Le frontispice du siège de la BDL, quartier Hamra à Beyrouth. Photo João Sousa
Pour le troisième mois d’affilée, la Banque du Liban (BDL) a demandé aux établissements bancaires de verser à leurs clients qui bénéficient des mécanismes de retrait mis en place par les circulaires principales n°s 158 et 166, des montants supérieurs à ceux prévus initialement, équivalents à deux retraits mensuels pour le mois de décembre.
Cette mesure exceptionnelle, mise en place grâce aux circulaires intermédiaires n°s 717 et 718 est similaire à celle adoptée pour le mois de novembre et reste inférieure à celle d’octobre, alors que la BDL avait permis le retrait de l’équivalent de trois mensualités. Tout comme les deux mois précédents, le gouverneur par intérim de la BDL, Wassim Manssouri, justifie cette décision approuvée mardi par son conseil central, par les « conditions d’urgence que connaît le pays ». Le communiqué mentionne par la suite que les mécanismes de ces deux textes seront à nouveau appliqués normalement en janvier.
Dans son communiqué, la BDL précise en plus que les bénéficiaires de l’un de ces deux mécanismes pourraient profiter de l’autre, une fois qu’ils ne bénéficient plus de premier, « sans devoir attendre la fin du cycle annuel », prévu pour juin. D’un autre côté, la banque centrale prévoit aussi dans ses deux circulaires intermédiaires d’augmenter les plafonds annuels de retrait, de sorte à tenir compte des mensualités supplémentaires remboursées entre octobre et décembre.
Faire face à la crise bancaire
Applicables jusqu’à juin 2025, les circulaires n°s 158 et 166 ont institué deux des mécanismes émis par la BDL depuis le début de la crise bancaire qui a éclaté il y a cinq ans, afin de compenser partiellement les effets des restrictions appliquées illégalement sur les comptes ouverts et approvisionnés avant fin 2019.
La circulaire n° 158, émise le 8 juin 2021, autorise des retraits en dollars « frais » sur les comptes bancaires en devises ouverts avant le 30 octobre 2019, considérés désormais comme des « comptes en lollars ». Ce mécanisme a déjà été renouvelé trois fois. Les déposants qui avaient adhéré à la circulaire avant le 30 juin 2023 pouvaient retirer 400 dollars par mois (jusqu’à 4 800 dollars par an et un total de 50 000 dollars), contre 300 pour ceux qui ont choisi de bénéficier de la circulaire après le 1er juillet 2023, jusqu’à 3 600 dollars par an.
La circulaire n° 166 du 3 février 2024 permet aux déposants éligibles – ceux qui ne profitent pas de la circulaire n°158 – de retirer 150 dollars « frais » par mois (jusqu’à une limite totale de 4 350 dollars) de leurs comptes bancaires libellés en « lollars », et sur des sommes déposées entre le 31 octobre 2019 et le 30 juin 2023. Celle-ci a remplacé une autre circulaire (n° 151 en vigueur d’avril 2020 à décembre 2023) qui n’autorisait que de petits retraits en livres libanaises à un taux de change bien inférieur à celui du marché.
Concrètement, les bénéficiaires de la circulaire n° 158 qui avaient adhéré à la circulaire avant le 30 juin 2023 ont donc en théorie pu retirer 1 200 dollars d’un coup en octobre suite à la première dérogation mise en place, 800 dollars après la seconde et sont éligibles pour en obtenir 800 de plus en décembre. Les bénéficiaires du même mécanisme qui ont adhéré après le 30 juin 2023 ont pu retirer 900 dollars en octobre, 600 dollars en novembre et pourront en retirer 600 de plus en décembre. Enfin, les bénéficiaires de la circulaire n° 166 ont pu retirer 450 dollars d’un coup en octobre et 300 dollars en novembre, et pourront en retirer 300 en décembre.
Par conséquent, les réserves en devises de la Banque du Liban ont baissé de 468 millions de dollars entre fin septembre et mi-novembre, pour tomber à 10,19 milliards de dollars, en partie à cause de ces mensualités supplémentaires, mais aussi à cause de l’escalade des affrontements militaires entre le Hezbollah et Israël.



