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Quatre (ou cinq) scénarios pour le Liban


La guerre est toujours là. Parfois omniprésente, parfois faussement distante. Elle peut tout dévorer en un instant. Puis nous donner le sentiment, l’instant suivant, que l’on peut vivre « normalement » à ses côtés. C’est une illusion. La guerre est une ombre dont on ne se libère pas. Elle gagne du terrain, chaque jour un peu plus, s’invite dans nos têtes, puis creuse en profondeur pour y laisser sa marque et pour ne plus jamais s’en aller.

Elle prend de la place. Beaucoup trop de place. En particulier ces derniers jours. Il n’y a plus de répit. Israël frappe de jour comme de nuit. La banlieue comme Beyrouth. Parfois la mort prévient. Parfois non. Les douleurs s’amoncellent. Les débris aussi. Le Liban disparaît. Mais sans même en avoir conscience. Jusqu’à quand ?

Nabih Berry est optimiste. Les diplomates occidentaux pensent également qu’un accord est possible. Il impliquerait que le Hezbollah se retire au nord du Litani, qu’Israël en fasse de même au Liban-Sud et que l’armée s’y déploie. L’État hébreu garderait tout de même un droit d’intervention (qui ne serait pas mentionné dans l’accord) en cas de transgression de la part du Hezbollah. Réaliste? Les signaux sont positifs. Mais il vaut mieux rester prudent.

Même si Donald Trump a donné sa bénédiction à la proposition, il n’y a pas de raison que Benjamin Netanyahu offre ce cadeau à Joe Biden. Il a tout intérêt à intensifier les opérations sur le terrain en attendant le 20 janvier prochain. Et même après l’investiture du nouveau président américain, la fin de la guerre n’a rien d’une évidence. Certes, l’armée israélienne est fatiguée et considère qu’elle a quasiment atteint ses objectifs au Liban. Certes, Benjamin Netanyahu peut offrir la paix à Donald Trump en échange d’un feu vert pour annexer la Cisjordanie. Certes, l’Iran est à bout de souffle et devra bien céder à un moment ou à un autre. On peut trouver des dizaines de raisons rationnelles pour que les deux parties en restent là. Mais un accord suppose, in fine, que le Hezbollah accepte sa défaite et qu’Israël accepte que le Hezbollah survivra, quoi qu’il en soit, à cette guerre. D’un côté comme de l’autre, il semble que nous n’en soyons pas encore là.

Dans tous les cas, les scénarios qui se dessinent pour le Liban n’ont rien de réjouissant. On peut en distinguer quatre, à l’heure qu’il est. Le premier, c’est le scénario Gaza. Une guerre sans fin et sans objectifs précis. Avec une volonté, côté israélien, d’annihiler totalement l’adversaire, entendu dans son sens le plus large. Et une logique, dans le camp adverse, qui consiste à considérer que la « résistance » au milieu des ruines, quel qu’en soit le prix, est une victoire en soi. Ce scénario est le plus inquiétant car le plus destructeur pour le Liban. Il implique que les frappes s’intensifient et que l’offensive terrestre s’élargisse. Israël ne semble pas, pour le moment, privilégier cette approche au Liban. Le Hezbollah, contrairement au Hamas, doit pour sa part tenir compte d’un environnement plus diversifié et plus hostile. Ce n’est donc pas le plus probable, mais il n’est pas pour autant impossible.

Le deuxième, c’est le scénario irakien. Un accord permet la stabilisation du Sud, mais les tensions en interne sont telles que le pays est au bord de l’implosion. Le Hezbollah est dans un esprit revanchard et veut réaffirmer son emprise sur le Liban. Les autres parties refusent de revenir au statu quo pré-7-Octobre et menacent de divorcer. Les heurts se multiplient. Le spectre de la guerre civile s’épaissit. Si le Liban n’est pas l’Irak post-Saddam, si le Hezbollah a tout intérêt à éviter une fitna sur la scène interne, si personne n’est prêt à faire la guerre, ce scénario repose toutefois sur un constat sans appel : si le parti ne modifie pas son ADN milicien, la cohabitation avec le reste du Liban va être extrêmement difficile.

