Personne ne regrettera la Syrie du général Assad qui, avec les affreux Khmers rouges, l’horrible Somoza et le monstrueux Duvalier, restera comme une des rares dictatures qui ne fera sûrement pas de nostalgiques. Le régime que le général Assad a installé quelque cinq décennies auparavant, par un coup d’état pompeusement baptisé mouvement correctionnel, rentrera dans l’histoire comme l’un des régimes les plus brutaux… et le fils vaudra le père. L’abattoir de Saydnaya percera sous le bagne de Tadmor et les moukhabarat continueront à être non seulement une terrifiante machine de surveillance mais aussi un effrayant appareil de répression et de torture institutionnalisé. Tout un univers de brutalité, de souffrances, de vies brisées et de larmes.
Un État de terreur ou plutôt, selon l’expression chère à Michel Seurat, un État de barbarie. Cet abominable régime, désormais déchu, ne suscite aucun regret. Pas même chez ceux qui, pendant des décennies, ont été ses plus fervents « collaborateurs » au Liban. Ces laquais libanais, qui ont passé des années à flatter, servir et aduler les officiers syriens, se sont transformés en critiques acerbes de ce régime dès qu’il s’est effondré. Hier encore, ils se tenaient courbés devant les responsables et militaires syriens, offrant leur loyauté et leur honneur en échange de privilèges et de miettes de pouvoir. Aujourd’hui, ils dénoncent sans vergogne « celui » qu’ils ont toujours servi et se repositionnent en critiques virulents de celui qui fut le maître incontesté de Damas mais aussi de Beyrouth, Judas aurait été aux anges.
Ce phénomène intrigue et dérange à la fois car ces figures, autrefois défenseurs zélés de la présence syrienne au Liban ou bénéficiaires de sa tutelle, s’expriment désormais dans des tribunes publiques ou lors d’interviews télévisées en tant que censeurs et se permettent éhontément « de brûler ce qu’ils ont adoré » ; ces retournements de veste sont une insulte non seulement à la mémoire des victimes mais aussi à l’intelligence des survivants car, pendant que des Libanais, ces mêmes Libanais, sirotaient un café dans le confortable et lumineux bureau du proconsul syrien au Beaurivage ou parlaient chasse en arpentant les couloirs glacés de Anjar, d’autres Libanais étaient torturés dans les chambres « à côté ».
Il ne faut pas se voiler la face maintenant que le monstre est à terre, des Libanais ont collaboré avec la Syrie baassiste ; par besoin ou par intérêt, par conviction ou parce qu’ils en ont reçu l’ordre, conduits par des motifs allant de la cupidité effrénée et de la volonté de puissance à la foi dans la nécessité pour le Liban de collaborer avec la Syrie, ces Libanais qui aujourd’hui sont en train de se réinventer une virginité politique ont jadis apporté leur contribution à l’installation de cette terrifiante chape de plomb qui a recouvert le pays d’une nuit de trente ans et, jusqu’à hier, n’ont pas tari d’éloges à l’égard de leur maître à Damas. Une vérité que, sans doute, beaucoup de Libanais voudraient bien taire ou oublier… Mais moi, ce texte, je me devais de l’écrire.
Eddy TOHMÉ
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17 h 28, le 21 décembre 2024