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Chute du régime Assad : notre dossier spécial - Repère

Les espoirs déçus pour ces cinq disparus en Syrie

Samir Kassab, Boulos Yazigi, Youhanna Brahim, Austin Tice ou le soldat Batour, retour sur ces noms de disparus qui circulent après la chute de Bachar el-Assad. 

Les espoirs déçus pour ces cinq disparus en Syrie

Samir Kassab, cameraman libanais disparu en 2013 en Syrie. Photo Ramzan Hamdan, tirée du site du Comité pour la protection des journalistes (CPJ)

Parmi les 100 000 personnes disparues depuis le déclenchement de la guerre civile en 2011 en Syrie, selon le Réseau syrien pour les droits de l’homme (SNHR), certains ont immédiatement fait l’objet d’une médiatisation internationale, le plus souvent parce qu’il s’agissait d’étrangers, de journalistes ou d’hommes de religion. C’était le cas lors de l’enlèvement du journaliste britannique John Cantlie le 22 novembre 2012, ou du prêtre jésuite Paolo Dall’Oglio en juillet 2013, tous deux par le groupe terroriste État islamique (EI). Ils sont à ce jour portés disparus, et leurs noms ont refait surface depuis la chute du régime de Bachar el-Assad, le 8 décembre.

D’autres noms connus, qui auraient été enlevés par ce même régime, font l’objet en ce moment de recherches approfondies sur le terrain, alors que la libération des détenus dans les prisons d’Assad par les groupes rebelles suscitent l’espoir de les retrouver. Cependant, la perspective de leur libération alimente souvent de fausses rumeurs, par précipitation ou instrumentalisation politique. Tour d’horizon de ces figures dont aucune n’a pour le moment été retrouvée.

Samir Kassab 

Samir Kassab. Photo Ramzan Hamdan, tirée du site du Comité pour la protection des journalistes (CPJ)

Cameraman libanais porté disparu le 15 octobre 2013 alors qu’il était en reportage près de la ville d’Alep, dans le nord de la Syrie, son nom circule massivement au Liban depuis la chute de Bachar el-Assad, tandis que sa famille n’a cessé de demander des réponses au fil des années

Un communiqué publié sur X par les Forces libanaises (FL) jeudi dernier demandait à l’État libanais de « prendre ses responsabilités ». Le ministre sortant de l’Information Ziad Makary a promis samedi pour sa part de « suivre ce dossier de manière urgente et sérieuse ».

C’est en réalité toute une équipe de la chaîne de télévision britannique Sky News Arabia qui avait été enlevée ce jour-là : Samir Kassab, mais aussi le journaliste mauritanien Ishak Moctar et le conducteur syrien Adnan Ajaj. Surtout, ils étaient jusque-là considérés comme enlevés par l’EI, même si leur sort n’a jamais été éclairci. Des informations non confirmées affirmaient en 2016 qu’ils étaient vivants, détenus à Raqqa, ancienne capitale du groupe jihadiste, tandis que la chaîne libanaise LBCI annonçait en avril 2019 leur décès, sans en apporter la preuve mais sans remettre en cause le fait qu’ils avaient été probablement enlevés par des membres de l’organisation terroriste. 

Boulos Yazigi et Youhanna Ibrahim

Les archevêques d’Alep disparus, Youhanna Ibrahim et Boulos Yazigi. Photo ANI

Le 12 décembre, le patriarcat grec-orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient démentait, dans un communiqué, les informations circulant sur les réseaux sociaux selon lesquelles l’archevêque grec-orthodoxe d’Alep Boulos Yazigi avait été retrouvé vivant, soulignant que « l’Église d’Antioche continue de prier et d’agir, plaçant cette affaire au premier rang de ses priorités ». 

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Mgr Boulos Yazigi, évêque grec-orthodoxe d’Alep, et Mgr Youhanna Ibrahim, métropolite syrien-orthodoxe de la ville, avaient été kidnappés le 22 avril 2013 à Kfar Daël, dans la province d’Alep. L’enquête inédite de L’Orient-le Jour avait révélé les dessous de cet enlèvement tragique, instrumentalisé par le régime Assad pendant des années. Jouant des violences interconfessionnelles, se dressant comme le défenseur de la communauté chrétienne, le régime avait d’abord accusé un « groupe terroriste » d’avoir enlevé les deux évêques, puis avait affirmé qu’ils avaient été tués en décembre 2016 par un groupe rebelle islamiste, dans le but de les contraindre à se convertir à l’islam, dans une version largement relayée en 2020. 