Le troisième est le scénario jordanien. Le moins probable à notre avis. Il suppose que les chars israéliens arrivent jusqu’à Beyrouth et que les responsables politiques libanais soient contraints, par la force, à signer un accord de paix avec Israël. Il implique que le Hezbollah soit complètement défait et que l’État hébreu occupe probablement une partie du territoire dans la durée. Tout cela ne semble pas du tout réaliste à l’heure qu’il est. Même dans le cas d’une guerre de longue durée, signer la paix avec Israël requerrait un exécutif fort et un minimum de consensus sur cette question. Or l’animosité envers l’État hébreu fait, au moins officiellement, l’unanimité au sein de la classe politique.

Le quatrième est le scénario syrien. Le plus probable. La guerre s’arrête sans jamais s’arrêter. Elle baisse en intensité. Elle devient la norme. Israël effectue des frappes « ciblées » à sa guise. Les zones détruites ne sont jamais reconstruites. La guerre civile menace mais n’éclate pas. Le Liban se vide. Il devient un pays zombie. Entre la vie et la mort. L’ensemble de « l’axe de la résistance », y compris l’Iran, pourrait se syrianiser. Ne pas disparaître mais être tellement affaibli qu’il ne peut plus être un acteur et devient un simple terrain de jeu pour tous les autres. Ironiquement, il ne serait pas exclu que, dans le même temps, la Syrie d’Assad – si elle parvient à prendre ses distances avec l’Iran – sorte pour sa part de cet état de végétation.

Ces scénarios sont évidemment grossiers. Ils ne prennent pas en compte toutes les nuances nécessaires et aucun ne correspond parfaitement au cas libanais. Mais ils ont le mérite de nous permettre d’anticiper le pire afin de tenter d’y échapper. Peut-on alors imaginer un cinquième scénario, que l’on appellerait le libanais ? Un qui implique un retrait total israélien et un désarmement, même à plus long terme, du Hezbollah? Le nouveau Liban plutôt que la fin du Liban ? Pour le moment, c’est un mirage. Mais même le pire n’est jamais certain.

La guerre est toujours là. Parfois omniprésente, parfois faussement distante. Elle peut tout dévorer en un instant. Puis nous donner le sentiment, l’instant suivant, que l’on peut vivre « normalement » à ses côtés. C’est une illusion. La guerre est une ombre dont on ne se libère pas. Elle gagne du terrain, chaque jour un peu plus, s’invite dans nos têtes, puis creuse en profondeur pour y laisser sa marque et pour ne plus jamais s’en aller. Elle prend de la place. Beaucoup trop de place. En particulier ces derniers jours. Il n’y a plus de répit. Israël frappe de jour comme de nuit. La banlieue comme Beyrouth. Parfois la mort prévient. Parfois non. Les douleurs s’amoncellent. Les débris aussi. Le Liban disparaît. Mais sans même en avoir conscience. Jusqu’à quand ? Nabih Berry est optimiste. Les...
commentaires (17)

Un autre scénario possible: Israël accepte un cessez-le-feu moyennant certaines conditions, et obtient en échange un feu vert de Trump pour l'annexion de la Cisjordanie et la recolonisation de la partie nord de Gaza...Pas si inimaginable que ça...

otayek rene

18 h 30, le 19 novembre 2024

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Commentaires (17)

  • Un autre scénario possible: Israël accepte un cessez-le-feu moyennant certaines conditions, et obtient en échange un feu vert de Trump pour l'annexion de la Cisjordanie et la recolonisation de la partie nord de Gaza...Pas si inimaginable que ça...

    otayek rene

    18 h 30, le 19 novembre 2024

  • Si israel ne demande pas le desarmement du hezb sous controle international comme ont ete desarme les Fl le spectre de la guerre civile va planner.Il est aussi un scenario possible et salutaire c’est celui d’une decentralisation administrative et politique des trois communautes principales.ll est de plus en plus difficile de joindre la liberte de penser a la mystique religieuse. Comme le disait l’un de nos grands journaliste : deux negations ne font pas une nation!

