Rentrer au Liban pour Noël était chaque année une source de bonheur profond. Mes valises étaient toujours trop lourdes, remplies de cadeaux pour mes proches. Et chaque fois, je suppliais le guichetier de l’aéroport de ne pas me faire payer le surpoids, lui expliquant que mes bagages étaient remplis d’amour, de souvenirs et de joie à offrir.
Ce moment où l’on se retrouvait tous autour du sapin, peu importe d’où l’on venait dans le monde, était magique. Ces retrouvailles, uniques à chaque fois, rendaient Noël hors du temps, empli d’amour et de complicité.
Comme chaque année, le sapin de Noël dans notre maison au Liban devenait bien plus qu’un simple décor ; il était le témoin de nos liens, mais aussi le porteur de notre mémoire.
Nous avions cette tradition d’accrocher les photos des êtres chers qui nous manquaient afin qu’ils continuent d’exister dans ces moments précieux. Les photos de ma teta et de mon jeddo trônaient fièrement parmi les branches, symbolisant le fait que Noël n’était jamais vraiment complet sans eux.
Cette année, cependant, avec la distance imposée par la guerre, le sapin et ces photos ont un goût amer.
Chaque branche, chaque ornement portent en eux un souvenir, un éclat d’amour et de joie. Pourtant, cette année, le sapin me semble un peu plus silencieux, un peu plus vide sans la présence des proches autour de lui.
Cette année, il n’y a pas que moi qui ne pourrai pas rentrer. Beaucoup de gens, amis, familles, qui habituellement se retrouvent au Liban pour ces moments magiques, ne pourront pas être là non plus.
Imaginons les sapins dans les maisons au Liban, cette année, remplis de photos de ceux qui n’ont pas pu revenir. Les branches, d’ordinaire décorées de guirlandes et de boules scintillantes, seront désormais chargées de visages absents, de sourires qui manquent.
Ces photos ne racontent pas seulement des histoires de distance et d’absence, elles sont aussi le reflet d’une résilience partagée, d’un amour qui traverse les kilomètres. Et malgré tout, à travers chaque image accrochée, ces proches resteront proches de nous, près de notre cœur, dans ces moments si précieux, même s’ils ne sont pas là physiquement.
Le sapin semble cette année être une vitrine émouvante de tous ceux qui manquent à l’appel.
La guerre nous empêche de rentrer, de retrouver nos familles et de revivre ces instants qui ont toujours marqué cette période de l’année.
Mais malgré tout, et même à des milliers de kilomètres, je ressens cette force qui nous pousse à continuer d’aimer, d’espérer et de croire que, bientôt, nous serons réunis à nouveau.
Et malgré la douleur de cette séparation, je sais que l’amour et la résilience de ma famille traversent la distance et me portent, tout comme elles portent le Liban.
Ce sapin sans vous, cette année, devient le symbole de tout ce qui nous unit malgré la distance, de tout ce que nous partageons, même éloignés. Et à travers ces visages accrochés, je sais que Noël, bien que différent, restera un moment de rassemblement, d’espoir et de tendresse, où que nous soyons.
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