explicitement qualifiée d’urgente. Pourtant, et comme pour rappeler l’indolent et fataliste boukra (demain) cher aux diplomaties arabes, elle n’aura lieu que le 27 courant, soit dans une bonne quinzaine de jours ! Toujours est-il que ces assises auront pour principal objet (elles peuvent toujours essayer !) de décoder les éclairs fusant en rafale d’une intelligence des plus singulières dont les ahurissants délires n’ont rien d’artificiel : celle de l’omniprésent Donald Trump.

Car sourd à la vague d’indignation mondiale qu’ont soulevé ses fantasmagoriques projets, le président des États-Unis s’obstine à vouloir acheter et posséder la bande de Gaza et à reloger ailleurs ses deux millions d’habitants. Il rêve de tours Trump, de paradis balnéaires et de casinos de style Atlantic City ou Las Vegas sur cette terre recuite par les bombes, mais seulement une fois nettoyée des Gazaouis. Le chef de la Maison-Blanche menace de couper les vivres à l’Égypte et à la Jordanie si ces deux pays persistent dans leur refus de s’associer à aussi révoltant transfert de population. Et comme si près de 50 000 morts n’était pas encore assez, il menace aussi Gaza de toutes les flammes de ce même enfer que n’a cessé d’endurer, de longs mois durant, le territoire martyr, si le Hamas tarde à libérer les otages qu’il détient. L’enfer, c’est évidemment l’acolyte israélien qui s’en charge, qui chauffe la chaudière, qui envoie des renforts à Gaza ; et c’est Netanyahu, lui-même estomaqué un moment par la lubie de l’Américain, qui s’empresse désormais d’exploiter le filon en vantant les mérites de ce sinistre conte de la folie extraordinaire.

Où donc s’arrêtera Donald Trump qui évoque soudain la possibilité de voir un jour l’Ukraine devenir russe ? Par quelle outrecuidance un conseiller du même Trump peut-il recommander au pape, qui critiquait les expulsions de migrants, de se concentrer sur l’Église et de laisser les Américains s’occuper de leurs frontières ? Même la plus perfectionnée des intelligences artificielles aurait bien du mal à répondre.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

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