    Joseph Fakhr

    16 h 40, le 19 novembre 2024

  • Très bien exprimé M. Samrani mais n’oubliez pas que, même en sortant victorieux, Israël ne connaîtra jamais une paix durable dans cette région où « il a élu domicile » sur les épaves d’un bateau qu’il a lui-même noyé puis reconstruit et taillé sur mesure.

    Hitti arlette

    21 h 52, le 18 novembre 2024

  • -POUR LA FIN DE CETTE GUERRE, -IL FAUT QU,IL Y AIT MATIERE. -DES VAINQUEURS ET DES VAINCUS, -CES DERNIERS SONT LES BARBUS. -NON PAS CAR ILS SONT DES LACHES. -CAR LEUR SEIDE LES LACHE. -APPATE DU NUCLEAIRE, -ON VENDRAIT MEME SA MERE. -LES INTERETS PAR ALLAH, -PRIMENT SUR LE HEZBOLLAH. -LA REGION SUBIT UN BUMP, -AVEC L,ACCESSION DE TRUMP. -A CHACUN SES PROPRES COMPTES. -CEUX DU HEZB N,ONT PAS D,ESCOMPTE. =FAUT BIEN ETUDIER LA DONNE, -PRENDRE LA DECISION BONNE, -RALLIER L,ARMEE NATIONALE, -LUI LIVRER TOUT ARSENAL, -REJOINDRE NOS AUTRES FRERES. -L,ARMEE DEFENDRA NOS TERRES.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    14 h 30, le 18 novembre 2024

  • -L,ANALYSE EST OBJECTIVE. -LES SCENARIOS NON PAS QUATRE. -EN LES HYBRIDANT J,AJOUTE, -UNE MULTITUDE D,AUTRES. -CAR HELAS ON A AFFAIRE, -AVEC DEUX VIEUX TERRORISMES. -LE PERSIQUE D,UN COTE. -LE SIONISTE DE L,AUTRE. -LA LOGIQUE A PRIS CONGE. -LA HAINE S,Y MANIFESTE. -EXECRATION, FIEL VENIN, -CARBURANTS DU TERRORISME. -DEUX TERRORISTES ETATS, -L,UN EXPLOITE DES MILICES, -L,AUTRE SES PLUS FANATIQUES. =LES UNS SONT PARTI DE DIEUX. -AU SERVICE DES MOLLAHS. -LES AUTRES DES SIONISTES, - PRETENDUS PEUPLE DE DIEU.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    12 h 51, le 18 novembre 2024

  • Ne pleurons pas le lait renversé, surveillons celui qui est encore sur le feu. Une maxime que nos véreux ne connaissent pas et qui préfèrent pleurer ou faire semblant de guérir, après coup, plutôt que de prévenir et d’éviter les morts et les destructions. Seul les aides qui affluent les intéressent donc l’argent facile pour continuer de s’enrichir sur nos cadavres et nos ruines. Il reste un scénario, le plus réel, celui de la révolte de la communauté chiite contre ceux qui les sacrifient et martyrisent depuis des décennies pour leur bien

    Sissi zayyat

    12 h 32, le 18 novembre 2024

  • Bonjour Anthony Samrani je lis régulièrement et avec bcp d intérêt vos analyses politiques. Les quatre scénarios que vous évoquez font froid au dos et risquent de mettre fin à un Liban pleinement indépendant et souverain sur ses 10452 Km2 Pour ma part envers et contre tout je voudras adhérer au cinquième scénario « made in Lebanon » , même s il ne s’agit pour l’heure que d’un mirage. Un scénario libanais qui donnera naissance au nouveau Liban. Nelly Helou

    Helou Nelly

    12 h 26, le 18 novembre 2024

  • La guerre ne s'arretera qu'avec l'election d'un president de la republique de maniere constitutionnelle, pour pouvoir garantir tout accord signe avec Israel. Mikati et Berri ne veulent pas le savoir car leur role se terminera tout seul. L'un est deja demissionnaire et devra rentrer chez lui. L'autre est completement demonetise. Depuis quand des guignols corrompus et tragiques peuvent-ils etre credibles face aux grandes puissances.