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En réalité, Mgr Youhanna Ibrahim, pressenti pour devenir le prochain patriarche des syriens-orthodoxes, était devenu la cible du régime en 2013. Son tort ? Comme des milliers d’autres Syriens, celui d’avoir ouvertement critiqué le pouvoir de Bachar el-Assad, dénonçant un « bain de sang » perpétré par le régime le 24 octobre 2012 et affirmant lors d’un entretien à la BBC en arabe le 13 avril 2013 que la « la situation en Syrie est différente de celle en Irak, (...) la survie des chrétiens syriens n’est pas liée à la survie du régime du président Bachar el-Assad ». Deux jours plus tard, il est capturé avec Mgr Boulos Yazigi, qui se trouvait par hasard en voiture avec lui au moment de l’enlèvement. Des sources concordantes interrogées par notre journal lors de l’enquête permettaient d’affirmer qu’ils avaient été tués, il y a « déjà bien des années ».

Austin Tice et Travis Timmerman 

Debra Tice, la mère du journaliste américain Austin Tice, montre une photo de son fils enlevé en Syrie, lors d'une conférence de presse à Beyrouth, le 20 juillet 2017. Joseph Eid/Archives AFP

C’est l’histoire d’une confusion et d’un espoir une nouvelle fois déçu. Austin Tice, journaliste américain travaillant notamment pour le Washington Post et l’AFP, avait été kidnappé en Syrie le 14 août 2012 par des hommes armés non identifiés, tandis qu’il couvrait la guerre dans le sud de Damas. Depuis, son enlèvement n’a été revendiqué par aucune organisation et la seule preuve de vie remonte à septembre de la même année, où une vidéo tentait de le présenter comme ayant été enlevé par des talibans. Tandis que le gouvernement américain promettait en 2018 une récompense d’un million de dollars pour toute information concernant son ressortissant, le président Joe Biden avait accusé en 2022 pour la première fois « avec certitude » le « régime syrien » de détenir le journaliste dans ses geôles à Damas, ce que le ministère syrien des Affaires étrangères avait alors démenti.

L’Américain Travis Timmerman, le 12 décembre 2024 en Syrie. Abdulaziz Ketaz/AFP

Pendant un court moment, on a cru que des groupes rebelles avaient retrouvé Austin Tice le 12 décembre, errant pieds nus dans la banlieue de Damas après que les portes d’un centre de détention à Damas ont été ouvertes. Il s’agissait en réalité de Travis Timmerman, citoyen américain de 29 ans, porté disparu à Budapest en juin dernier. La Maison-Blanche a reconnu n’avoir eu aucune indication préalable qu’il se trouvait en Syrie ou qu’il avait été capturé. Il a déclaré aux médias américains qu’il se trouvait en « pèlerinage religieux » lorsqu’il a traversé la frontière syrienne depuis le Liban avant son emprisonnement, selon l’agence AP.

Les nouvelles autorités syriennes ont dit vouloir coopérer avec l’administration américaine pour la recherche de citoyens américains portés disparus.

Le soldat libanais Batour 

Image du patient que l’on pensait être le soldat libanais Batour. Photo ANI

Un autre espoir déçu là aussi. L’Agence nationale d’information (ANI, officielle) avait rapporté le 13 décembre qu’un détenu de la prison de Saydnaya, qu’une famille jordanienne avait à tort ramené en Jordanie en le prenant pour son fils, pourrait être Sayed Chahid Batour, un soldat libanais originaire de Zghorta, au Liban-Nord, disparu en 1990. Il faisait partie de la liste de noms de soldats libanais portés disparus depuis le 13 octobre 1990 publiée le 8 décembre 2000 par le bureau de l’ex-chef de l’armée et ancien président Michel Aoun. Finalement, des tests ADN effectués ce samedi se sont avérés négatifs, nous ont rapporté un moukhtar de Zghorta et la famille du disparu, qui poursuit ses recherches.

Parmi les 100 000 personnes disparues depuis le déclenchement de la guerre civile en 2011 en Syrie, selon le Réseau syrien pour les droits de l’homme (SNHR), certains ont immédiatement fait l’objet d’une médiatisation internationale, le plus souvent parce qu’il s’agissait d’étrangers, de journalistes ou d’hommes de religion. C’était le cas lors de l’enlèvement du journaliste britannique John Cantlie le 22 novembre 2012, ou du prêtre jésuite Paolo Dall’Oglio en juillet 2013, tous deux par le groupe terroriste État islamique (EI). Ils sont à ce jour portés disparus, et leurs noms ont refait surface depuis la chute du régime de Bachar el-Assad, le 8 décembre.D’autres noms connus, qui auraient été enlevés par ce même régime, font l’objet en ce moment de recherches approfondies sur le terrain, alors...
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