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À l’aide, Pascal !


Trumpzilla, le retour ! De fait, c’est un président plus fort que jamais qui vient de décrocher un nouveau bail de quatre ans à la Maison-Blanche. Démentant tous les pronostics, il a raflé la majorité dans ces États pivots que l’on voit, à chaque élection, peser fatidiquement dans la balance ; mieux encore, Donald Trump peut cette fois revendiquer un respectable score en termes de votes populaires. Dominant désormais le Sénat, bien parti pour garder la haute main sur la Chambre des représentants, il est en passe de contrôler totalement, et le plus légalement du monde, ce Capitole à l’assaut duquel il avait lancé ses partisans au prétexte que sa réélection lui avait été volée par le démocrate Joe Biden. Et pour parachever son pouvoir tous azimuts, il a pratiquement dans sa poche une Cour suprême qui l’a gratifié d’une belle tranche d’immunité présidentielle pour ses frasques passées ; et, par le fait même, pour toutes les casseroles qu’il peut encore traîner durant son nouveau mandat.

Le système américain a beau être de type présidentiel, tant de puissance concentrée en un seul homme, en l’absence de tout contre-pouvoir de poids, ne peut évidemment que donner des sueurs froides à nombre de gouvernements, y compris ceux alliés aux États-Unis. Réunie à Budapest, l’Union européenne s’efforce fébrilement de trouver la parade à la taxation de ses produits préconisée durant sa campagne par le président élu. Plus pressantes encore sont les inquiétudes quant à l’avenir de l’OTAN dans le contexte du conflit d’Ukraine ; car si Trump se propose de mettre fin à toutes les guerres, s’il se propose de rencontrer bientôt ce Poutine pour lequel il ne cache guère son admiration, on attend anxieusement d’être fixé sur le fin fond de sa pensée. En revanche, le personnage a des idées bien arrêtées à propos de l’Iran ou d’Israël, par exemple : durant son premier mandat, il a ainsi dénoncé le traité sur le nucléaire iranien et couvert l’État hébreu de présents aussi somptueux, aussi inespérés que l’aval de l’annexion de Jérusalem et du Golan syrien.

Prévisible et même attendu ici, impulsif et imprévisible là : c’est avec ce Donald Trump-là que la planète entière devra pourtant traiter, sans même attendre son investiture au mois de janvier prochain. Les régimes populistes le feront de leur plein bon gré. Alors que Téhéran affecte l’indifférence, plusieurs capitales arabes, et non des moindres, joueront volontiers le jeu, mais non sans s’entourer de précautions. Significatif est à ce propos le cas de l’Arabie saoudite, gardienne des lieux saints musulmans ; car si ce royaume ne s’est pas trop ému de la sanglante razzia israélienne sur le Hamas et le Hezbollah, il ne se hasardera pas à rejoindre les accords d’Abraham sans que soit tracée une feuille de route crédible menant à la création d’un État palestinien. Benjamin Netanyahu, en revanche, a tout lieu d’exulter. Pour poursuivre sa double campagne à Gaza et au Liban en ignorant superbement les injonctions d’une administration Biden en fin de règne, le Premier ministre israélien dispose de plus de deux mois, délai que l’on qualifie fort à propos de temps mort. Mais il devrait se douter aussi que forte tête pour forte tête, ego pour ego, Trump est la seule et unique personne au monde capable, le cas échéant, de lui imposer sa loi.

Hautement hypothétique, sinon candide vœu pieux, reste bien sûr une telle éventualité. Mais une fois de plus, le monde se voit tenu de se mettre à l’heure de la nouvelle donne, dans l’espoir de voir le fantasque 47e président des États-Unis révéler au monde les qualités de ses défauts, si tant est qu’elles existent. La démarche peut paraître relever de la folle gageure ; faute de mieux, elle relève en réalité du célèbre et métaphysique pari de Blaise Pascal où l’on a tout à gagner à croire, et rien à perdre. C’est en tout cas cet improbable pari qu’ont fait les électeurs arabo-américains du Michigan, dans le même temps qu’ils sanctionnaient la velléitaire administration démocrate. Et c’est encore ce pari que fait la France quand Emmanuel Macron se flatte de l’excellence de ses rapports avec le président élu, quand son ministre des AE voit dans l’élection de ce dernier l’ouverture d’une perspective pour arrêter les guerres à Gaza et au Liban.

Ce n’est pas seulement parce qu’il s’y est engagé par écrit auprès des électeurs du Michigan que Trump volera au secours de notre pays, comme en est convaincu le président de l’Assemblée Nabih Berry ; ce ne sera pas non plus parce qu’il a maintenant pour gendre un Libanais d’origine côtoyant Jared Kushner, comme le veut tout aussi naïvement la croyance populaire. Ce sera aussi parce que dans l’ordre nouveau en pénible gestation, le Liban, peuple et État, aura montré qu’il représente bien davantage qu’un enjeu de pari.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

Trumpzilla, le retour ! De fait, c’est un président plus fort que jamais qui vient de décrocher un nouveau bail de quatre ans à la Maison-Blanche. Démentant tous les pronostics, il a raflé la majorité dans ces États pivots que l’on voit, à chaque élection, peser fatidiquement dans la balance ; mieux encore, Donald Trump peut cette fois revendiquer un respectable score en termes de votes populaires. Dominant désormais le Sénat, bien parti pour garder la haute main sur la Chambre des représentants, il est en passe de contrôler totalement, et le plus légalement du monde, ce Capitole à l’assaut duquel il avait lancé ses partisans au prétexte que sa réélection lui avait été volée par le démocrate Joe Biden. Et pour parachever son pouvoir tous azimuts, il a pratiquement dans sa poche une Cour suprême qui l’a...