    Michel Trad

    12 h 04, le 18 novembre 2024

  • SUITE Le second avec le départ de Khamenei déja dans le coma les modérés menés par le président prévalent en Iran. Ils s’entendent avec Trump qui lèvera les sanctions contre l’Iran et pourra même à terme les intégrer dans les accords d’Abraham pour qu’ils écoulent leur pétrole. Bien entendu l’Iran renonce à ses relais externes pour sauver son régime. De toutes façons il n’a plus les moyens de recoller tous les morceaux détruits au Liban et ailleurs et sa population de plus en plus jeuine et ouverte ne l'acceptera plus.

    Liban Libre

    10 h 32, le 18 novembre 2024

  • Moi j’ai 2 autres scenarios l’un pessimiste l’autre optimiste. Le premier est le scenario Afghan le Hezbollah est défait, ses ressources asséchées, il n’existe plus en tant qu’entité mais tous ses membres gardent leurs armes légères et commencent a raquetter les citoyens pour leur propre compte suivent rapts, meurtres etc..il ya de plus en plus de milice d’autodéfense qui se mettent en place etc. .ébauche de guerre civile A SUIVRE

    Liban Libre

    10 h 30, le 18 novembre 2024

  • Vous évoquez des scénarios ou israel guerroie comme à la belle époque. Imaginez un scénario ou cet état sans frontières, à l’armée fatiguée et attendant que les munitions arrivent des États Unis, une partie de la population qui fuit a l’étranger , une économie exsangue malgré les milliards de Biden, et les morts nombreux …. Cela vous donne la réponse à vos différents scénarios….quant aux destructions évoquées par quelques libanais, nous les évoquerons à la fin des hostilités….

    Marie elise Loubic

    09 h 57, le 18 novembre 2024

  • Il y a un scénario plus simple : mettre fin à cette farce qui s’appelle la république libanaise qui a été un échec dans tous les domaines et déclarer unilatéralement le Liban des régions libres. Ainsi, les autres pourront continuer à faire joujou avec la guerre puisque c’est leur seul programme et leur seule ambition

    Lecteur excédé par la censure

    09 h 49, le 18 novembre 2024

  • Rien de très réjouissant là-dedans! Une seule chose est certaine, le Liban ne pourra pas se relever tant que la milice du Hezbollah, que ce soit par la force, la diplomatie ou l’asphyxie, n’aura pas été neutralisée. La force? Quasiment impossible. La diplomatie? Il est peu probable qu’à quelque prix que ce soit, l’Iran abandonne cette carte maîtresse. Reste l’asphyxie. C;est possible par une surveillance stricte des frontières. Cela ne dépend que d’une VOLONTE du pouvoir. Mais jusqu’à présent, elle fait défaut.

    Yves Prevost

    07 h 55, le 18 novembre 2024

  • Belles perspectives...

    Alexandra

    07 h 01, le 18 novembre 2024

  • Malgré le cauchemar actuel qui nous a été imposé , une solution permettant à la milice de garder ses armes, après son repli du Sud, serait encore plus dangereuse pour nous. Ces miliciens jihadistes embigadés depuis des décennies pour servir l’expansionnisme iranien, vont se retourner contre les autres Libanais et réclamer encore plus de priviléges . Plus les massacres du criminel Natayahu seront grands et plus leur ressentiment sera profond. Le mythe de sa puissance divine réduit en miettes, le hezb trouvera plus facile de se mesurer à des Libanais non armés, plutôt qu’à Israël.

    Goraieb Nada

    06 h 50, le 18 novembre 2024

  • Israel réclame une paix carthaginoise, pas certain que l on peut leur en vouloir.

    Zampano

    03 h 36, le 18 novembre 2024

  • Un désarmement complet de HB. Interdiction pour HB de revenir au Sud Liban. L'armée de l'entité ressemble plus à Avichay Adree maintenant qu'à au général hagari.

    Dorfler lazare

    01 h 54, le 18 novembre 2024

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